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Histoire des Etats pontificaux

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Pendant plus d’un millénaire, le pape était maître d’un territoire s’étendant sur le centre de l’Italie. Nés du "patrimoine de Saint-Pierre" en 756, les États pontificaux ont évolué au rythme des siècles, essuyant de nombreuses tempêtes. Un problème majeur s’est posé tout au long de leur existence, concernant les limites, s’il devait y en avoir, du pouvoir pontifical. Certes, le pape détenait l’autorité spirituelle sur tout l’Occident catholique, mais qu’en était-il de sa puissance temporelle ? Cette question a très souvent opposé les papes aux souverains, comme en témoignent la querelle des Investitures ou la lutte entre le Sacerdoce et l’Empire. Et puis il a fallu composer tant bien que mal avec la naissance des puissances nationales. À partir de la Révolution française, les États n’ont cessé de s’affaiblir, pour finalement être intégrés au nouveau royaume d’Italie.

La naissance des États pontificaux

Dès le IVe siècle, l’Église d’Occident possède un petit territoire étendu sur Rome et ses alentours. Mais l’autorité du pape, bien qu’effective, n’est pas officielle. Aussi, lorsque les Lombards, gouvernés par le roi Aistolf, entreprennent la conquête de Rome, le pape Étienne II se sent en grand danger. Il se rend alors au royaume franc et rencontre Pépin le Bref, premier roi carolingien, afin de lui demander son aide. Celui-ci accepte. Nommé "Patrice des Romains" et couronné roi des mains même du pape, le roi franc envoie deux expéditions en Italie, l’une en 754 et l’autre en 756.

Les Lombards sont défaits sans trop de difficultés et leur territoire, composé de l’exarchat de Ravenne et de la Pentapole, est reconquis. Pépin le Bref en fait aussitôt don au pape, malgré les protestations de l’empereur byzantin, détenteur légitime de ces terres. Désormais, le pape dispose officiellement d’un pouvoir temporel et indépendant sur ce domaine, qu’on appelle le "patrimoine de Saint-Pierre" et qui va donner naissance aux États pontificaux.

Le fils de Pépin le Bref, Charlemagne, confirme cette propriété pontificale en 774, après avoir définitivement vaincu les Lombards. L’indépendance du Saint-Siège paraît primordiale aux yeux du pape, seul représentant spirituel de la justice de Dieu. Théoriquement, il ne doit donc être soumis à aucune autorité. Pourtant, Rome est loin d’être un lieu sûr pour un pontife, pour qui la protection d’un souverain devient indispensable. Aussi, Charlemagne va assurer la défense du Saint-Siège en échange de son couronnement impérial, en 800. La papauté et la population romaine se trouvent alors sous la coupe du souverain.

Papes et empereurs se disputent les pouvoirs

La souveraineté des descendants de Charlemagne sur la papauté ne va pas tarder à poser problème. En effet, les papes tentent de s’en défaire mais risquent toujours d’être mis en péril, notamment par l’aristocratie romaine. C’est pour cette raison qu’Othon Ier, roi de Germanie, intervient en Italie au secours du pape Jean XII. Il est couronné empereur en 962, événement qui donne naissance à l’Empire romain germanique et qui place les États pontificaux sous l’autorité du souverain. La virulence de l’aristocratie ne faiblit pas et la papauté doit accepter cette souveraineté.

La querelle des Investitures

Au fil des générations, la subordination du Saint-Siège à l’Empire s’est transformée en servitude. La situation insupporte le pape Nicolas II, qui profite de la minorité de l’empereur germanique Henri IV pour interdire, en 1056, l’intervention des empereurs dans les élections pontificales.

Ses successeurs poursuivent cette idée de réforme, qui se renforce sous la papauté de Grégoire VII et porte le nom de "réforme grégorienne". En effet, Grégoire VII supprime le principe d’investiture laïque par lequel les souverains séculiers choisissaient les prélats. Mais le pape se heurte à Henri IV, qui le dépose en 1076. La querelle des Investitures éclate et ne s’achèvera qu’en 1122 avec le Concordat de Worms.

Le conflit entre le Sacerdoce et l’Empire

À peine sorti de la querelle des Investitures, le Saint-Siège doit faire face, en 1145, à la révolte du moine Arnaud de Brescia, désireux de mettre fin au pouvoir temporel du pape. Aussitôt, Frédéric Ier Barberousse, empereur du Saint Empire romain germanique, intervient et met un terme à l’insurrection. Mais l’empereur ambitionne d’asseoir son autorité sur les États pontificaux et d’être ainsi le maître de toute l’Italie. La nomination du pape Alexandre III, l’un de ses principaux opposants, freine toutefois la réalisation de ses projets. Frédéric Ier nomme donc un antipape. La lutte entre le Sacerdoce et l’Empire éclate alors ouvertement et perdurera sous les pontificats d’Innocent III, de Grégoire IX et d’Innocent IV, et sous les règnes de Henri VI et de Frédéric II, soit jusqu’en 1250.

Le Saint-Siège sort victorieux de sa lutte pour la conservation de son pouvoir temporel, mais doit affronter encore de nombreuses menaces. L’Italie est désormais délaissée par les empereurs germaniques, et les papes sont en quelque sorte victime de leur indépendance. En effet, à cause du renforcement des mouvements communaux puis des seigneuries, Rome devient de plus en plus dangereuse pour les souverains de l’Église, qui voient leur autorité faiblir sur leurs États, comme sur les royautés d’Europe. L’attentat d’Anagni en témoigne clairement. 

Le Grand Schisme d'Occident

Après cet événement, et face aux troubles italiens, un pape originaire de France est élu sous le nom de Clément V. Dès lors, celui-ci s’installe à Avignon en 1309. Il est tout d’abord prévu que le déménagement du Saint-Siège soit provisoire, mais les tensions à Rome sont plus vives que jamais et empêchent son retour. Jusqu’en 1377, la papauté échoue dans chacune de ses tentatives de rejoindre la Ville éternelle. Grâce à l’intervention efficace d’Albornoz à Rome, c’est finalement Grégoire XI qui y parvient. Mais il meurt l’année suivante, alors que le transfert administratif d’Avignon à Rome n’est pas terminé.

Son successeur, Urbain VI, élu à la demande de la population italienne, ne fait pas l’unanimité parmi les cardinaux. En 1378, les mécontents élisent discrètement de leur côté un autre pontife, Clément VII. Ce Français s’installe aussitôt à Avignon. Selon leurs aspirations du moment, les grands souverains européens choisissent l’un ou l’autre des deux pontifes, tandis que toute la chrétienté occidentale est divisée. Le grand schisme perdure ainsi jusqu’en 1417, avec l’élection de Martin V.

Renaissance, Révolution et unité italienne

Détourné de plus en plus de ses devoirs spirituels pendant la Renaissance, la papauté investit la politique et prend part aux conflits des grandes puissances, comme en témoigne la Sainte Ligue de Jules II ou l’alliance de Clément VII avec François Ier. Le pape doit alors essuyer, en 1527, les représailles de Charles Quint, qui envoie ses troupes à l’assaut de Rome. Toutefois, les États pontificaux parviennent tant bien que mal à maintenir leurs frontières.

À la fin du XIXe siècle, le Saint-Siège voit se profiler une nouvelle menace : la naissance des consciences nationalistes en Europe. En effet, la Révolution française va considérablement ébranler le territoire du Saint-Siège et bouleverser les pensées du peuple italien. Après la campagne d’Italie, qui a réduit la surface des États pontificaux, le pape Pie VI est privé de son pouvoir temporel en 1798, par Berthier. La république romaine est alors proclamée. La France intervient à nouveau en Italie au lendemain de la victoire de Marengo, en 1800. Par la suite, Napoléon s’adapte aux circonstances : il remet au pape ses territoires, puis les annexe dans le cadre de sa politique du Blocus continental.

Le congrès de Vienne restitue, certes, les États au pape, mais les Italiens ont désormais pris le goût de la conscience nationale et du libéralisme. Aussi, la Révolution de 1830 trouve des échos en Italie et au sein même des États du Saint-Siège. Grégoire XVI appelle l’Autriche à l’aide. Celle-ci envoie aussitôt ses troupes et parvient à rétablir le calme. Malgré les tendances libérales de Pie IX, successeur de Grégoire XVI, la papauté n’est pas en mesure de mener à bien l’unité du pays. Aussi, face à l’insurrection de Giuseppe Mazzini, puis du Piémont, Pie IX ne peut se passer d’une aide étrangère, en l’occurrence celle de la France. Il faut donc attendre la bataille de Sedan pour que la France retire ses forces de Rome, laissant ainsi le champ libre aux révolutionnaires.

Après plus d’un millénaire d’existence, les États pontificaux, déjà réduit à la région romaine, sont envahis par la population italienne. Rome dépose les armes le 20 septembre 1870 avant d’être rattachée au royaume d’Italie. Ainsi, les territoires du Saint-Siège n’ont pu survivre à l’évolution des pensées européennes du XIXe siècle. Par ailleurs, même après leur annexion, la question du pouvoir pontificale qui perdure depuis leur création va encore troubler le pays jusqu’aux accords du Latran, signés en 1929. Avant eux, les papes successifs ont, en effet, toujours refusé de se limiter à un simple pouvoir spirituel ou juridique. Le seul compromis est d’accorder au pape l’autorité suprême et indépendante sur l’État du Vatican.

Pour en savoir plus : Lutte entre le Sacerdoce et l'Empire




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