Pendant quatre années, de 1648 à 1652, le pouvoir royal français est mis à mal par des révoltes successives. Issues du parlement dans un premier temps, elles se sont étendues aux princes du royaume. Né d’une imposition démesurée mise en place par le ministre Mazarin, ce mouvement que l’on appelle la Fronde, a profondément marqué le jeune Louis XIV. Celui-ci, dès son accession au trône, mettra tout en œuvre pour qu’une telle crise ne se reproduise plus jamais. Les causes de la FrondeLe mouvement de la Fronde est né dans un contexte particulier. Depuis 1643, le royaume de France est gouverné par Anne d’Autriche, épouse du défunt roi Louis XIII et mère de Louis XIV. Ce dernier étant encore trop jeune, c’est elle qui assume la régence du pays, en compagnie de son principal ministre, Jules Mazarin, un homme de confiance qui s’est déjà illustré auprès de Richelieu. Mais la minorité d’un roi fragilise toujours un royaume, qui peut voir à tout moment les mécontents profiter de l’inexpérience du souverain pour se révolter.En plus de cette situation, Mazarin est loin de faire l’unanimité parmi les sujets. Un étranger (il est italien) qui tire les ficelles du pays en compagnie de la reine mère, c’est difficilement acceptable. Et lorsque ce même étranger décide d’augmenter les impôts pour pallier au coût de la guerre de Trente ans, c’est tout à fait inadmissible. Les mesures de Mazarin déplaisent au ParlementPour prélever les impôts en question, Mazarin a recours à des intendants, qui disposent d’un pouvoir important. Aussi, le Parlement et la noblesse craignent que ce système ne vienne menacer davantage leur situation. En mai 1648, le parlement de Paris, la Cour des aides et la Chambre des comptes rendent l’arrêt d’Union : bravant l’interdiction royale, ils décident de se rassembler pour envisager la réforme de l’État.Le but du mouvement consiste à réduire le pouvoir absolu du roi et à récupérer certaines prérogatives supprimées depuis Richelieu. Ainsi, au cours de l’été, les représentants soumettent à la reine mère un programme de vingt-sept articles, exigeant, entre autres, la suppression des intendants et le principe de ne percevoir aucun nouvel impôt sans le consentement parlementaire. Anne d’Autriche donne son accord, mais ne signe par encore le document. Offensée par le comportement des députés, elle attend le moment idéal pour mettre un terme à leur "mascarade". En août 1648, elle fait arrêter par surprise l’un des principaux conseillers du Parlement, Pierre Broussel. Aussitôt, la population se révolte (Broussel est un personnage très apprécié), à tel point que la Cour est contrainte de fuir la capitale. Emplie de rancune, la régente n’aura pas d’autres choix que de confirmer le programme de réforme des parlementaires. Le parlement s’insurgeLa famille royale a déjà perdu de son prestige et il suffit de peu pour réveiller la colère du peuple et des grands. Les nobles, les princes et la population ne souhaitent qu’une chose : le départ de Mazarin, ce qui est encore loin d’être envisagé par le pouvoir. Aussi, il devient impératif d’agir, d’autant plus que la fin de la guerre de Trente ans permet à la France de récupérer ses troupes. La dangereuse capitale est une fois de plus abandonnée par la famille royale, qui se rend cette fois à Saint-Germain (janvier 1549).Une fois en sécurité, il s’agit désormais pour la régente de réaffirmer son autorité sur Paris. Pour commencer, la reine mère tente d’installer les parlements en province pour les éloigner. Mais, rien n’y fait, ceux-ci, appuyés par la bourgeoisie, lèvent une armée dirigée par des nobles. De son côté, Mazarin place les troupes royales sous le commandement du prince de Condé, qui accepte d’assiéger Paris. Désorganisés, les Parisiens s’essoufflent et le Parlement finit par accepter la paix de Rueil. Les princes prennent le relaisAprès la paix de Rueil, les princes sont plutôt satisfaits, contrairement au peuple, ployant toujours sous le poids des impôts tandis que Mazarin conserve ses fonctions. Toutefois, le prince de Condé, qui attend de la famille royale de grands privilèges, est très déçu et le fait sentir. Mazarin requiert alors l’aide du prince de Gondi, prêt à trahir Condé pour quelques promesses. C’est ainsi que le 18 janvier 1650, Condé est arrêté et emprisonné à Vincennes. L’ombre d’une nouvelle Fronde se fait de plus en plus oppressante, d’autant plus que Mazarin n’a pas tenu ses promesses envers Gondi. Celui-ci exige la libération immédiate des princes, mais Anne d’Autriche s’y oppose.Lorsque la population parisienne découvre, en février 1651, que la famille royale tente de s’enfuir de la capitale, elle se révolte, envahit le palais et bloque la ville. Encore une fois, la reine n’a plus le choix, elle doit libérer les princes. Aussitôt sorti, Condé songe déjà à sa vengeance. Mazarin, quant à lui, se rend en Rhénanie pour calmer les ardeurs. Vers le rétablissement de l’autorité royaleBientôt, Louis XIV atteint la majorité et, se méfiant de Condé, lève des troupes en compagnie de sa mère, pour mettre un terme à l’insurrection. Car Condé a bel et bien rejoint le mouvement de révolte de l’Ormée. Il en vient même à s’allier à l’Espagne. Mazarin sort alors de l’exil pour soutenir le jeune roi à Poitiers, alors même que la tête du ministre détesté est mise à prix.La France devient le terrain de multiples ravages. Les campagnes sont pillées et les plus pauvres meurent de faim. Sous le commandement de Turenne, qui est redevenu l’allié du roi, l’armée royale marche contre Condé pour mettre un terme à l’horreur qui dure depuis trop longtemps. Quelques batailles éclatent jusqu’à la journée fatidique du 2 juillet 1652. Condé et Turenne s’affrontent en bordure de Paris. Mais à deux doigts de la défaite, Condé reçoit le secours de la cousine du roi, dite la Grande Mademoiselle. Elle fait ouvrir la porte Saint-Antoine pour y faire entrée ses troupes et fait tirer des coups de canon contre les forces royales. Condé peut alors s’emparer de Paris, une ville qui sombre irrémédiablement dans l’anarchie. Les Parisiens finissent toutefois par renverser Condé et ouvrent les négociations avec le pouvoir royal. Mazarin doit impérativement quitter le pays pour que le roi puisse reprendre ses droits sur Paris. Il part donc en Belgique. Le 21 octobre 1652, Louis XIV fait son entrée dans la capitale. Mazarin est rappelé en février 1653 et la dernière insurrection est réprimée à Bordeaux en août. Après quatre ans de troubles civils organisés aussi bien par les parlementaires, les princes que par la population, la France retrouve une certaine stabilité. Mais son souverain, le jeune Louis XIV, reste profondément marqué par ces événements, qui ont failli coûter cher au pays. Bien décidé à ce qu’ils ne se reproduisent plus, il n’aura de cesse de renforcer un pouvoir absolu : il n’aura pas de ministre, privera le parlement de pouvoir et s’entourera, à Versailles, des grands du royaume afin de les surveiller. Ainsi, ces quelques années ont largement suffi à dicter une grande partie de la politique d’un règne personnel de 54 ans.
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