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Histoire de la Guerre froide : de l'Alliance aux deux blocs

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sur les ruines encore fumantes de l’Europe et de l’Asie, la tension monte soudainement entre les Etats-Unis et l’URSS. Le camp Allié, dont l’ennemi commun a littéralement été éradiqué, se disloque en l’espace de quelques mois. Pendant quarante ans, la menace d’une Troisième Guerre mondiale planera sans jamais se concrétiser. C’est la Guerre froide : un conflit qui s’étend de 1946 à 1991. Celui-ci oppose deux systèmes irréconciliables : le capitalisme libéral et démocratique, emmené par les Etats-Unis, et un système communiste, souvent qualifié de « totalitaire », conduit par l’URSS.

Ainsi, de 1946 à 1949, la politique de chaque continent se modifie profondément, instaurant un monde bipolaire.

Une incompatibilité idéologique

La fracture entre les Etats-Unis (ainsi que les démocraties européennes) et l’URSS ne surgit pas inopinément en 1946, mais elle remonte en fait à la naissance même de l’URSS. Depuis la révolution russe de 1917 et l’arrivée au pouvoir de Lénine, les deux pays souffrent d’une véritable « incompatibilité idéologique ». D’un côté, les Etats-Unis s’affichent comme les représentants du libéralisme, tant politique qu’économique, tandis que de l’autre, l’URSS fustige le capitalisme et prône une société sans classe, où les initiatives de l’individu s’effacent devant les intérêts du peuple.

En ce sens, la Grande Alliance peut être perçue comme une parenthèse nécessaire pour affronter le nazisme lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce rapprochement ne fut d’ailleurs pas évident, puisque Staline, face à l’absence de soutien des occidentaux, avait signé en 1939 un accord de non-agression avec Hitler, le pacte germano-soviétique.

Cependant, au cours des années 1920 et 1930, le contexte est très différent de celui de 1946, et ce pour plusieurs raisons :
        -    de 1919 à 1922, l’Europe est bousculée par le Komintern (ou Internationale communiste), l’appel à la révolution mondiale prononcé par Lénine et les insurrections ouvrières. Mais ces insurrections se traduisent par des échecs.
        -    Ensuite, l’URSS doit avant tout faire face à ses difficultés intérieures et l’état catastrophique de son économie.
        -    Après 1922 et conformément à la doctrine Monroe énoncée en 1823, les Américains se refusent à toute intervention en Europe et limitent leur domaine d’influence au continent américain. Ce mouvement de repli est d’ailleurs renforcé par la crise économique amorcée en 1929.

Ainsi, après 1922, pendant l’entre-deux guerres, chaque camp reconnaît en l’autre un ennemi mais sans jamais aller jusqu’à la confrontation.  

Pour aller plus loin :  
          - L’histoire de l’URSS
          - La crise de 1929

Le camp allié, porteur de deux puissances

En 1946, le contexte a changé :
        -    L’Europe, ravagée par la guerre, a perdu sa puissance et son faste. Elle doit s’atteler à sa reconstruction. Par ailleurs, les empires coloniaux français et anglais sont en perte de vitesse ;
        -    L’URSS, qui a énormément souffert de la guerre, se relève avec un prestige immense en Europe, car c’est finalement elle qui a libéré le plus de territoires du joug nazi ;
        -    Les Etats-Unis, malgré l’effort de guerre, sortent économiquement renforcés et ont montré à l’URSS leur supériorité militaire en lançant la bombe atomique sur le Japon.

Face à la victoire totale sur les forces de l’Axe et à la faiblesse de l’Europe, les Etats-Unis et l’URSS, alors encore alliés, sont deux grandes puissances en mesure de dominer le monde.

Pour aller plus loin :
          - L’histoire de la Seconde Guerre Mondiale
         
- La Seconde Guerre mondiale en dix cartes

La tombée du « rideau de fer »

Dans ce contexte, une multitude d’éléments explique les tensions croissantes entre ce qui va devenir les « deux blocs ». Longtemps, l’historiographie de chaque camp renvoyait la faute sur l’autre : ainsi, pour les occidentaux, la Guerre froide serait due au non respect des accords de Yalta. En effet, Staline n’a pas permis la tenue d’élections libres (au sens où l’entendent les Européens) dans les Etats libérés par l’Armée rouge. De son côté , l’URSS retient la politique ouvertement anti-communiste de Truman, la doctrine du containment (endiguement). En réalité, ces causes s’imbriquent et il est difficile d’attribuer une responsabilité à un camp plus qu’à l’autre.

Avant la fin de la guerre, Churchill et Staline pensent déjà en terme de zone d’influence. C’est ainsi que, dès octobre 1944, les deux hommes font chacun des concessions quand aux territoires dans lesquels ils pourront intervenir. Contrairement à ce qu'on a souvent dit, il ne s’agit pas à proprement parler d’un « partage de l’Europe ». En effet, il s’agit moins de s’approprier un pays ou d’en déterminer les frontières que de se mettre d'accord sur le soutien apporté à tel ou tel régime. Ainsi, Staline s’engage à ne pas soutenir les communistes grecs et yougoslaves tandis que Churchill n’aidera pas les libéraux hongrois et roumains.

Mais en 1945, les accords de Yalta remettent en cause cette entente en affirmant le droit des pays libérés aux élections libres et démocratiques. La conception des élections libres de Staline n’est pas celle de Truman. Rapidement, les Partis communistes nationaux occupent une place centrale dans les pays de l’Est et les élections sont truquées. Churchill, qui s’inquiète de cette situation depuis 1945, prononce en 1946 le discours de Fulton où il dénonce le rideau de fer qui scinde désormais l’Europe. Si Churchill n’est plus Premier ministre à cette époque, son discours a un énorme retentissement. La rupture entre le « monde libre » et « le monde communiste » n’est plus un secret.

Doctrine Truman et rapport Jdanov : la cristallisation du conflit

Dès 1944, les Américains préparent leurs armes économiques avec les accords de Bretton Wood. Si ces mesures visent l’Axe, elles ouvrent la voie pour le volet économique de la doctrine Truman.

Face à la situation qui se dégrade en Europe centrale, le président américain Harry Truman décide de mettre en place sa politique de containment (endiguement). Il annonce le 12 mars 1947 sa vision d’un monde scindé en deux camps opposés et irréconciliables. A la tête du « monde libre », opposé au communisme, les Etats-Unis prennent rapidement la tête d’initiatives politiques, économiques et militaires qui ont pour but d’empêcher l’expansion du communisme. Ainsi le plan Marchall est proposé dès le 5 juin 1947.

Les objectifs du plan Marshall sont multiples :
        -    aider financièrement l’Europe pour empêcher la pauvreté de s’installer, terrain qui serait favorable au communisme,
        -    permettre à l’économie des Etats-Unis qui a été modifiée pendant la guerre, de se maintenir à un bon niveau grâce aux exportations vers l’Europe. Les Etats-Unis aident l’Europe qui, avec ces capitaux, peut ainsi acheter des produits américains.

Si Truman déclare dans son discours que la politique des Etats-Unis « n’est dirigée contre aucun pays ni doctrine », la mise en œuvre du plan scinde définitivement l’Europe en deux :
        -    les pays occidentaux acceptent et s’organisent en créant l’OECE qui jette les bases de la future construction européenne.
        -    Les pays de l’autre côté du rideau refusent, parfois sous la contrainte de Moscou.

L’URSS répond au containment et au plan Marschal avec le rapport Jdanov dès septembre 1947 : celui-ci fustige « l’impérialisme américain » et présente l’URSS comme le leader des « pays démocratiques. » Elle met par ailleurs en place le Kominform qui est chargé de contrôler l’orthodoxie des PC nationaux.

Moscou répliquera au plan Marshal en 1949 en instaurant le Conseil d’assistance économique mutuelle (le CAEM ou COMECON en anglais), institution chargée de mieux planifier les spécialités industrielles nationales. Cette mesure rendra les pays communistes très dépendants les uns des autres mais surtout de l’URSS.


Symboles de cette lutte, les communistes des gouvernements de l’Europe de l’ouest (France, Italie) sont dans une position déllicate : pour les démocrates, ils ne sont plus les bienvenus, et pour le Kominform, leur participation à un régime occidental est synonyme de trahison. Ils désertent alors l'exécutif et se rangent dans l'opposition.

Pour aller plus loin : la construction européenne

Les deux blocs s’établissent

En l’espace d’un an, les tensions latentes se sont transformées en une opposition frontale. Le divorce est consommé entre les membres de la Grande Alliance. Les deux années suivantes prolongent les actions engagées tandis que les hostilités suivent le rideau de fer.

Le processus économique mondial engagé par les Etats-Unis à Brettons Wood et par le plan Marshal franchit un nouveau pas avec les accords du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). Ancêtre de l’OMC, cet accord signé par 83 pays et entrant en vigueur dès janvier 1948 instaure le libre échange à l’échelle mondiale.

De son côté, Staline renforce son contrôle sur les territoires d’Europe centrale libérés par l’Armée rouge. Cette domination est symbolisée par le coup de Prague le 25 février 1948. Après avoir dû abandonner les aides du plan Marshal, le président tchécoslovaque Beneš est victime d’un véritable coup d’Etat communiste. Seul pays d’Europe centrale à avoir une véritable tradition démocratique avant la guerre, la Tchécoslovaquie entre dans le cercle des démocraties populaires. Ce coup de force participe à une escalade des tensions Est-Ouest qui laisse penser qu’une Troisième guerre mondiale est imminente.

Ainsi, dès le mois de juillet, les pays de l’Europe de l’ouest se retrouvent à Washington pour un accord militaire hors du cadre de l’ONU. C’est alors qu’est décidée la création de l’Alliance Atlantique et de son pendant militaire, l’OTAN. Celle-ci prendra véritablement naissance en avril 1949. A ce titre la réaction de l’URSS sera assez tardive puisque le pacte de Varsovie n’est créé qu’en 1955. Mais en fait, l’Armée rouge, dont la progression face aux nazis a suffi pour donner une idée de sa puissance, est encore stationnée un peu partout en Europe centrale.

Par ailleurs, après la conférence de Londres, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France décident de créer le Deutsche Mark et de fusionner leurs trois zones d’occupation en Allemagne. Staline ordonne alors le blocus de Berlin.

Dès lors, maintenant que les acteurs sont prêts, c’est la phase la plus aiguë de la Guerre froide qui commence, celle des crises et des conflits périphériques. D’autant plus qu’une nouvelle région de crise apparaît après la victoire du Parti communiste de Mao en octobre 1949, en Chine. Mais, parallèlement à cette tension, un nouveau facteur d’équilibre entre en jeu : la maîtrise de l’arme nucléaire par l’URSS, due essentiellement à un excellent service d’espionnage.

Pour aller plus loin :
       
   - L’histoire de l’ONU
          - La guerre civile chinoise


La Grande Alliance contre les forces de l’Axe n’a survécu qu’un an à la défaite de l’Allemagne et du Japon. Dès 1946, forte de sa victoire en Europe centrale et du prestige de l’Armée rouge, l’URSS s’impose dans les pays libérés. De leurs côtés, les Etats-Unis cherchent à « endiguer » le communisme qu’ils considèrent comme incompatible avec le libéralisme. L’Europe de l’ouest se range de leur côté. En trois ans, le monde a connu une escalade des hostilités qui va bientôt se traduire par des conflits armés. Mais, alors que chacun craint la Troisième Guerre mondiale, le monde va être ponctué de crises périphériques aux deux nations sans jamais que celles-ci ne se déclarent la guerre. La possession de l’arme nucléaire d’un côté comme de l’autre fait en effet craindre une catastrophe. Par ailleurs, une troisième force va rapidement émerger grâce au mouvement des non-alignés : le Tiers-Monde.

Pour aller plus loin :
          - Guerre froide : l'apogée (1949-1953)
          - Guerre froide : la coexistence pacifique (1953-1962)



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