Dossier histoire des Guerres de Religion en France

Histoire des Guerres de Religion en France

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Au début du XVIe siècle, un religieux allemand répondant au nom de Martin Luther conteste l’Église catholique et met en place la Réforme. Très vite, le mouvement révolutionnaire protestant va se diffuser dans toute l’Europe. En France, la Réforme est répandue par Lefèvre d’Étaples avant d’être considérablement influencée par les pensées de Calvin. Mais le mouvement prenant de plus en plus d’ampleur, les réformés ne tardent pas à faire l’objet de persécutions. Divisée, la France sombre dans une série de guerres civiles que le contexte politique du pays ne cesse d’alimenter. Nés dans une atmosphère propice, les conflits armés dureront plus de 30 ans et ne s’achèveront qu’avec l’effort de réunification d’Henri IV. Aussi, irrémédiablement, les huit guerres de Religion ouvriront la voie à l’absolutisme français.

La naissance du conflit

Apparue en France sous le règne de François Ier, la Réforme ne connaît pas tout de suite d’opposition. Le roi, bien que catholique, fait en effet preuve de tolérance vis-à-vis des protestants. Toutefois, ceux-ci, bien décidés à répandre leur confession, finissent par l’exaspérer, notamment lorsqu’en 1534, des placards hostiles à la messe sont affichés dans tout le pays, jusque dans la chambre royale. C’en est trop, le roi offensé amorce immédiatement une série de persécutions pour expulser les "hérétiques" du pays.

La répression se poursuit sous le roi Henri II, catholique sans fermeté qui laisse se développer sous son règne le pouvoir des Guise. Sa mort apparaît comme une aubaine pour les protestants, puisque c’est François II, son jeune fils inexpérimenté, qui lui succède. Ils profitent donc de la fragilité politique du pays pour organiser la conjuration d’Amboise, en 1560, afin d’influencer le jeune monarque. Mais leur projet échoue.

À la mort du roi, son frère, Charles IX, lui succède alors qu’il n’a pas 10 ans. Sa mère, Catherine de Médicis, prend donc la régence du pays. Malgré le comportement de son défunt époux et la conjuration d’Amboise, elle mise sur la conciliation des deux tendances religieuses. Avec l’aide de son nouveau chancelier, Michel de L’Hospital, elle fait ainsi signer à son fils l’édit de janvier, plutôt favorable aux protestants. Mais François de Guise, évincé du pouvoir à cause de sa position rigide en faveur du catholicisme, ne l’entend pas ainsi et organise le massacre de Wassy en 1562. L’événement tragique déclenche aussitôt la première des huit guerres de Religion françaises.

Les premières guerres

La politique de tolérance du pouvoir royal se conclut donc par un premier échec. D’ailleurs, la famille royale ne semble guère pouvoir contrôler la situation. La première guerre continue à diviser le pays et voit s’opposer François de Guise et le connétable de Montmorency dans le camp catholique au prince de Condé et à Gaspard de Coligny dans le camp protestant. Elle se clôt finalement sur l’assassinat du duc de Guise et sur la paix d’Amboise. Bien que les protestants aient essuyé une défaite à Dreux, ils sortent du conflit avec de nombreux avantages.

Toutefois, au bout de quatre ans seulement, la seconde guerre éclate lorsque le prince de Condé tente d’enlever le jeune roi Charles IX. Elle s’achève avec la paix de Longjumeau, en 1568, mais il ne faut qu’une année pour que les deux partis reprennent les armes. La décision de Catherine de Médicis d’arrêter le prince de Condé aboutit en effet à la bataille de Jarnac en 1569, puis à celle de Moncontour. Toutes deux se soldent par la défaite des protestants face aux troupes du duc d’Anjou, frère du roi et futur Henri III. Pourtant, une fois de plus, un traité de paix, signé à Saint-Germain-en-Laye, leur octroie de nouveaux privilèges.

Le massacre de la Saint-Barthélemy

Au lendemain de la troisième guerre de Religion, la France s’apprête à connaître l’un des pires massacres perpétrés sur le territoire. En effet, Gaspard de Coligny, de plus en plus influent auprès du roi, envisage de prendre les armes pour soutenir Guillaume d’Orange contre les troupes du roi d’Espagne. Le projet ne plaît ni à Catherine de Médicis, ni aux Guise qui passent à l’action : le 22 août 1572, Coligny échappe de justesse à une tentative d’assassinat.

Face à la situation, la reine mère convainc son fils que les protestants, réunis dans la capitale pour le mariage de Marguerite de Valois et de Henri de Navarre (futur Henri IV), sont en train de comploter contre lui. Elle craint également que les Guise ne se retournent contre l’autorité royale, c’est pourquoi elle préfère s’allier à eux. Dans la panique, le roi donne son aval à l’exécution des chefs protestants. Le massacre de la Saint-Barthélemy fait 3000 morts dans la capitale. Le prince de Condé et Henri de Navarre sont contraints de se convertir et sont retenus à la Cour. Cette quatrième guerre dramatique s’achève avec l’édit de Boulogne, en juillet 1573. Dès cet instant, les protestants ont perdu toute confiance en la monarchie et s’organisent. Ils lèvent une armée et prélèvent des impôts dans leur territoire.

La France sombre dans l’anarchie

De traité en traité, la situation n’évolue guère et mène irrémédiablement vers un autre conflit. Cette fois, la cinquième guerre de Religion se déroule dans la première année du règne d’Henri III. Elle est déclenchée par la révolte de son frère, duc d’Alençon auquel se rallie Henri de Navarre, parvenu à s’évader de la Cour. Ce dernier s’empresse d’ailleurs d’abjurer la confession catholique. Les protestants possèdent désormais un chef digne de les mener à la victoire.

Le conflit se solde par la paix de Monsieur – aussi appelé édit de Beaulieu – particulièrement favorable aux protestants. Sans doute trop aux yeux des Guise qui fondent la Ligue, organisation militaire et politique prête à lutter ardemment contre les réformés. Face au pouvoir des Guise, Henri III n’a d’autre choix que de se rallier à eux. La sixième guerre est ouverte dès 1576 et se clôt sur le traité de Bergerac. Celui-ci prive les protestants de la plupart des avantages qu’ils avaient obtenus avec l’édit de Beaulieu.

Après un nouveau conflit en 1580, la France est sur le point de connaître la plus importante des guerres de Religion. À la mort de son frère, Henri III cède à la Ligue et interdit le culte protestant en 1585. La guerre éclate, opposant les catholiques à Henri de Navarre, futur Henri IV. Toutefois, un revirement de situation se produit en mai 1588, lorsque la population parisienne s’insurge à l’appel d’Henri de Guise, chef de la Ligue. L’événement contraint le roi à abandonner la capitale et à se rallier à Henri de Navarre. Ensemble, ils tentent de récupérer Paris, mais le roi est assassiné, juste après avoir choisi son allié comme successeur. Henri de Navarre, devenu Henri IV, est rejeté par les catholiques, qui continuent à recevoir l’aide militaire de Philippe II d’Espagne.

La France sombre dans un immense désordre politique. Alors qu’Henri IV tente d’obtenir la couronne, certains nobles profitent de la situation et essaient de mettre en place des territoires autonomes, comme les ducs de Mercoeur et d’Épernon. D’autres, tels que les ducs de Savoie et de Lorraine, cherchent à pousser les limites de leurs terres.

Compromis et tentative de réconciliation

La stagnation de la situation du pays pousse finalement Henri IV à abjurer et à se convertir au catholicisme. Les desseins des catholiques n’ont alors plus lieu d’être. Le roi se fait sacrer à Chartres puis, enfin, fait son entrée dans la capitale. Mais il doit désormais réunifier la France derrière la couronne et, pour éviter une révolte des protestants, il signe l’édit de Nantes. Ce dernier leur octroie une grande liberté de culte ainsi que l’égalité civile.

Pourtant, la tâche reste difficile. Aucun des deux partis n’est véritablement satisfait et la lassitude du peuple joue un grand rôle dans l’abandon des armes. Henri IV est, certes, parvenu à rétablir un équilibre mais celui-ci reste fragile, comme en témoigne son assassinat par Ravaillac en 1610

Vers l’absolutisme

Malgré l’édit de Nantes, les conflits religieux sont loin de disparaître. Sous le règne de Louis XIII, les protestants se révoltent encore par crainte d’être à nouveau réprimés. C’est bien ce qui se produit, pourtant, avec la politique de Richelieu qui, après le siège de La Rochelle, signe la paix d’Alès. Celle-ci retire aux protestants tout pouvoir militaire ou politique.

Après Henri IV, Richelieu ouvre encore davantage la voie à l’absolutisme, qui ne se réalise vraiment que sous Louis XIV. Aux yeux du roi, le seul moyen de réunifier et consolider la France est d’imposer une religion unique à tous. C’est la raison pour laquelle, outre les persécutions qui reprennent à l’encontre des protestants, l’édit de Nantes et révoqué.

Les guerres de Religion, telles qu’on les entend, se sont achevées en 1598, après plus de 30 ans de conflit presque sans interruption. Nées dans un contexte de fragilité monarchique, elles semblent finalement avoir souvent échappé au pouvoir royal, qui tantôt jouait la conciliation, tantôt la répression. À cette fragilité s’ajoutaient les puissances féodales, susceptibles à tout instant d’ébranler le royaume. Aussi la France a-t-elle sombré dans l’anarchie avant que Henri IV ne parvienne à s’emparer concrètement du pouvoir. La réconciliation et le compromis du roi se sont soldés par un échec, puisqu’après sa mort, les révoltes protestantes et la répression ont repris. Les esprits n’étaient pas prêts à la tolérance. Ainsi, s’inspirant de ce lourd passé conflictuel, Richelieu, Louis XIII et Louis XIV ont préféré emprunter la voie de l’absolutisme. Quant à la cohabitation pacifique des deux confessions chrétiennes, il faudra attendre le siècle des Lumières, puis le XIXe siècle pour la voir se concrétiser.



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