Proclamant l'universalité des droits de l'Homme,
la Révolution française ne pouvait théoriquement
ignorer la présence d'esclaves sur le territoire
français. Pourtant, l'Assemblée constituante de
1789 ne porta aucune atteinte au système esclavagiste
des colonies.
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| Marchand d'esclave
à Goree (Sénégal) |
1789 : une opinion indifférente ?
Au moment des Etats Généraux de 1789, la question
de l'esclavage paraît bien lointaine aux Français
qui vivent alors une crise économique très difficile.
Mais contrairement aux idées reçues, ce sujet n'est
pas totalement absent des esprits et des cahiers
de doléances. On connaît surtout le cahier de Champagney
qui condamne énergiquement, dans son article 29,
la traite des Noirs et réclame son abolition. Mais
ce n'est pas le seul : sur cette question,
la France est clairement divisée en deux, suivant
une ligne allant de la Loire au Jura, 80% des doléances
sur l'esclavage étant situées au nord, dans la "France
alphabétisée". Cependant, cette mobilisation
est faible comparée à l'ampleur des mouvements anglais
au même moment. C'est qu'en Angleterre, où les libertés
fondamentales existent depuis plus d'un siècle,
la circulation de l'information est bien meilleure
qu'en France, pays où l'absolutisme a longtemps
contrôlé la liberté d'opinion. L'indifférence supposée
des Français est avant tout due au manque d'information.
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| Carte du commerce
triangulaire
© L'Internaute Magazine |
Esclavage et colonies
Les colons ont vu dans les principes de 1789 l'occasion
de briser la tutelle de la métropole sur les colonies.
Face à leurs revendications, l'Assemblée
constituante finit par leur donner tous les pouvoirs.
Aussitôt, les colons élisent des assemblées
exclusivement "blanches" (les libres de
couleur n'étant pas habilités à
y participer) se déclarant supérieures à
l'autorité du Gouverneur général, représentant
de la métropole. Mais la révolte armée des "mulâtres"
(personnes issues d'une union Noir-Blanc), fin 1790,
montre bientôt à la République française qu'elle
n'a pas pris en compte tous les habitants des colonies,
mais seulement "l'aristocratie" de ces dernières.
Les "libres de couleur" réclament également l'égalité.
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| La première
abolition de l'esclavage |
Le soulèvement de Saint-Domingue et la première
abolition de l'esclavage
En août 1791, à la suite d'une cérémonie vaudou,
de nombreux esclaves du nord de Saint-Domingue décident
de se révolter : en quelques jours, toutes les plantations
du nord de l'île sont incendiées, leurs propriétaires
massacrés. L'Assemblée envoie alors des commissaires
rétablir l'ordre mais l'intransigeance des colons
ranime bientôt les revendications des "libres de
couleur " et des esclaves. Le 4 avril 1792, l'égalité
des droits des blancs et des "libres de couleur"
est proclamée dans l'enthousiasme. Mais il faut
attendre encore plus d'un an avant que les commissaires
civils Sonthonax et Polverel ne proclament l'abolition
de l'esclavage à Saint-Domingue. Apprenant cette
décision, la Convention vote, le 4 février 1794,
l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies.