En 1802-1804 s'engage un processus de "réaction"
esclavagiste. Ce mouvement est favorisé par deux
événements : le coup d'Etat de Bonaparte, qui supprime
la garantie constitutionnelle de la liberté générale,
et la paix avec l'Angleterre, qui permet au régime
consulaire de mettre en œuvre un projet global pour
les Caraïbes.
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| Bonaparte, Premier
Consul |
Le plan de restauration coloniale
La politique coloniale du Consulat est influencée
par les nostalgiques de la prospérité de l'Ancien
Régime, reposant sur le produit des plantations
esclavagistes. Les pièces maîtresses de ce projet
sont alors la Louisiane, la Martinique et Saint-Domingue.
La Louisiane, cédée par l'Espagne, permet à la France
de rétablir son influence en Amérique du Nord. La
Martinique, sous occupation anglaise jusqu'en 1793,
n'a pas connu l'abolition. Quant à Saint-Domingue,
il s'agit d'un territoire autonome sous l'autorité
d' un gouverneur noir, Toussaint Louverture. Ce
dernier, fils du roi du Bénin, dont la tribu
a été déportée sur l'île
de Saint-Domingue, ancien gardien de bétail
et esclave affranchi en 1776, a acuquis une petite
fortune dans la culture du café. Pendant
les rébellions de l'été 1791,
il est parvenu à lever une armée de
2 000 hommes et à contrôler un
vaste territoire. Après l'abolition de 1794,
il s'est rallié à la France : Général
en chef de l'armée de Saint-Domingue, il
a progressivement installé un "pouvoir
noir" sur l'île, a pris, en 1801, le
titre de Gouverneur général à
vie et a placé l'île sous le régime
d'une Constitution autonomiste.
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| Louis Delgrès,
héros de la résistance
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Bonaparte et le rétablissement de l'esclavage
Le 8 mai 1802, Napoléon Bonaparte est nommé Premier
Consul de la République pour dix années supplémentaires.
Le 20 mai il rétablit l'esclavage, influencé
par plusieurs de ses proches : Cambacérès, avocat
des planteurs, mais aussi sa propre femme, Joséphine
de Beauharnais, issue d'une riche famille créole
de la Martinique. En Guadeloupe, le colonel mulâtre
Delgrès, rejoint par Joseph Ignace, prend la tête
d'une révolte contre ce retour de l'ordre ancien.
Afin de mater la rébellion, Bonaparte envoie une
mission de 4 000 hommes qui se livrent à une
terrible répression. Ignace et ses troupes sont
vaincus alors qu'ils tentaient une action de diversion
sur Pointe-à-Pitre. Quant à Delgrès, acculé à Matouba,
il préfère se donner la mort avec 300 de ses fidèles
(28 mai 1802) plutôt que de redevenir esclave.
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| Dessalines, héros
de l'indépendance et premier dictateur
d'Haïti |
De la résistance à l'indépendance de la première
République noire
En mars 1802, un corps expéditionnaire commandé
par le général Leclerc débarque dans l'île de Saint-Domingue,
placée sous l'autorité de Toussaint Louverture.
L'objectif n'est tout d'abord pas le rétablissement
de l'esclavage mais le désarmement des troupes de
couleurs et le retour de l'île sous autorité métropolitaine.
Malgré l'arrestation de Toussaint Louverture et
le ralliement à Leclerc de la plupart de ses généraux,
plusieurs officiers de couleur lancent un appel
à l'insurrection en septembre 1802. Un an plus tard,
les survivants du corps expéditionnaire capitulent : le
général noir Dessalines proclame l'indépendance
d'Haïti (du nom d'un ancien royaume des Caraïbes),
première République noire, le 1er
janvier 1804. La République d'Haïti
occupe alors tout l'ouest de l'île de la "Grande
Terre", l'est étant occupé par
l'Hispaniola, territoire sous autorité espagnole
et future République Dominicaine, dont la
capitale s'appelle aujourd'hui Saint-Domingue. Nommé
Gouverneur général à vie et
proclamé Empereur quelques mois plus tard,
Dessalines règne sur l'Empire haïtien
sous le nom de "Jacques, Empereur Ier d'Haïti".
Le premier empire haïtien (1804-1806) est une dictature
personnelle fondée sur l'armée, seule force stable
du nouvel État.