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"L'affaire Jeanne d'Arc" n' a pas été écrit par un historien mais par un journaliste. Marcel Gay s'explique sur sa méthode de travail, forcément différente de celle d'un spécialiste.

 

 
Photo © Cécile Genest, L'Internaute Magazine
 
"Je suis journaliste et non pas historien"

Comment vous est venue l'idée de travailler sur Jeanne d'Arc ? En quoi l'histoire officielle ne vous convenait pas ?

L'histoire officielle, je m'en étais accommodé. Car j'ignorais tout sur Jeanne avant de venir travailler en Lorraine, où Jeanne (vous avez remarqué, je ne l'appelle jamais d'Arc, question d'habitude) est un mythe vivant. Il y a Domrémy et Vaucouleurs. Mais il y a aussi en Lorraine Jaulny et Pulligny qui sont moins connus, où Jeanne a vécu...après le bûcher de 1431.

 

Pourquoi le Moyen-Age fascine-t-il autant le grand public ? Pourquoi pas d'autres époques ?

Le Moyen-Age fascine le public, comme il m'a fasciné car c'est un monde obscur, mais un monde extraordinaire où les valeurs de chevalerie sont loin d'être démodées. C'est aussi un monde en gestation d'où va sortir notre monde moderne. Bref, les chevaliers, les héros, les tournois, les oriflammes ont émerveillé notre enfance. Et comme nous sommes tous restés de grands enfants....

 

Très bien votre ouvrage. Mais pourquoi un journaliste ne s'intéresse-t-il pas à des sujets plus actuels ?

C'est du passé non ? Mon cher internaute, je suis journaliste et je m'intéresse aussi à des sujets d'actualité. Je crois aussi pour être complet, que Jeanne est un sujet d'une grande actualité. Car il s'agit d'une opération de manipulation. Croyez-vous qu'il n'y en a pas de nos jours? Ce livre est donc un livre de journaliste sur un sujet d'histoire qui me permet de décrypter minutieusement l'une des plus grandes manipulations de l'histoire. Ensuite, il suffit de faire des rapprochements avec d'autres affaires, comme les infirmières bulgares, la guerre en Irak, la libération d'Ingrid Betancourt, etc… Et l'on verra qu'il existe un parallèle. Mais pour cela il faut savoir...lire.

 

Votre méthode de travail emprunte-t-elle plus à l'historien ou au journaliste? Quelle est la différence entre une enquête historique et une enquête contemporaine ?

Bonne question. Je suis journaliste et non pas historien. Les journalistes sont plus libres d'esprit et leurs méthodes, leurs techniques d'investigation s'apparentent à celles des policiers. Pour parler de moi, j'ai fait cette enquête sur un sujet d'histoire, comme je fais toutes les autres enquêtes sur un sujet d'actu: en vérifiant et en recoupant les informations. Il existe énormément de documents sur Jeanne, ce que l'on appelle les sources. Il suffit de les lire. De bien les lire. Et le portrait véritable de Jeanne apparaît. Il ne ressemble en rien à celui de nos livres d'histoire.

 

"Les journalistes sont plus libres d'esprit"

Sur quels types de documents vous êtes-vous basés pour réaliser ce livre ?

Sur les témoins directs de l'époque, les compagnons d'armes de Jeanne, les PV du procès de Rouen (5 mois), le procès en nullité de condamnation, 25 ans plus tard, les chroniques de l'époque. La documentation est exceptionnellement volumineuse. Et, j'ajoute, les comptes de la ville d'Orléans de 1436 à 1440, c'est-à-dire APRES le bûcher.

 

Comment reconstituer les procès de Jeanne d'Arc ? Reste-t-il suffisamment de documents ?

Jeanne a eu plusieurs procès. Le premier, à Toul est un procès matrimonial que lui fit un jeune homme de Domremy car il voulait l'épouser. Mais Jeanne ne voulait pas. Il lui a fait un procès devant l'Officialité. Elle l'a gagné. Puis il y a eu le " procès " de Poitiers, je mets des guillemets car il ne s'agit pas à proprement parler d'un procès classique, même si les interrogatoires de Jeanne ont donné lieu à des PV qui ont disparu. Il y a le procès de condamnation pour hérésie de Rouen qui dura 5 mois, le procès en nullité de condamnation de 1456 puis le procès en canonisation du 20ème siècle. Mais il est vrai que les pièces du procès de Rouen sont suspectes comme celle du procès en nullité.

 

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