"L'affaire Jeanne d'Arc" a été modérément
appréciée par la critique et les cercles de médiévistes.
Mais pour Marcel Gay, il fallait un oeil neuf pour dépoussiérer
la vie de Jeanne d'Arc.
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Photo © Cécile Genest, L'Internaute
Magazine
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| "Les historiens sont furieux parce que je
vais dans leur pré carré" |
Comment votre ouvrage est-il accueilli par la critique
?
Les historiens sont furieux parce que je vais dans leur
pré carré, ils se sont appropriés l'Histoire et ils n'aiment pas les intrus
qui viennent leur faire la leçon. Mais je m'en f....
On dit souvent de votre livre qu'il permet de "déranger
le bon ordonnancement d'une doctrine historique". Jugez-vous le milieu des
historiens conservateur ?
A mon avis il y a deux types d'historiens: les historiens
orthodoxes, classiques, académiques pour lesquels la vie de Jeanne d'Arc
est immuable : c'est celle d'une bergère inculte. Et les autres, les hétérodoxes,
les non-conformistes, pour qui Jeanne est une femme qui a accompli une mission
au service du roi de France. Donc, pour résumer, les historiens qui s'expriment
dans les livres d'histoire sont bien très conservateurs. Je dirais même aveuglés
par le mythe de Jeanne d'Arc qui ne s'est jamais appelée d'Arc de son vivant,
qui n'a jamais été bergère, qui n'a même pas été brûlée à Rouen.
| "J'en suis arrivé à la conclusion
que les historiens ne savaient pas lire" |
Je vous trouve très sévère envers les historiens. Or,
ces derniers font des années de recherche et se basent sur des archives,
des documents officiels... Peut-on en dire autant de vous ? Sans indiscrétion,
en combien de temps avez-vous écrit votre livre ?
J'ai déjà partiellement répondu. Les sources, elles appartiennent
à tout le monde. A moi aussi par conséquent. Je les ai lues, relues, j'ai
fait traduire certains documents. Et j'en suis arrivé à la conclusion que
les historiens ne savaient pas lire. Par exemple, à deux reprises, les 22
et 24 février 1430, Jeanne dit de façon formelle qu'elle n'a "jamais gardé
les animaux et autres bêtes". Donc elle n'est pas bergère. Or, moi j'ai appris
à l'école qu'elle était bergère, illettrée etc. Même chose pour son nom de
famille. Première audience du procès de Rouen: " Mon nom est Jeanne, dans
mon pays on m'appelait Jeannette. Et dans mon pays, les filles portent le
nom de leur mère, c'est à dire ici de Vouthon ". Donc en aucune façon elle
ne peut s'appeler d'Arc. Mais qu'est-ce qu'ils nous font ces historiens?
Où sont-ils allés à l'école?
Pensez-vous que votre travail va changer quelque chose
dans les livres d'histoire scolaire, puisque Jeanne d'Arc est un peu ce qu'est
Saint-Nicolas au Père Noël?
Les comparaisons me semblent très bonnes en ce sens que
Jeanne est une légende. J'espère simplement qu'après mon livre et après le
film qui sera diffusé sur Arte en février prochain, les historiens réviseront
leurs livres.
Que dit l'Eglise de votre enquête ?
Je n'ai pas eu l'honneur d'avoir le Pape Benoît XVI au
téléphone. Mais j'imagine qu'il n'a rien appris puisque dans ses archives
il a le Livre de Poitiers où Jeanne révèle tout sur sa véritable identité.
Jeanne d'Arc est elle l'affaire des historiens ou des
religieux ? N'y a-t-il pas en elle un mythe instrumentalisé par l'Eglise
?
Jeanne appartient à tout le monde, y compris au journaliste
que je suis. Bien sûr c'est un personnage historique hors du commun et c'est
aussi une sainte de l'Eglise catholique. Mais elle n'est devenue sainte qu'en...1920.
Bref, les historiens ont une vision de Jeanne, les religieux en ont une autre
-à la fin du 19e et au début du 20e il fallait les faire coïncider-. Moi
j'en ai une troisième plus proche de la réalité. Car derrière la guerrière,
derrière la sainte, il y a une femme, toute simple. C'est elle qui m'a intéressé
et qui a guidé mes recherches.
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la suite : le mythe Jeanne d'Arc