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CHAT
Janvier 2007
Olivier Proust : "La justice est capable de se remettre en question"
Quelle est la définition juridique de l'erreur judiciaire ? Olivier Proust : Au sens juridique du terme, l'erreur judiciaire se définit comme l'annulation d'une condamnation judiciaire pénale à la suite de la révision du procès de la personne condamnée.
Je ne pense pas qu'aujourd'hui il y ait d'avantage d'erreurs judiciaires mais depuis quelques temps, les affaires judiciaires qui ont été reconnues comme erreur judiciaire ont été très médiatisées. Par ailleurs, la loi de 1989, qui réforme la procédure de révision des condamnations pénales, a élargi les cas d'ouverture d'une révision éventuelle d'une affaire judiciaire.
Oui, la presse et la médiatisation d'une affaire judiciaire sont des moyens de faire reconnaître une erreur judiciaire et éventuellement d'accélérer la réouverture d'un dossier. De plus, l'opinion publique peut également jouer un rôle important en influant sur le cours de la procédure (par exemple, affaires d'Outreau ou Omar Raddad).
En effet, de grands intellectuels ont apporté leur pierre à l'édifice dans de grandes affaires judiciaires. Ainsi, le "J'accuse" de Zola est resté un modèle de pamphlet journalistique. Plus récemment, le rôle des intellectuels a consisté à sensibiliser l'opinion publique et à apporter un soutien au condamné (par exemple, affaires Marie Besnard, Roland Agret, Patrick Dils).
Mais à trop vouloir faire de la place au sentiment de "l'opininon" n'accroît-on pas le risque de rendre une justice "populaire" et donc non objective? Le risque de vouloir faire trop de publicité à une affaire judiciaire présente des avantages comme des inconvénients. On l'a vu récemment avec l'affaire d'Outreau où les médias ont, dans un premier temps, participé à l'accusation des détenus avant de faire un revirement complet au moment du procès. De même, dans les affaires Marie Besnard ou Christine Villemin : les mis en examen ont d'abord été considérés comme coupables par la presse.
Dans un sens juridique, oui, puisque seules les affaires ayant abouti à une condamnation pénale (crimes ou délits) peuvent faire l'objet d'une révision. Cependant, dans un sens plus large, des erreurs sont commises par la Justice dans tous les domaines, y compris le domaine de la famille.
Certaines erreurs judiciaires ont provoqué des réformes pénales. Ainsi, l'affaire Patrick Dils a inspiré en partie la loi du 15 juin 2000 sur la présomption d'innocence, qui a introduit l'appel en matière pénale ainsi que la vidéosurveillance des gardes-à-vue pour les mineurs. Egalement, le drame de l'affaire d'Outreau a inspiré une réforme de la procédure pénale qui a été examinée à l'Assemblée nationale en novembre 2006 et qui devrait renforcer les droits de la défense. Une personne détenue à tort ou acquittée à la suite de la révision de son procès obtient de droit une indemnisation payée par l'Etat dont le montant varie au cas par cas. Sur le plan humain, les victimes d'erreurs judiciaires (telles que les acquittés d'Outreau) essayent de reconstruire leurs vies comme ils le peuvent mais non sans difficulté.
En tant qu'avocat, il m'a paru intéressant de
participer à un ouvrage qui retrace certaines des grandes erreurs
judiciaires qui ont marqué notre histoire et de sensibiliser ainsi
davantage le grand public sur les mécanismes de notre système
judiciaire.
Y a -t-il des constantes
dans la manière dont se sont déroulées les affaires qui ont donné
lieu à des erreurs judiciaires ?
Comment faire en sorte
que la justice fonctionne plus vite ? Depuis 1945, peu d'erreurs judiciaires ont été reconnues (environ huit). En attente d'une révision, il y en a certainement plus. On l'a vu hier avec l'examen par la Commission de révision des condamnations pénales de l'affaire Mis et Thiennot (deux personnes condamnées en 1947 à 15 ans de travaux forcés). Il existe des sanctions pénales à l'encontre des personnes (journalistes ou autres) qui accusent les personnes mises en examen avant d'être jugées. Cela constitue une atteinte à la présomption d'innocence ou une diffamation et de tels faits constituent des délits.
Principalement, la loi du 23 juin 1989, qui a été inspirée par l'affaire Seznec et qui a modifié la procédure de révision des condamnations pénales. Auparavant, la révision n'était possible que si des faits nouveaux innocentaient le condamné. Depuis 1989, il faut apporter la preuve de faits de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné. Par exemple, dans l'affaire Patrick Dils, la révision a été accordée en raison de la preuve de la présence de Francis Heaulme sur les lieux du crime le jour du meurtre des deux enfants.
Pensez-vous que la justice reconnaît aujourd'hui davantage ses erreurs ? Je pense que, grâce à la médiatisation de certaines affaires (notamment l'affaire d'Outreau), la Justice est capable aujourd'hui de se remettre en question et de reconnaître ses erreurs. Cela est une avancée importante puisque le procès d'Outreau a abouti à la création d'une commission d'enquête parlementaire qui a proposé des réformes de notre système pénal. Une réforme pénale devrait donc intervenir cette année. Pas directement mais il semblerait que nous venons de la même région de France. Des recherches généalogiques plus poussées permettraient peut être d'établir un lien... Je remercie tous les internautes pour leurs questions intéressantes et les invite à poursuivre leur découverte des grandes affaires judiciaires. » La présentation du chat avec Olivier Proust
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