Faut-il croire Nostradamus ?

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Une prophétie se réalise, et Nostradamus acquiert une légitimité que l'Eglise, dans un siècle de tourments, ne peut pas remettre en cause. Pourtant, le "prophète" n'avait pas que des admirateurs.

 

Il prédit la mort du prince

Nostradamus astrologue
 
Nostradamus, un astrologue du XVIe siècle © Image d'Epinal, par Canivet /Roger-Viollet
 

Très rapidement, les Centuries écrites en 1555 obtiennent une audience importante. Ayant eu vent de sa renommée, la reine Catherine de Médicis appelle Nostradamus en 1556 à la Cour pour établir l'horoscope de ses fils. Jusqu'en 1564, il sera l'astrologue attitré de la famille royale et son médecin officiel.

C'est entre-temps qu'un événement force définitivement son prestige : en 1559, le prince Henri II meurt à l'issue d'une joute qui l'oppose au comte de Montgomery. Un décès que Nostradamus avait prévu dans le 34e quatrain de la première centurie : "Le jeune lion vaincra le vieux / Dans la lice martiale en duel singulier / Il lui crèvera les yeux, la tête protégée par un heaume en or / Après deux combats, une dernière joute, puis il mourra d'une mort cruelle". Pour ses contemporains, c'est la preuve que Nostradamus voit clair et juste.

 

La peste, la guerre, la peur d'une invasion turque

Ses contemporains sont d'autant plus prompts à le croire que le contexte de l'époque y est favorable. Nostradamus est né au début d'un siècle de tourments et de craintes apocalyptiques : et si la peste était le premier fléau annonciateur de la fin du monde ? Le jour même de sa naissance, le 14 décembre 1503, le Parlement d'Aix-en-Provence doit quitter la ville, contaminée par l'épidémie. D'autres événements contribuent à donner du poids aux prévisions de Nostradamus : au milieu des années 1550, l'Europe subit un refroidissement climatique important, la guerre entre souverains reprend après quelques années de paix. Et surtout, les armées turques, conduites par Soliman le Magnifique, avancent vers l'Ouest : en 1529, elles assiégent Vienne. Le futur sombre qui se profile déclenche ainsi un intérêt profond pour les livres et les prophéties.

 

Des prophéties comme des jeux de piste

Les écrits de Nostradamus sont partout difficilement accessibles. Lorsqu'il commence à rédiger ses prophéties, il sait qu'il ne peut pas tout dire, et qu'il doit notamment ménager l'Eglise catholique, très sensible à toutes les croyances illicites qui pourraient détourner les fidèles de la foi, à une époque où la Réforme allait être initiée. Le "prophète" se doit donc de rester allusif et de draper ses prévisions d'une certaine obscurité.

Par deux fois, Nostradamus se frotte à la suspicion populaire et religieuse : en 1540, il doit quitter Agen car l'Inquisition enquête sur ses méthodes médicales. Un peu plus tard, il se heurte à une fronde menée contre lui par les paysans de Salon-de-Provence, les Cabans, qui le soupçonnent de faire de la magie. L'astrologue est alors à deux doigts d'être déclaré hérétique, on va même jusqu'à brûler son effigie. Il n'est donc pas étonnant que les prophéties de Nostradamus soient bâties comme des jeux de piste, ponctuées par exemple d'anagrammes plus ou moins aisées à déchiffrer, où Rapis se lit par exemple Paris, où Eiouas signifie Savoie, et Chiren désigne Henri-C.

 

Un homme critiqué

Si Nostradamus devient un auteur à succès grâce à ses Centuries, le portrait de certains de ses contemporains n'est pas toujours flatteur. Avant sa carrière de "prophète", Nostradamus avait déclenché l'hostilité des apothicaires, qui appréciaient modérément qu'un médecin préparant des pommades et onguents expérimentaux empiète sur leurs plate-bandes. Même ses amis, comme Jules César Scaliger, un savant qu'il avait fréquenté à Agen, étaient allés jusqu'à le traiter de "pauvre sot".

 

» Lire la suite : Prophéties et fantasmes


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