16 Mai 1968 : L'allocution télévisée
de Georges Pompidou
Allocution radiotélévisée prononcée par Georges Pompidou, Premier ministre
le jeudi 16 mai 1968 à 21h30. En ce milieu du mois de mai,
la France est paralysée par les mouvements sociaux. Les débrayages dans les
usines, avec occupation, s'étendent. Face à cette vague montante de contestation
sociale, Georges Pompidou décide d'intervenir à la télévion,
il appelle "au refus de l'anarchie" et annonce une "amnistie
totale".
Françaises,
Français,
| "Avec l'accord du Président de la République,
j'ai rendu l'Université à ses maîtres et à ses étudiants" |
J'ai fait la preuve de ma volonté d'apaisement. Avec l'accord du Président
de la République, qui s'adressera à vous dans quelques jours, j'ai rendu
l'Université à ses maîtres et à ses étudiants. Je leur ai tendu la main pour
la concertation la plus large et la plus constructive. J'ai libéré les manifestants
arrêtés. J'ai annoncé une amnistie totale. Mes appels n'ont pas été entendus
par tous. Des groupes d'enragés, nous en avons montré quelques-uns, se proposent
de généraliser le désordre avec le but avoué de détruire la Nation et les
bases mêmes de notre société libre.
Françaises, Français,
Le Gouvernement doit défendre la République. Il la défendra. Je m'adresse
à vous avec calme mais avec gravité. Etudiants, ne suivez pas les provocateurs
qui déclarent eux-mêmes se désintéresser des trois quarts d'entre vous. Écoutez
la voix de la raison. Nous sommes prêts à entendre toutes vos revendications
légitimes. Ne les ruinez pas par des excès.
Françaises, Français,
Il vous appartient de montrer, par votre sang-froi
d,
mais aussi par votre résolution, quelles que soient vos préférences politiques,
quelles que soient vos revendications sociales, que vous refusez l'anarchie.
Le Gouvernement fera son devoir. Il vous demande de l'aider.
Source : Journal officiel de la République française