27 Mai 1968 : Conférence de presse de Georges Pompidou
Après deux journées de négociations, des engagements sont pris. Parmi
les mesures proposées, l'augmentation des salaires est substantielle. Au
petit matin, Georges Pompidou prend alors la parole et présente ses conclusions.
Les " accords " ne seront pas approuvés par la CGT.
Nous
sommes arrivés à un ensemble de conclusions positives et dont on peut dire
qu'elles constituent un accord, a déclaré M. Georges Pompidou, ce matin,
à 7 h 30, en sortant de la salle du ministère des Affaires sociales où pendant
près de vingt-cinq heures se sont déroulées les négociations entre les syndicats,
les patrons et le Gouvernement. "
| "Je m'explique sur le mot accord" |
Je m'explique sur le mot accord. Il va de soi que les organisations syndicales
ont fait des réserves sur un certain nombre de points et maintiennent un
certain nombre de revendications pour leur programme à venir. De la même
manière, les organisations patronales ont fait valoir les graves problèmes
que les décisions prises posaient aux entreprises françaises plongées dans
la compétition internationale et elles ont, par conséquent, proposé des demandes
qui tendent à une politique économique générale permettant à la compétitivité
française de se maintenir.
| "Le caractère extraordinairement sérieux de
la crise actuelle" |
Le Gouvernement de son côté ne peut manquer de souligner les exceptionnels
sacrifices financiers et budgétaires que ces décisions entraînent et les
avantages sociaux tout à fait exceptionnels aussi qui sont accordés en une
seule fois à tous les travailleurs en lutte. C'est le caractère extraordinairement
sérieux de la crise actuelle qui seul a permis d'aboutir à des conclusions
aussi importantes."
» M. Pompidou a alors donné les précisions
suivantes sur les résultats obtenus :
- SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) : porté à 3 F au 1er
janvier 1968 (sa valeur actuelle est de 2,22 F).
- Salaires: les salaires réels sont augmentés au 1er juin 68 de 7 %. Le
pourcentage est porté au 1er octobre à 10 %, étant entendu que toutes les
hausses intervenues à compter du 1er janvier 68 entrent dans ce total.
- Durée du travail : un texte concernant la réduction de la durée du travail
est accepté.
- Age de la retraite : le problème de l'assouplissement de l'âge de la
retraite a été posé par plusieurs syndicats. Le C.N.P.F. en a accepté l'examen.
| "Un projet d'aménagement d'allocations familiales
en faveur des familles de 3 enfants au moins" |
- Allocations familiales : un projet d'aménagement d'allocations familiales
en faveur des familles de 3 enfants au moins et prévoyant aussi une certaine
réforme des allocations de salaire unique et de la mère au foyer, sera examiné
par le Gouvernement, un texte sera mis au point à l'occasion du prochain
budget.
- Vieillesse : le Gouvernement a accepté d'augmenter au 1er octobre prochain
l'allocation minimum versée aux personnes âgées. - Droit syndical : un document
très important a été établi qui prévoit une véritable évolution " pour ne
pas dire une révolution " dans les rapports entre employeurs et salariés.
- Droit syndical dans les entreprises : le Gouvernement a déclaré que les
conversations qui doivent se poursuivre à ce propos entre les organisations
syndicales devraient aboutir à un projet de loi pour lequel le Gouvernement,
sous sa responsabilité, prendra une position favorable à l'exercice des droits
syndicaux dans les entreprises.
- Fiscalité : le Premier ministre a ajouté que des documents concernent
notamment la fiscalité, documents très brefs mais qui prévoient que la réforme
de l'impôt sur le revenu, qui sera déposée en principe à l'automne par le
Gouvernement, devra contenir des dispositions tendant à alléger les conditions
d'imposition des revenus salariaux. Ce projet fera d'ailleurs l'objet dans
sa première phase d'une discussion au Conseil économique et social.
- Emploi : le C.N.P.F. et les confédérations syndicales, a précisé M.
Pompidou, ont décidé de se réunir avant le 1er octobre pour un vaste examen
de tous les problèmes concernant l'emploi. Le Gouvernement s'engage, de son
côté, à participer aux conversations dans une deuxième phase et également
à développer les crédits affectés au service de l'emploi et à accorder une
priorité à la formation des jeunes.
- Conventions collectives : un document également très important concerne
la révision des conventions collectives pour lesquelles les employeurs se
sont engagés à réunir sans délai des commissions paritaires pour l'examen
d'un certain nombre de questions concernant ces conventions collectives et
pour lesquelles les syndicats étaient demandeurs.
- Pouvoir d'achat : au mois de mars 1969, se tiendra à l'initiative du
Gouvernement une réunion pour examiner, dans le cadre de l'évolution économique
et financière générale, l'évolution du pouvoir d'achat des salariés au cours
de l'année 1968.
| "Une avance de cinquante pour cent du salaire
sera versée aux salariés" |
- Sécurité sociale : M. Pompidou a pris l'engagement d'accepter un débat
de ratification des ordonnances relatives à la Sécurité sociale au cours
de la session actuelle. Le ticket modérateur applicable aux dépenses médicales
de visite et de consultation est ramené de trente à vingt-cinq pour cent.
- Journées de grève : il a été entendu que les journées d'arrêt de travail
seront, en principe, récupérées. Une avance de cinquante pour cent du salaire
sera versée aux salariés ayant subi une perte de salaire. Cette avance sera
remboursée par amputation sur les heures récupérées. Dans le cas où la récupération
n'aurait pas été matériellement possible avant le 31 décembre de cette année,
l'avance ou son solde seront définitivement acquis aux salariés. J'ai pris
par ailleurs, a ajouté M. Pompidou, l'engagement que les dispositions concernant
le SMIG, les dispositions concernant les rémunérations, concernant le droit
syndical, concernant la réduction de la durée du travail et concernant enfin
une indemnisation pour les journées de grève auraient des répercussions dans
le secteur nationalisé et dans le secteur public. Je rappelle à ce propos
que les conversations du secteur nationalisé se sont engagées hier et qu'elles
doivent se poursuivre dès cet après-midi dans les ministères de tutelle.
En ce qui concerne la fonction publique, la discussion aura lieu en principe
demain mardi au ministère chargé de la Fonction publique, sous ma propre
présidence. "
» Et M. Pompidou a conclu :
| "Nous avons atteint un résultat de première
importance" |
" À travers tous les journalistes présents, c'est à la France et aux Français
que je m'adresse et que je pense pour souligner l'importance des décisions
prises, la gravité exceptionnelle de cette réunion, les avantages sociaux
exceptionnels qu'en retirent les travailleurs en lutte, quels que soient
les inconvénients ou les difficultés qui ne manqueront pas de résulter de
cette crise, qui ne manqueront pas éventuellement de résulter pour nos entreprises
de certaines décisions prises, de même que pour le budget de l'État.
J'estime que nous avons atteint un résultat de première importance et qui
doit permettre la reprise du travail dans des conditions aussi rapides que
le permet la technique. Je crois d'ailleurs que les organisations syndicales,
qui vont vous donner leur appréciation, tout en maintenant, ainsi que je
l'ai dit, certaines de leurs revendications, souligneront le caractère très
fécond de cette négociat
ion.
Puisse-t-il être fécond pour les travailleurs. Puisse-t-il être fécond
pour la France...
Source : Journal officiel de la République française