29 Mai 1968 : Conférence de presse de P. Mendès
France
Le 29 mai le Général " disparaît " subitement, ce qui semble
donner raison à ceux qui annoncent depuis plusieurs jours la chute du pouvoir
gaullien et gaulliste. Pierre Mendès France fait cette déclaration qui répond
à la conférence de presse de François Mitterrand de la veille.
La
journée nous a apporté toute une série de nouvelles ou d'incertitudes. Nous
ne savons plus très bien aujourd'hui où en est le régime. Nous ne connaissons
pas ses intentions, ses décisions. Nous ne savons pas encore s'il y a un
gouvernement, si, à brève échéance, le régime tout entier n'aura pas reconnu
son échec et s'il en aura retenu des conclusions.
| "Notre réponse conduit toujours à la revendication
de la constitution d'un gouvernement de transition" |
Dans ces conditions, la longue conversation de travail que j'ai eue avec
les dirigeants de la Fédération devait tenir compte de toutes ces incertitudes,
et nous avons donc exploré les différentes hypothèses, les différentes situations
politiques dans lesquelles nous pouvons nous trouver et chercher quelles
pouvaient être nos décisions face à ces différentes hypothèses.
Nous avons constaté sans surprise que, quels que soient les événements
qui se produiront au cours des prochaines heures ou des prochains jours,
en définitive notre réponse en toute hypothèse conduit toujours à la revendication
de la constitution d'un gouvernement de transition que M. François Mitterrand
dans sa déclaration d'hier a appelé un gouvernement provisoire. Nous avons
constaté que c'était une solution que l'opposition de gauche devait mettre
en avant et que c'était une solution applicable à toutes les hypothèses qui
pourraient se produire au cours des prochains jours.
| "Eviter que la crise présente ne se prolonge
au détriment du pays tout entier" |
Quand nous parlons de gouvernement de transition, il est important que
nous soyons tous bien d'accord sur ce que devra faire ce gouvernement pour
éviter que la crise présente ne se prolonge au détriment du pays tout entier
et c'est là-dessus que nous avons travaillé très sérieusement en allant au
fond de tous les problèmes et de tous les obstacles à surmonter. C'est là-dessus
que nous avons travaillé avec les représentants de la Fédération.
Nous avons tous compris que le gouvernement de transition à constituer
demain devra ménager, à travcrs les décombres institutionnels, politiques,
universitaires, sociaux, économiques, un travail efficace pour garantir les
chances des nécessaires réformes dont nous ressentons tous le besoin.
Il est évident qu'un tel gouvernement n'aurait aucun sens s'il ne méritait
et n'obtenait pas la confiance de tous les hommes, de toutes les forces,
qui, au cours des dernières semaines, ont manifesté leur opposition au régime
actuel et leur volonté de reconstruction du pays.
Les forces vives des usines et des universités ont fait éclater au grand
jour à quel point la politique suivie par le gouvernement encore en place
était contraire aux aspirations et aux besoins du pays. Elles doivent toutes
être réunies demain pour reconstruire, et elles doivent le faire, comme l'a
dit M. Mitterrand, sans exclusive et sans dosage. Tout ce qui divise, tout
ce qui oppose les forces du mouvement et du progrès les unes aux autres est
blâmable et néfaste pour l'avenir.
| "J'ai été touché que M. Mitterrand mette mon
nom en avant dans sa déclaration d'hier" |
Je peux dire tout de même que j'ai été touché que M. Mitterrand mette mon
nom en avant dans sa déclaration d'hier. Mon concours a toujours été, et
serait toujours acquis, aux hommes de gauche pour la réalisation des convictions
que j'ai défendues inlassablement. Je ne refuserais donc pas les responsabilités
qui pourraient m'être confiées par la gauche tout entière réunie.
Mais le problème essentiel n'est pas celui des hommes. Ce qui compte aujourd'hui,
c'est un accord complet, précis, sur ce que fera, le jour venu, le gouvernement
de transition. Ce ne sera pas un gouvernement neutre, mais un gouvernement
du mouvement, il aura à préparer la suite, la mise sur pied d'un nouveau
régime de vie, l'acheminement rapide vers une société plus juste, socialiste.
Mais dans l'intervalle, par la force des choses, il aura à faire face à
un problème aigu qui se pose aujourd'hui et il aura à prendre des mesures
immédiates. C'est de cela aussi que nous avons parlé et c'est là-dessus que
nous continuerons à le faire pour réaliser un accord précis et complet. Je
le crois indispensable pour la probité même et pour les chances de succès
du gouvernement de transition dont il s'agit.
Je
crois que nous ne nous dissimulons pas les difficultés. Nous faisons le genre
d'effort qu'attendent de nous les grévistes dans les usines, les jeunes partout
à travers le pays et les chômeurs.
Source : Journal officiel de la République française