30 Mai 1968 : Allocution télévisée du Général
de Gaulle
Le président réapparait, reçoit Georges Pompidou à 14H30, convoque un
conseil des ministres pour 15H, puis annonce à 16H30 à la radio la dissolution
de l'assemblée et des élections législatives. Une manifestation, prévue la
veille, rassemble 800.000 personnes le soir-même, pour le soutien au président
de la République et contre le mouvement social.
Françaises,
Français,
Etant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine j'ai envisagé
depuis vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me
permettraient de la maintenir. J'ai pris mes résolutions. Dans les circonstances
présentes, je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple, je le remplirai,
je ne changerai pas le premier ministre dont la valeur, la solidité, la capacité
méritent l'hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront
utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd'hui l'assemblée
nationale.
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"J'ai proposé au pays un référendum"
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J'ai proposé au pays un référendum qui donnait aux citoyens l'occasion
de prescrire une réforme profonde de notre économie et de notre université
et en même temps de dire s'ils me gardaient leur confiance ou non par la
seule voie acceptable, celle de la démocratie. Je constate que la situation
actuelle empêche matériellement qu'il y soit procédé. C'est pourquoi j'en
diffère la date. Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans
les délais prévus par la Constitution, à moins qu'on entende bâillonner le
peuple français tout entier en l'empêchant de s'exprimer en même temps qu'on
l'empêche de vivre par les mêmes moyens qu'on empêche les étudiants d'étudier,
les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler.
| "Je devrai prendre, conformément à la Constitution,
d'autres voies que le scrutin immédiat du pays" |
Ces moyens, ce sont l'intimidation, l'intoxication et la tyrannie exercées
par des groupes organisés de longue main en conséquence, et par un parti
qui est une entreprise totalitaire même s'il a déjà des rivaux à cet égard.
Si donc cette situation de force se maintient, je devrai, pour maintenir
la République, prendre, conformément à la Constitution, d'autres voies que
le scrutin immédiat du pays. En tout cas, partout et tout de suite, il faut
que s'organise l'action civique. Cela doit se faire pour aider le gouvernement
d'abord, puis localement les préfets devenus ou redevenus Commissaires de
la République, dans leur tâche qui consiste à assurer autant que possible
l'existence de la population et à empêcher la subversion à tout moment et
en tout lieu. La France en effet est menacée de dictature.
On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s'imposerait dans
le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment essentiellement
celui du vainqueur, c'est-à-dire celui du communisme totalitaire. Naturellement,
on le colorerait pour commencer d'une apparence trompeuse en utilisant l'ambition
et la haine de politiciens au rancart.
Après quoi ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids, qui
ne serait pas lourd.
Eh bien non, la République n'abdiquera pas, le peuple se ressaisira, le
progrès, l'indépendance et la paix l'emporteront avec la liberté.
Vive
la République.
Vive la France!
Source : Journal officiel de la République française