Dossier histoire de la naissance de l'Union européenne

Histoire de la naissance de l'Union européenne

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Extrêmement fragilisée après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est financièrement soutenue par les Etats-Unis, qui mettent en place le plan Marshall en 1947. Mais avec la guerre froide, une simple collaboration nationale devient rapidement insuffisante. Il s’agit désormais de faire bloc pour contrebalancer le poids des deux super-puissances mondiales et conserver ainsi une certaine indépendance. C’est dans cet état d’esprit que naît le projet économique de la CECA, qui s’appuie sur les relations économiques entre les nations pour les unifier. Ainsi, sur ces bases va peu à peu se construire l’unité européenne. Et progressivement, cette union économique va déboucher sur une union politique, illustrée par la signature du traité de Maastricht.

En outre, un tel projet apparaît comme une rupture historique profonde dans une Europe qui, pendant 150 ans, a mis l’accent sur la construction nationale et qui a été le lieu de naissance des plus grandes guerres. Toutes ces années vont rendre difficilement praticable le chemin menant à l’Union européenne.  

Les germes d’une union européenne

Depuis la Révolution française, les différents pays d’Europe avaient tendance à s’appuyer sur la construction nationale plutôt que d’envisager une quelconque unité. Ces différentes nations européennes se sont d’ailleurs combattues pendant des siècles et c’est de leurs luttes intestines que sont nés les deux grands conflits mondiaux. L’unification européenne semble donc être, dans un premier temps, le meilleur moyen de se protéger d’une nouvelle guerre.

Par ailleurs, c’est une Europe presque entièrement détruite qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, tente de commencer sa reconstruction. Mais sans l’aide d’une grande puissance telle que les Etats-Unis, le continent ne peut guère prospérer. Cette dépendance, illustrée au travers du plan Marshall, fait, elle aussi, germer plus précisément l’idée d’une Europe unie dans l’esprit des dirigeants européens. De plus, les tensions de la guerre froide renforcent davantage le sentiment de dépendance, notamment militaire, vis-à-vis des Etats-Unis.

Pour ces différentes raisons, il apparaît essentiel, pour les Etats d’Europe occidentale, de faire bloc et d’acquérir suffisamment d’autonomie pour se défaire de l’emprise des grandes puissances qui entourent le continent.

Dès 1946, Winston Churchill évoque ainsi l’idée des "Etats-Unis d’Europe", lors de son discours de Zurich. En 1948, c’est lui qui préside le congrès de la Haye, pour réfléchir à une possible union européenne. Mais le Conseil de l’Europe, né de cette conférence, n’aura jamais suffisamment de poids pour permettre une unification européenne solide.

L’union économique de la CECA

Deux Français donnent alors un nouveau sens à la construction d’une Europe unie. Selon eux, il est essentiel de poser les pierres une à une, en commençant par ce qui peut lier tous les Etats entre eux : l’intérêt économique. Les deux hommes en question, Jean Monnet et Robert Schuman, contribuent ainsi à mettre en place la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).

À l’origine, le traité de la CECA vise à placer les industries allemandes et françaises d’acier et de charbon sous une autorité commune. En outre, chaque pays d’Europe occidentale peut intégrer la Communauté. Proposé par Schuman le 9 mai 1950, le traité est ratifié par six pays, le 18 avril 1951.

La première unification économique ayant un bilan plus que satisfaisant, les dirigeants des pays membres envisagent d’aller encore plus loin en mettant sur pied les prémices d’une union politique. Celle-ci s’illustre par le projet d’une Communauté européenne de Défense (CED), visant à créer une armée européenne, placée sous une autorité commune. Mais, face à la crainte d’une Allemagne réarmée, la France rejette la CED en 1954. Le chemin menant à une Europe politique est semé d’obstacles et les membres de la CECA se tournent alors plutôt vers le renforcement de leurs liens économiques, initié lors de la conférence de Messine, en juin 1955.

De cette réunion naît deux traités économiques, créant la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom) et la Communauté économique européenne (CEE). Ces deux textes seront signés à Rome par les Six, le 25 mars 1957.

La CEE s’agrandit

Face au succès de l’union économique européenne, les Etats d’Europe occidental non membres réagissent en formant l’Association européenne de libre-échange (AELE), en 1960. Au sein de cette organisation, le Royaume-Uni, réticente à toute autorité supranationale, espère pouvoir créer, avec la CEE, une vaste zone de libre-échange. Mais rien n’aboutit et, consciente du succès économique de la Communauté, la Grande-Bretagne lui soumet sa candidature dès 1961.

Toutefois, celle-ci fait l’objet de désaccords au sein de la CEE. Alors que les partenaires de la France y sont plutôt favorables, le général De Gaulle s’y oppose catégoriquement. Il se méfie, en effet, des étroites relations liant la Grande-Bretagne aux Etats-Unis. En 1967, la Grande-Bretagne récidive, et le général de Gaulle aussi.

Il faut donc attendre la présidence de Georges Pompidou, dès 1969, pour que l’entrée de la Grande-Bretagne au sein de la CEE soit à nouveau envisagée. Le sujet est traité au cours du sommet de la Haye, fin 1969 et, au terme de deux années de négociations difficiles, les Britanniques, les Irlandais et les Danois adhèrent à la Communauté. Par contre, les Norvégiens s’y opposent au cours d’un référendum. L’entrée des trois pays est effective le 1er janvier 1973.

Le renforcement de l’union économique et monétaire

Parallèlement à ces négociations, la "communauté européenne", dont les trois organisations ont fusionnés en 1967, poursuit sa route, comme convenu, vers l’abolition totale des frontières économiques entre ses membres. Depuis sa création, la CEE vise à mettre en place un marché européen commun, qui ne peut naître sans la suppression totale des barrières douanières. Celles-ci sont quasiment abolies dès 1968.

Le sommet de la Haye en décembre 1969 ne concerne pas uniquement l’élargissement de la CEE mais permet de redonner de l’élan à la construction économique européenne. Il est décidé que l’achèvement du marché commun serait porté au 7 février 1970. De plus, il est temps, désormais, de mettre en place l’harmonisation des politiques économiques nationales ainsi qu’un système monétaire commun.

Mais la tâche s’avère difficile, notamment en raison des fluctuations monétaires entre les différents Etats et des dévaluations qui affectent certaines économies. Ainsi, pour mettre en place une véritable union monétaire, le Système monétaire européen (SME) est établi en 1979. Il permet de stabiliser les différentes monnaies grâce, notamment, à l’ECU, Unité de compte européenne.

Vers une union politique

Au cours des années 1980, d’autres évolutions importantes interviennent. À l’Europe des neufs adhèrent la Grèce, en 1981 ainsi quel’Espagne et le Portugal, en 1986 (ils avaient déposé leurs demandes en 1977). Ces changements non négligeables impliquent la mise en place d’une meilleure organisation institutionnelle de la CEE.

Pour cette raison, une conférence réunissant les membres de la Communauté est ouverte au Luxembourg. Elle aboutit au traité de l’Acte unique européen, venant compléter le traité de Rome et renforçant les pouvoirs institutionnels. Outre l’accélération de l’achèvement du marché intérieur unique, porté à 1992, il permet également d’étendre les compétences de ces institutions à l’environnement, à la politique étrangère et à la recherche.

Par ailleurs, avec la réunification de l’Allemagne et les bouleversements de l’Europe de l’Est à la fin des années 1980, la nécessité d’une collaboration encore plus étroite entre les membres de la Communauté se fait davantage ressentir. Celle-ci se traduit explicitement par une volonté d’harmonie politique entre chaque Etat de la Communauté. Ainsi, dès 1991, les négociations pour une Europe plus unie sont entreprises et mènent à la signature du traité de Maastricht le 7 février 1992. L’Union européenne est née et la CEE devient désormais la Communauté européenne (le terme "économique" étant supprimé).

Nées d’un souci d’indépendance et d’une prise de conscience au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les bases de la construction de l’Europe unie sont avant tout économiques. Progressant vers une véritable union économique et monétaire, elle a irrémédiablement emprunté la voie de l’unification politique avec l’entrée en vigueur du traité de Maastricht. L’Union européenne, qui en est issue, en plus d’achever le marché unique et l’union monétaire, devra désormais solidifier une politique commune, qui pourra s’illustrer, par exemple, par la signature d’une Constitution européenne.



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