Dossier histoire de la Restauration
© Roger-Viollet

Histoire de la Restauration

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Après la défaite de Napoléon lors de la Bataille des Nations, l’Europe et les royalistes espèrent bien mettre un terme aux vingt-cinq années d’agitation française. Les spasmes de la Révolution française ont en effet parcouru le continent d’un bout à l’autre, notamment avec les guerres napoléoniennes. Ainsi, lorsque Louis XVIII est placé sur le trône, la noblesse Européenne espère que le calme reviendra. Napoléon a en effet largement contribué à la diffusion des idéaux républicains et des revendications nationalistes dans les pays qu’il a conquis. Or, les monarchies qui gouvernent l’Europe n’ont guère envie de voir à nouveau leur légitimité remise en question.

Un régime fragile...


En somme, les yeux de l'Europe sont braqués sur le peuple français pour savoir si les Droits de l'homme et les volontés républicaines ne sont qu'une parenthèse destinée à se perdre dans la grande histoire royaliste. Cependant, Louis XVIII, conscient qu'il ne ramènera pas la France à la monarchie absolutiste de Louis XIV, octroie une Charte constitutionnelle dans laquelle il fait quelques concessions aux Libéraux : liberté de la presse, respect des biens nationalisés lors de la Révolution, égalité des droits. Quant au suffrage pour la Chambre des députés, il est censitaire, c’est-à-dire fondé sur la richesse. On est loin du suffrage universelle mais cette concession à la bourgeoisie sera un des enjeux essentiels du régime par la suite.

Toutefois, il ne faudra même pas un an avant que Napoléon fasse à nouveau trembler l'Europe : malgré la défaite de « l’aigle » à Waterloo, les Cent Jours prouve que la loyauté du peuple envers la monarchie n’est qu’une façade bien fragile. Revenu dans les "fourgons de l'étranger", Louis XVIII reprend les rênes du pays en ayant bien conscience de souffrir d’un déficit de légitimité. Ainsi, craignant sans doute la guerre civile, il ne s’engage pas dans la politique de répression prônée par les Ultras. Plus royalistes que le roi, la « chambre introuvable » laisse en effet la Terreur blanche sévir et cautionne l’exécution du Maréchal Ney, si bien que Louis XVIII la dissout rapidement.

...mais animé par de véritables enjeux


L'extinction du débat politique n’est cependant pas à l’ordre du jour
. Au contraire, celui-ci va faire rage entre Ultraroyalistes et Libéraux dont les majorités alternent à la Chambre des députés. Les lois votées sont à l'image de leurs idéaux. Les Ultras cherchent à redonner pouvoir et biens aux « immigrés » (nobles qui se sont exilés pendant la Révolution) et à limiter le droit de vote. Quant aux Libéraux, ils tendent à réduire les privilèges et à tirer le régime vers plus de démocratie.

Cette opposition se cristallise autour du suffrage, clé de la couleur de la Chambre, et autour de la liberté de la presse, symbole des aspirations des deux camps. Le camp libéral est en effet avant tout constitué de bourgeois marqués par les idéaux de la Révolution, tandis que les Ultras prônent un retour à l’Ancien Régime, fait d’un pouvoir fort concentré dans les mains du monarque et ne souffrant pas d’opposition, notamment dans la presse. Par ailleurs, la connotation religieuse de la monarchie n’est pas à négliger, comme le montrent les vifs débats entourant la loi sur le sacrilège.

L’impossible retour en arrière


A la mort de Louis XVIII en 1824, il n'est plus question pour son successeur de faire preuve d'autant de souplesse. En effet, sous Charles X, les Ultras ne sont pas plus royalistes que le roi, ils partagent ses aspirations. Renforcés depuis l’assassinat du duc de Berry en 1820, les plus conservateurs ont le sentiment de détenir définitivement le pouvoir.

La monarchie croit à nouveau à sa légitimité : le sacre de Charles X, exalté par les jeunes romantiques de l'époque, est l’occasion rêvée pour retrouver le faste de l’Ancien Régime. Mais Charles X et son entourage croient trop rapidement en la pérennité de cet état de grâce tandis que leur image se détériore peu à peu.

En fait, dès 1825, les obsèques du général bonapartiste Foy avaient montré que le peuple ne partageait pas dans son ensemble l’enthousiasme de la Cour. Mais Charles X, sûr de son droit, continue à suivre sa route vers l’Ancien Régime, malgré une opposition de plus en plus marquée de la Chambre. En juillet 1830, face aux élections des députés qui ne lui sont pas favorables, Charles X signe quatre ordonnances qui dissolvent la chambre tout juste élue, rendent encore plus restrictif le cens électoral et restreignent la liberté de la presse.

La réaction est immédiate : les ordonnances, qualifiées de « scélérates » provoquent la colère du pays qui se soulève deux jours plus tard. Tout comme Louis XVIII face au retour de Napoléon en 1815, Charles X ne fait pas preuve d'une résistance héroïque et n'attends pas la guillotine pour s'enfuir.

En trois jours – les « Trois Glorieuses », le régime de la Restauration tombe comme un château de carte, avec une certaine violence mais sans provoquer de bain de sang. La France et l'Europe prennent conscience qu'un retour à l'Ancien Régime est impossible. La Monarchie de Juillet est alors prête à être mise en place et elle deviendra également le symbole d'un siècle chaotique menant inéluctablement à la démocratie.



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