Cette année sont commémorés les 40 ans de la révolte de mai 68. Vous avez été témoin ou participant des événements ? Partagez vos souvenirs sur L'Internaute.
Quel âge aviez-vous en mai 68 ? Quelle était votre situation et où habitiez-vous ?
J'avais 20 ans, j'étais étudiante en philosophie et maîtresse auxiliaire pour payer mes études. J'habitais à Barentin (76). Mes cours de philosophie avaient lieu à Rouen et à Nanterre.
Comment avez-vous vécu les événements ?
Dans la liesse. J'ai eu enfin l'impression d'exister, d'envoyer promener le carcan d'une éducation austère et bourgeoise où le rôle de la femme se cantonnait à laver les casseroles et garder les marmots. C'était une libération, véritablement. La contraception est née de mai 1968, j'ai eu des petites camarades qui sont mortes pour avoir effectué des avortements avec des aiguilles à tricoter. Les femmes étaient soumises, avant 1968, sauf les intellectuelles.
Quels sont les faits ou les événements qui vous ont le plus marqué ?
Le fait que l'on retrouvait le parfum des fleurs, parce qu'il n'y avait plus d'essence, donc plus de voitures. Mai 68, c'était un bouquet, c'était la ville à la campagne. L'autodafé de nos livres de philosophie à Rouen, par le mouvement Occident, notre professeur, notre maître, pleurait et les CRS laissaient faire les barbares et nous matraquaient alors que nous voulions protéger notre bibliothèque. Michel berger, à la fac de philo à Nanterre, il portait un nom beaucoup plus long à l'époque, je n'imaginais pas qu'il deviendrait une icône. Il était d'une douceur et d'une gentillesse exquises.
Aujourd'hui, quelle image gardez-vous de mai 68 ?
Une image très forte, qui me fait vibrer. C'était le temps de la révolte, de l'engagement, du courage, le temps de ma jeunesse. Il faut avoir vécu mai 68.