Cette année sont commémorés les 40 ans de la révolte de mai 68. Vous avez été témoin ou participant des événements ? Partagez vos souvenirs sur L'Internaute.
Quel âge aviez-vous en mai 68 ? Quelle était votre situation et où habitiez-vous ?
17 ans, lycéenne. Demi-pensionnaire en Loir et Cher, nous n'allions plus au lycée et aucune manifestation n'a eu lieu dans notre petite ville. De toutes façons, il n'y avait plus d'essence.
Comment avez-vous vécu les événements ?
Très bien, de merveilleuses vacances inattendues. Nous n'avions pas la télé et les commentaires radios sont moins forts que le choc des photos... Mon père, ouvrier qui a continué à travailler, était très inquiet que le salaire de ma mère ne tombe pas...
Quels sont les faits ou les événements qui vous ont le plus marqué ?
Ma mère, institutrice en grève, se rendait à une assemblée générale chaque matin et écoutait les nouvelles sur une radio (il y avait peu de téléphones pour communiquer avec les délégués syndicaux) pour savoir s'ils devaient continuer la grève et l'après-midi, elle visitait les familles pour expliquer pourquoi elle faisait grève. Elle a reçu un accueil formidable chez ces gens qui lui faisaient totalement confiance et qu'elle rencontrait rarement. Elle en garde un souvenir extraordinaire.
Aujourd'hui, quelle image gardez-vous de mai 68 ?
La seule grande grève qui a été positive et payée aux fonctionnaires de l'éducation nationale et une forte augmentation de salaire ensuite qui a nettement amélioré le niveau de vie. Ensuite, une amélioration très nette des conditions de vie (j'allais dire d'incarcération) dans les lycées. Malheureusement, avant c'était trop dur et maintenant c'est totalement laxiste. Et c'est notre faute à nous les jeunes de 68. Nous n'avons pas voulu donner à nos enfants l'éducation trop stricte que nous avions reçue. Alors nous avons navigué à vue car nous n'avions pas de repère et nos propres enfants reproduisent notre modèle peu cohérent. Ce qui fait que maintenant dans les écoles, c'est ingérable, car à la maison on n'a pas trouvé le juste milieu (pour ceux qui ont essayé) et que les rapports parents-profs sont trop méfiants. Pour moi donc, mai 68 qui n'avait que des intentions altruistes, a détendu l'atmosphère générale de la vie quotidienne mais a détruit l'école. Le slogan "il est interdit d'interdire" a laissé des traces indélébiles. Dommage.
Clotilde
Dans ma contribution, ce n'est pas zep que j'ai voulu écrire mais lep, lycée professionnel, si on pouvait corriger cette erreur de lettre, merci
Clotilde
Je suis tout à fait d'accord avec vous sur l'apprentissage. Non, les jeunes ne sont pas des dégénérés mais leur culture a beaucoup baissé, même si le bac reste difficile, il n'est plus sur les mêmes compétences, plus d'autonomie et moins de connaissances. Avant 68, il n'y avait pas de bac pro mais d'excellents artisans sans diplôme qui avaient appris avec les anciens et leur expérience, consciencieux, disponibles et prêts à rendre service. Les jeunes sont différents. Il faut quand même savoir que dans certains collèges, répondre à une question d'un prof, c'est être traité de "faillot" et se faire huer si bien que les bons élèves sont devenus muets, le travail oral n'est plus possible. L'enfer vécut par les élèves et les profs (en collège et en Zep surtout) est peu connu du grand public. Vous parlez de revaloriser financièrement les métiers manuels, mais je n'ai jamais pu convaincre ma fille qui n'était pas intello de faire "accordeuse de piano", alors qu'elle était manuelle, sociable et jouait avec plaisir du piano. Et pourtant, le salaire était bon... Mais il y avait peu de "manuels" dans les amis et la famille. La dévalorisation est profondément ancrée, d'ailleurs une proportion très importante de jeunes veulent devenir fonctionnaires (le chômage) et pourtant le gouvernement actuel va en supprimer une grosse majorité et personne ne réagit, les fonctionnaires étant très jalousés, "bien fait pour eux" et tant pis pour nos jeunes et nos services publics
Viviane Guingueno Perreux
Je ne suis pas d'accord avec vous: tous les enfants nés après 68 ne sont pas des dégénérés. J'ai 2 garçons qui ont eu une scolarité normale. L'aîné travaille et le second prépare un bac pro en alternance. L'erreur a été de repousser la sortie de l'école à 16 ans et de mettre la majorité à 18 ans. Aujourd'hui, ils sont majeurs plus tôt mais n'ont pas de travail ou se traînent dans des filières bouchées. Il est grand temps de remettre l'apprentissage à l'ordre du jour et d'y proposer des salaires attirants pour les jeunes. Ca ce serait une révolution. Ceux qui attendent la venue du plombier depuis 6 mois me comprendront