Cette année sont commémorés les 40 ans de la révolte de mai 68. Vous avez été témoin ou participant des événements ? Partagez vos souvenirs sur L'Internaute.
Un silence lourd et pesant puis la furie le soir venu
Dany Tenet, Paris
Quel âge aviez-vous en mai 68 ? Quelle était votre situation et où habitiez-vous ?
J'avais 20 ans, j'étais dans une boutique de PaP féminin rue Gay Lussac. Ma Simca 1000 garée 2 rues plus haut, j'habitais à Chatillon sous Bagneux.
Comment avez-vous vécu les événements ?
Arrivée le matin pour 10 h une atmosphère pesante était palpable, beaucoup de jeunes dehors en discussions, quelques-un assis à même le sol, vers 13h je suis sortie prendre un sandwich et là une image qui me reste gravée à vie : le boulevard Saint-Michel complètement envahi de personne assises avec juste un bourdonnement repris par ces milliers de gosiers. J'ai eu peur ! J'avais l'impression qu'une cocotte minute allait exploser. 17h la foule avait envahi notre rue, puis d'un coup des cris, des hurlements, les CRS sont intervenus avec force et coups de matraques, des visages en sang. Les habitants des immeubles jetaient des casseroles, des morceaux de tout sur les CRS pour endiguer ce massacre. Nous avions dressé les grilles de protection des vitrines, 4 femmes cloîtrées avec ce spectacle terrible, les bottes des CRS montant les escaliers pour aller chercher ceux qui s'étaient réfugiés chez les habitants révoltés de cette brutalité. Nous même avons caché un jeune esquinté au visage et avons refusé d'ouvrir notre porte blindée aux CRS malgré leurs menaces de représailles. 21h30 le calme revenu nous nous risquons à sortir, je crains le pire pour ma voiture... Miracle elle est intacte, je rentre comme je peux, je me fais chahuter à un carrefour par 4 types mais ils me laissent repartir... Enfin je rentre chez moi ! Et... Je me fais engueuler par mes parents de ne pas les avoir prévenus ! Ils n'étaient au courant de rien !
Quels sont les faits ou les événements qui vous ont le plus marqué ?
Le silence, la furie, les bousculades, les jets de pierre, les ustensiles jetés des fenêtres, la brutalité des CRS.
Aujourd'hui, quelle image gardez-vous de mai 68 ?
Comme une baudruche qui devait éclater. Beaucoup de vent (promesses) pour presque rien. Mais il le fallait pour passer un cap je crois.