Premier à atteindre les pôles, à gravir l'Everest ou à accéder à Lhassa, les explorateurs et aventuriers suscitent l'admiration par leurs exploits ou leurs engagements. Lequel vous paraît avoir eu la vie la plus extraordinaire ? Dossier Les grands aventuriers du XXe siècle Participez
Ecrivain voyageur
Dominique Marcant, Machemont
Quel explorateur ou aventurier a retenu votre attention ? Pourquoi ?
Sylvain Tesson. Extraordinaire baroudeur, tout dans la démesure et tout cela très joliment écrit avec des analyses très pertinentes.
Quelle fut, selon vous, sa plus grande découverte ou son aventure la plus périlleuse ?
De la Sibérie à l'Inde sur les pas d'un évadé du Goulag.
Connaissez vous une anecdote à son propos, une expérience déroutante ?
Dans le rythme des villes, la vie ressemble à un champ de bataille sous le feu de l'artillerie, bombardé de discussions, saturé d'évènements, alourdi d'échanges. Le voyage est un remède idéal pour vaincre la tentation de la dispersion qui menace nos vies. Il offre de revenir à la simplicité de journées tout entières consacrées à s'orienter, se nourrir et entretenir une conversation légère avec la nature et les hommes. Nulle dispersion possible quand il s'agit de suivre une route. Le recours à la piste allège le fardeau du divertissement. La vie redevient simple. L'énergie retrouve sa voie. Débarassée des scories qui l'encombrent, des efforts inutiles, des paroles superflues, la vie du voyageur se gonfle de sève. Principe de l'élagage: moins de branches, plus de force pour le tronc. Alors l'esprit concentré peut cheminer le long d'une route unique, et s'exercer tout entier à la plus belle vertu, la plus énergétique : être attentif.
Vous a-t-il transmis son goût de l'aventure ou certaines de ses valeurs ?
Lénine, sur son lit de mort a prononcé la plus belle phrase de l'histoire, la seule question qui vaille : "Que faire? Quand mon corps me martèle jusqu'à l'obsession ce mantra de l'angoisse : que faire ?" Je lui réponds: partir ! Pour le calmer. Partir pour refroidir les chaudières intérieures. En plus de freiner la course des instants, le voyage apaise les constitutions soumises à la pression d'un trop plein d'énergie. Pour ceux qui craignent de tourner en rond, il y a la solution de s'engouffrer droit devant soi, de se lancer à l'aventure, et de trouver la paix, en battant les chemins.
Votre texte est troublant. Bien que je n'abonde point dans votre vision de l'existence, je peux cependant la comprendre. J'ai découvert Sylvain Tesson dans "L'or noire des steppes". Ce baroudeur a effectivement une ample connaissance des éléments, de l'humain qu'il côtoie au cours de ses voyages.
Il est intéressant de fait, de transmettre un savoir inédit à autrui. Cependant, n'est-ce point également, une fuite en avant afin d'éviter de construire sa propre vie ?
Merci d'avoir partager ce qui était au fond de vous. Bien cordialement,