Cette année sont commémorés les 40 ans de la révolte de mai 68. Vous avez été témoin ou participant des événements ? Partagez vos souvenirs sur L'Internaute. Participez
Le temps des copains Marie-Ange Amico, Gênes Quel âge aviez-vous en mai 68 ? Quelle était votre situation et où habitiez-vous ? J'avais 18 ans j'étais en 1ère A Littéraire au Lycée Edme Bouchardon de Chaumont - Haute-Marne.
Comment avez-vous vécu les événements ? Je les ai vécu "en première ligne". J'étais la seule fille déléguée à représenter mes camarades durant les négociations aussi bien avec le Proviseur qu'avec le Préfet- (ce premier, qui me connaissait bien, se désolait de me "voir fréquenter ces jeunes bourgeois qui de tout manière avaient leur futur assuré, alors que moi Pupille de la Nation et rapatriée d'Algérie il fallait que je gagne ma place au soleil par ma seule volonté de vouloir réussir". L'ascenseur social était l'école et la ténacité dans l'étude. (Le temps m'a démontrée qu'il avait parfaitement raison).
Quels sont les faits ou les événements qui vous ont le plus marqué ? La grève générale, tout s'était arrêté comme par enchantement, effectivement le temps avait suspendu son vol, c'était magique! Le Lycée que nous avions occupé, la possibilité de fréquenter des camarades et les interminables discussions au bistrot du coin le mythique "Café de Paris" où évidemment nous changions le monde tous les jours, aussi en compagnie de certains de nos professeurs. Ce qui me surprenais tout de même c'est que j'étais la seule fille à faire partie de la compagnie (et digne d'être acceptée) par le clan des ces "Révolutionnaires". J'ai eu le privilège d'être de la délégation qui a été reçue par le Préfet, car nous avions également occupé l'Hôtel de Ville avec l'aide des ouvriers qui étant en grève. Ils étaient venus "spontanément à notre secours" en s'interposant entre les crs et nous, jeunes lycéens tout fiers de notre audace. Ce geste de solidarité de leur part, je ne l'ai jamais oublié. Ils criaient aux crs "Ne touchez pas aux gosses! ".
Aujourd'hui, quelle image gardez-vous de mai 68 ? Le vague à l'âme de ma belle jeunesse pleine d'illusions et d'ingénuité. Aussi le temps des premières amours qu'il était inconvenant de démontrer au grand jour, car nous n'étions pas là pour la bagatelle, mais bien pour faire "sérieusement la révolution" Non mais! On s'amusait et c'était la fête tous les jours, vue que la Province était plutôt morose et je m'y ennuyais ferme. Enfin la possibilité de fréquenter des garçons sans devoir succomber au rôle de soumission consentante qu'avaient alors les filles. Cela me choquait profondément de les voir si "accomodantes" aux menus plaisirs des garçons durant mes premières surprises parties, seulement l'après-midi, car je n'avais pas le droit de sortir le soir, d'ailleurs c'était impensable. Nous allions au cinéma que le dimanche après-midi, qu'entre amies. La seule transgression envers mes parents a été de fréquenter le ciné-club du soir, ensuite je rentrais bien sagement chez-moi, dans mon hlm. C'est pas un hasard si je devins féministe convaincue, de toutes les batailles pour les droits de la personne et l'égalité des chances.