Premier à atteindre les pôles, à gravir l'Everest ou à accéder à Lhassa, les explorateurs et aventuriers suscitent l'admiration par leurs exploits ou leurs engagements. Lequel vous paraît avoir eu la vie la plus extraordinaire ? Dossier Les grands aventuriers du XXe siècle Participez
The Great Richard Francis Burton
Dominique Olivier, Mandelieu
Quel explorateur ou aventurier a retenu votre attention ? Pourquoi ?
De tous les aventuriers du 19ème siècle, l'un des plus grands sinon le plus grand fut incontestablement l'immense (par la taille et le talent d'écrivain et surtout d'observateur avisé) Richard F. Burton qui écrit de nombreux ouvrages sur l'Afrique, l'Inde et l'Arabie (hélas très peu ont été traduits en français et ceux qui l'ont été ont été traduits en version abrégée). Cet homme au talent gigantesque (sans exagération gratuite) avait une plume parfois trempée dans le vitriol mais n'avait pas son pareil au cours de la deuxième moitié du 19 siècle en pleine période victorienne (donc ultra conservatrice) pour décrire les pays qu'il a visités et traversés, les coutumes des peuples qu'il a rencontrés et observés d'un oeil avisé et non colonialiste, des cultures qu'il a parfaitement décrite et même parfois appliquée à lui-même (ce qui l'a amené à pratiquer certaines "expériences" avec des partenaires que la morale de l'époque condamnait sévèremment).
Son ouvrage le plus connu est son célèbre pèlerinage à la Mecque et à Médine (il fut un des premiers européens à y pénétrer et à en revenir "intact"... Mais ce diable d'homme parlait l'arabe ainsi que quantités d'autres langues plus ou moins rares).
Il a aussi écrit un livre sur sa recherche des Sources du Nil (qui en réalité ont été "découvertes" par son compagnon de voyage Speke alors que Burton était alité dans un village non loin du lac Victoria... Ce qui n'a pas manqué de déclencher une polémique en Angleterre au cours de laquelle Burton n'en est pas ressorti grandi. Tous ces livres sont indispensables dans une bonne bibliothèque de voyage et en plus... Cerise sur le gâteau, il fut le premier traducteur des Mille et une Nuits (Arabian Nights en anglais) en version complète non censurée (alors que les versions de Galland et de Mardrus sont expurgées des passages les plus scabreux alors que Burton - qui adorait choquer les lecteurs et la morale victorienne de son époque -n'a pas hésité à traduire intégralement tous les passages censurés en France), ce qui l'a d'ailleurs obligé à éditer l'ouvrage en 14 volumes sous le nom d'un éditeur bidon à Bénarés (on appelle la première édition l'édition de Bénarés). Cet ouvrage a ensuite été réédité quantités de fois y compris par des clubs de bibliophiles célèbres aux USA ou la morale ne posait aucun problème à la même époque.
La vie de cet homme est un véritable voyage dans le temps et dans l'Orient (concept inventé par les Occidentaux d'ailleurs).
Quelle fut, selon vous, sa plus grande découverte ou son aventure la plus périlleuse ?
Incontestablement son voyage en Arabie à la Mecque et à Médine, lieux interdits aux pélerins non musulmans où l'on risquait la mort à tout moment.
Connaissez vous une anecdote à son propos, une expérience déroutante ?
Il existe sur Burton quantités d'anecdotes car sa vie entière est faite d'anecdotes. Il faut absolument lire la biographie de Fawn Brodie intitulée "Un Diable d'homme". On la trouve chez Amazon, à la fnac, chez Chapitre. Com, etc...
Vous a-t-il transmis son goût de l'aventure ou certaines de ses valeurs ?
Oui très certainement comme d'autres grands explorateurs ou voyageurs comme Charles Doughty (Arabia Deserta, le plus beau livre écrit sur le désert et le Hadj à la Mecque, traduit en français chez Payot), le troublant Thomas Edward Lawrence (alias Lawrence d'Arabie qui se faisait appeler T. E. Shaw à l'époque en hommage entre autres à Bernard Shaw dont il était un grand ami de sa femme) et puis plus près de nous Monod, Michel Vieuchange et son émouvant et magnifique Voyage à Smara (au Maroc) dont il faut lire le livre absolument, Nicolas Bouvier dont on connait les écrits du Japon ou le fameux Poisson-Scorpion, Ella Maillart et ses Oasis Interdites en compagnie de Peter Fleming (qui écrivit sa propre relation du même voyage sous le nom de Courrier de Tartarie et qui était le frère de Ian Fleming, le père de 007 alias James Bond) et surtout, surtout deux auteurs anglais à ne manquer sous aucun prétexte, Bruce Chatwin et son magnifique et érudit Patagonia et le mentor de Chatwin, Robert Byron et son "Roads to Oxiana" traduit en français chez Payot. Byron (à ne pas confondre avec le poëte anglais Byron du 19ème siècle) partit en Perse et Afghanistan dans les années 20 et sa relation est une pure merveille qui vous donnera envie de partir aussi sur les chemins de la Silk Road. Byron hélas disparut en mer au début de la seconde guerre mondiale au large de l'Ecosse, son bateau ayant été coulé par une torpille provenant d'un sous marin allemand. Quelle perte pour la littérature de voyage tout comme celle de Chatwin qui vivait à Cannes et est décédé à Nice des suites du sida.
Tous les deux étaient de grands voyageurs reporters d'une immense érudition, tant du point de vue historique ou géographique qu'archéologique ce qui rend leurs témoignagnes encore plus poignants et intéressants... Donc à lire impérativement et immédiatement pour tous ceux qui veulent s'enrichir d'aventures et d'anecdotes incroyables parfois. J'ai omis volontairement de cette (toute) petite liste deux géants (et le mot est trop faible): Marc Aurel Stein et Sven Hedin ainsi que Dutreuil de Rhins qui ont surtout été des explorateurs-archéologues mais dont les relations publiées sont de véritables trésors réservés à quelques initiés chanceux (et aussi hélas fortunés! ).