Cette année sont commémorés les 40 ans de la révolte de mai 68. Vous avez été témoin ou participant des événements ? Partagez vos souvenirs sur L'Internaute.
Quel âge aviez-vous en mai 68 ? Quelle était votre situation et où habitiez-vous ?
J'avais 33 ans notre fille, que nous avions adoptée à l'âge de 5 mois, venait tout juste d'avoir 2 ans en ce mois de Mai. J'avais laissé mon travail justement pour l'élever. Nous habitions dans le département de l'Aude, ou nous résidons encore maintenant.
Comment avez-vous vécu les événements ?
J'ai vécu ces évènements très mal. Mon mari Gardien de la Paix s'est retrouvé à Paris, sans un vêtement pour se changer tellement le départ a été subit. Pendant plusieurs jours sans nouvelles avec devant les yeux sur l'écran de télévision, les flammes énormes de tout ce qui pouvait se brûler et que les photographes montraient sous le jour le plus spectaculaire. Pour moi qui était loin de Paris c'était effrayant. Plus de nouvelles, plus de téléphone presque plus d'essence puisque avec les grèves tout était paralysé. La Direction de mon mari ne nous donnait rien comme information. Alors au grand dam de mes parents et de tous mes amis, j'ai décidé de voir ce qui se passait là-bas ! J'ai pu me procurer des bidons d'essence, car je n'étais pas certaine de pouvoir m'en procurer pendant le voyage, j'ai préparé sur les sièges arrières de ma Dauphine, un lit bien douillet pour ma fille, des biberons ainsi des provisions et nous sommes parties sans écouter les conseils de qui que ce soit. Nous sommes finalement après bien des arrêts pour se reposer, arrivées à Versailles chez une amie. Là sur place j'ai pu suivre de plus prêt les évènements. Avec le recul, je ne regrette pas d'avoir agit comme cela, car malgré le peu d'instants passés avec mon mari, j'ai vu, de mes yeux vu, que dans la journée il ne se passait rien de terrible. C'était surtout le soir et la nuit. D'ailleurs avec mon amie nous avons pu circuler en voiture dans Paris et elle m'a fait visiter pas mal d'endroits intéressants. Pour une provinciale, malgré le souci de tout ce qui se passait, ce n'était pas mal. On dira ce que l'on voudra, mais avec toutes ces manifestations et ces grèves, si les C.R.S. avaient été si terribles comme on les présente maintenant, cela aurait fini en bain de sang et en révolution !
Quels sont les faits ou les événements qui vous ont le plus marqué ?
A mon sens c'est l'amélioration de la vie, considérable, car à partir de ce moment là, nous avons eu les salaires qui ont augmenté de façon significative, les crédits que les banques ont permis l'accès à tous ceux qui travaillaient ont facilité l'achat par exemple de machine à laver, de frigos et toute sortes de choses dont on bénéficie actuellement et que l'on trouve tout naturel d'avoir. Nous n'avons en rien régressé maintenant, car s'il fallait laver le linge à la main comme autrefois, ou acheter juste ce qu'il faut pour préparer le repas, parce que les aliments ne se conservaient pas sans le réfrigérateur, là on se rendrait compte du bien être que Mai 68 nous a apporté. En revanche le laissez aller qui est dans l'air du temps est une conséquence à mon avis de l'éducation parentale ou scolaire qui est désolante.
Aujourd'hui, quelle image gardez-vous de mai 68 ?
Une image de changement de vie sociale, de vie de liberté, car jusqu'en 68 les meurs étaient rigides, les parents trop sévères. Les jeunes ne pouvaient pas trop s'éloigner de leur milieu car pas de moyens de locomotions, à part le bus ou la bicyclette.