Faut-il continuer d'acheter Lui (après le premier numéro) ?

Il fallait sauver l'hétérosexualité, et donc acheter le premier numéro de Lui. La question est : faut-il continuer d'acheter les suivants ?

Le problème avec F.Beigbeder, c'est qu'il écrit bien et que cela empêche de penser de lui tout le mal qu'on aimerait. Et si cela restait à démontrer, l'édito du premier Lui nouvelle génération vient le rappeler : limpide et truculent, un édito vintage pour un magazine qui se veut le renouveau, il fallait oser.  


Alors justement, que contient-il ce Lui néo-rétro ?
  • Un édito brillant. C'est toujours ça de pris.
  • De la publicité (beaucoup). Mais le problème ne réside pas dans la quantité : à défaut d'y avoir pris goût, on y est habitué. Le problème, ce sont les similitudes avec GQ. La fonction copier-coller est venue à bout de la créativité.
  • Des interviews GQ avec entractes culinaires (comme GQ) et clins d’œil appuyés à la crise (tiens la crise, prends mon foie gras dans les dents). On connaît déjà.
  • La naissance de la toison pubienne, domestiquée à la règle comme les jardins du château de Versailles, de Léa Seydoux, dont la présence cinématographique et médiatique n'est bien sûr due qu'à son seul et unique talent, sans lien aucun avec son arbre généalogique dont les racines ont un pied dans la famille Pathé et l'autre dans la famille Gaumont.
  • Un bouquet de photos de nus / demi-nus dans des positions diverses, mais qui présentent toutes le point commun d'une retouche numérique parfaitement démesurée, qui leur retire tout intérêt et toute efficacité. A laisser libre champ à la palette graphique pour lisser les boutons, étirer les jambes et raffermir la cuisse, on termine avec des silhouettes abstraites et des grains de peau totalement inexistantes.
  • Un billet mondain fatiguant car le reste l'est déjà assez comme ça.
  • Une poignée d'articles pas dénués d'intérêt qui surnagent.
Mais le vrai problème de Lui ne réside pas là 

Le vrai problème avec cette nouvelle version de Lui, c'est l'absence de toute sensation de gêne accompagnant la lecture. Même grand ouvert dans le métro, en grand écart pagial, on vous ignore avec l'aplomb habituel propre à la solitude peuplée des villes.

Je l'ai posé sur ma table au restaurant. Je l'ai tenu en main dans paris pendant la moitié de la journée. Pas un regard désapprobateur, pas une seule sentence de jugement, pas l'ombre d'une gêne, rien de plus qu'une revue d'informatique, de mode ou de home-cinema.
Je n'ai pas personnellement connu la génération de son ancêtre, mais j'imagine avec un certain délice l'excitation sulfureuse que mon père et mes oncles devaient ressentir à réclamer le "vrai" Lui au marchand de journaux, entre une maman et son Femme Actuelle, et une ado et ses cigarettes.

S'il te plaît, Frédéric, dessine-moi une revue sulfureuse, et pour cela :

  • moins de concept et plus d'anecdotes personnelles de la part des journalistes : on n'est pas à Arrêt sur Images
  • moins de news, mais des nouvelles
  • moins de retouche numérique plus d'inspiration dans la photo (à la tumblr)
  • moins de sociologie de la drogue dans les milieux aisés de la banque et de l'Ouest parisien, on commence à le savoir et la théorie du nez poudré en haut lieu n'est guère plus décapante pour personne 
Si vous le croisez, dites-Lui de ma part.

Stéphane.

Stéphane est sociologue, auteur et conférencier, et ex grand lecteur de revues à fort niveau de bonheur et d'objets design. Il a d'ailleurs récemment résilié son abonnement à IDEAT pour overdose de photos de familles montrant des gens immensément beaux, heureux et riches. Retrouvez-le sur son site : www.spikeseduction.com et, si vous aimez les @ et les #, sur twitter : https://twitter.com/SpikeSed

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