Pouvez-vous présenter l'équipe du Bondy blog ?
Bondy blog
De gauche à droite, il y a Mohamed Hamidi et Samy Khaldi de l'équipe
d'encadrement du blog et Idir Hocini, bloggueur. Mais l'équipe est plus large
: nous sommes en tout une dizaine à travailler sur le Bondy blog. Les bloggeurs
ont entre 19 et 26 ans. L'équipe d'encadrement est un peu plus âgée.
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| "L'idée est de donner la parole à des jeunes des Bondy" |
Quel est l'objectif de ce blog ?
L'idée
est de donner la parole à des jeunes de Bondy, afin qu'ils puissent participer
au débat public. Et qu'à partir de leur vécu en banlieue, on puisse ouvrir des
débats sur l'ensemble des questions posées à la société française.
Comment
avez-vous été choisis ?
Au départ, le blog a été ouvert par des journalistes
suisses du magazine "L'Hebdo", qui sont venus à la suite des "émeutes"
s'installer dans un quartier de Bondy, pour essayer de comprendre ce qui s'y passait.
Après trois mois de travail, ils ont décidé de laisser les clefs du blog à une
équipe d'habitants de Bondy. Nous avons lancé un appel à tous les bloggeurs
de bonne volonté. Les bloggeurs sélectionnés ont passé une
semaine au sein de la rédaction de "L'Hebdo" pour suivre une
petite formation. Et depuis, l'équipe s'étoffe petit à petit.
Qui
choisit les sujets que vous traitez ? Refusez-vous de parler de certains thèmes
?
Ce sont les bloggeurs qui viennent avec leurs projets d'articles. Nous
faisons une réunion hebdomadaire pour en parler. Il nous arrive rarement de refuser
des sujets. Mais, nous évitons les articles qui n'apportent rien au débat
que l'on voudrait susciter. Par contre, nous demandons souvent aux bloggeurs de
retravailler leurs articles. C'est une démarche de formation permanente.
N'est-ce
pas difficile d'écrire objectivement sur votre ville, en côtoyant tous les jours
ses habitants ?
Au début, nous nous sommes même posé la question de l'anonymat.
Mais finalement, nous avons choisi de prendre le risque de la subjectivité, sachant
que les commentaires sont là pour nous rappeler à l'ordre quand on a été
trop simplistes ou manichéens.
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| "[Le blog a] 2 000 visiteurs par jour" |
Certains internautes sont très critiques sur les articles
du blog. Comment gérez-vous ces commentaires ?
La critique est
nécessaire, elle est même souvent constructive. Mais, la critique est parfois
excessive, surtout pour des jeunes en formation. C'est le jeu de l'interactivité,
et nous acceptons la liberté de nos commentateurs comme eux acceptent notre liberté
d'expression. Sur près de 2 000 visiteurs par jour, nous savons que ce sont
les gens qui réagissent le plus qui se plaignent le plus.
Quel est le contrôle de "L'Hebdo", le magazine suisse qui l'a créé,
sur vos articles ?
Serge Michel, l'initiateur suisse du Bondy blog et
ancien directeur du service International du journal, a quitté "L'Hebdo".
Il fait partie aujourd'hui de l'équipe d'encadrement du Bondy blog à titre personnel.
Mais, "L'Hebdo" reste notre parrain privilégié. Nous sommes toujours
en contact amical avec certains journalistes du magazine. Donc 'l'Hebdo"
n'intervient plus du tout sur le contenu éditorial. Par contre, certains de nos
articles sont publiés dans ses colonnes.
Comment
les journalistes ont-ils été accueillis quand ils sont arrivés à Bondy ?
Au
départ, il y avait une certaine suspicion, et il a fallu des médiateurs pour expliquer
aux jeunes du quartier Blanqui, où ils se sont installés, quelle était leur démarche.
Les journalistes ont su progressivement gagner leur confiance.
Les
journalistes avaient un regard un peu naïf au début. Pensez-vous que
leur regard ait évolué ?
Ils ont joué de ce regard naïf pour poser des
questions originales et pour délier les langues. Ce sont des journalistes qui
connaissent bien la situation en France. Et ils voulaient à tout prix éviter de
répercuter les clichés qui circulaient sur les banlieues.
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| "[A Bondy], matériellement rien n'a changé" |
Si vous étiez élus municipaux, quelles seraient vos propositions
?
Retirer le parcmètre devant chez moi (rires) ! Plus sérieusement,
la première mesure serait de casser la ghettoïsation de Bondy Nord, qui est la
partie constituée de grands ensembles délaissés. Favoriser au maximum la mixité
sociale en rendant attractive la ville aux classes moyennes et supérieures. Il
faudrait qu'on ne soit pas obligé d'aller à Paris pour écouter un bon concert,
voir un bon film, et manger autre chose qu'un grec-frites le soir.
Quel
regard avez-vous aujourd'hui sur les événements des banlieues de novembre 2005
?
Ces événements ont marqué la société française pour le meilleur
et pour le pire. C'est un épisode qui a contribué à stigmatiser un peu plus les
jeunes des quartiers. On n'est pas à l'abri d'une récidive, dans la mesure où
les causes profondes ne sont pas traitées (discrimination, ghettoïsation, chômage
deux fois supérieur à la moyenne nationale, faible présence des services publics...).
Par contre, ces événements ont permis une prise de conscience sur l'existence
de graves problèmes dans certains quartiers. On attend que les discours se traduisent
par des actes.
La situation à Bondy a-t-elle changé depuis les
émeutes ?
Oui. Le Bondy blog, par exemple, est une voix qui permet aux
jeunes de s'exprimer, de raconter leur quotidien. Ce qui n'aurait peut-être pas
été possible sans ces événements. Par contre, matériellement, rien n'a
changé.
Pensez-vous que l'audience du Bondy blog vous donne de
l'influence au niveau local ? Vos propositions pourraient-elles être reprises
par d'autres (comme le maire) ?
Pas forcément. Notre ambition est plus
globale : partir de l'observation locale pour ouvrir des débats à portée plus
générale.
Y a-t-il un homme politique que vous soutiendriez davantage
que les autres ?
Non pas spécialement. Vous savez, nous ne constituons
pas un bloc monolithique. A l'image des banlieues et même de la France. Bien sûr,
tous les politiques qui défendront la diversité et la mixité et qui le prouveront,
en présentant des candidats issus de l'immigration par exemple, seront bien reçus
dans les quartiers. Ce qui nous importe aujourd'hui, ce sont les actes. On a déjà
perdu trop de temps avec le "bla-bla". Mais le Bondy blog compte participer
activement, dès septembre, au débat présidentiel.
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| "Le Bondy blog compte participer activement au débat présidentiel" |
Que pensez-vous des reportages
qui sont faits sur les banlieues par les médias traditionnels ?
Souvent
décevants, peu représentatifs de la réalité et de la diversité. Pour avoir une
image juste de la banlieue, il faut prendre le temps de la connaître. Ce n'est
pas en venant tourner deux heures en milieu de journée qu'on peut rencontrer les
gens qui sont les plus représentatifs de la banlieue. Il faut venir dormir et
se réveiller en banlieue. Quand on marche vers la gare de Bondy à 8 heures
du matin, on voit la banlieue qui travaille, qui étudie...
Qu'avez-vous
pensé de l'affaire Zidane ?
Jacques Chirac a dit : "Moi aussi ça m'arrive
d'y penser mais j'essaie de me retenir". Bouteflika a dit : "J'ai vu dans
son geste celui d'un homme d'honneur". Nous nous situons entre les deux !
Comment
faire pour participer au Bondy blog ?
On reçoit des contributions que
nous publions parfois. Nous avons aussi intégré dans l'équipe des commentateurs
qui avaient régulièrement déposé des messages sur
le site. Toutes les bonnes volontés qui se reconnaissent dans la démarche sont
les bienvenues !
Merci à vous, et à bientôt sur notre blog. N'hésitez pas à poster vos commentaires.
En savoir plus http://www.hebdo.ch/bondyblog.cfm
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