http://www.linternaute.com/actualite/monde/pays/cuba/fidel-castro-depart.shtml
Mes
chers compatriotes,
Je vous avais promis, vendredi 15 février, que lors de ma prochaine
intervention j'aborderais un sujet au cœur des préoccupations de la plupart
d'entre vous. Je vous adresse aujourd'hui ce message.
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Le leader de la révolution cubaine était
au pouvoir depuis 1959. Son
parcours en images © Roger Viollet
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Le moment est venu de me porter candidat et d'élire le Conseil d'Etat,
son président, ses vice-présidents et son secrétaire.
J'ai eu l'honneur d'être président durant de nombreuses années.
Le 15 février 1976, la Constitution socialiste a été
adoptée lors d'un scrutin libre, direct et secret, par plus de 95 %
des citoyens en droit de voter. La première Assemblée nationale
a été constituée et a élu le Conseil d'Etat et
sa présidence le 2 décembre de la même année. Avant,
j'avais assumé la tâche de Premier ministre pendant presque 18 ans.
J'ai toujours disposé des prérogatives nécessaires pour
mener à bien ma mission révolutionnaire avec le soutien de la
grande majorité de la population.
Ayant connaissance de mon état de santé critique, beaucoup,
à l'étranger, pensaient que mon retrait provisoire de la présidence
du Conseil d'Etat, le 31 juillet 2006, au profit du Premier vice-président
Raul Castro Ruz, serait définitif. Raul, qui occupait en plus le poste
de ministre des Forces armées révolutionnaires pour ses mérites,
ainsi que les autres camarades de la direction du parti et de l'Etat, étaient
réticents à me voir m'éloigner des affaires, et ce, malgré
mon mauvais état de santé.
J'étais donc dans une situation inconfortable, face à un adversaire
qui a fait tout ce qui était imaginable pour se débarasser de
moi, et je n'avais aucune envie de lui faire ce plaisir.
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Et aussi |
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Par la suite, j'ai retrouvé la maîtrise totale de mon esprit,
la possibilité de lire et de méditer lors de mon repos forcé.
J'avais encore la force physique suffisante pour écrire durant de longues
heures, et je partageais mon temps entre l'écriture et les programmes
de rééducation. Le simple bon sens me disait encore que cette
activité était à ma portée. Mais d'un autre côté,
j'ai toujours pour préoccupation, quand je parle de ma santé,
d'éviter les illusions qui, si le dénouement s'avère
négatif, pourraient traumatiser notre pays au beau milieu du combat.
Préparer le peuple à mon absence, psychologiquement et politiquement,
a été ma première obligation pendant toutes ces années
de lutte. J'ai toujours pris garde de rappeler que ma rémission n'était
pas "exempte de risques".
Mon souhait a toujour sété de remplir mon devoir jusqu'à
mon dernier souffle. Voilà ce que j'ai à vous offrir.
A mes chers compatriotes, qui m'ont fait l'immense honneur de m'élire
récemment membre du Parlement, au sein duquel se prennent les grandes
décisions pour le destin de notre Révolution, je dis que je
ne briguerai ni n'accepterai - je le répète, je ne briguerai
ni n'accepterai - les postes de Président du Conseil d'Etat et Commandant
en chef.
Dans les lettres adressées à Randy Alonso, directeur du programme
Table ronde de la Télévision nationale, qui ont été
rendues publiques à ma demande, figuraient certains passages du message
que j'écris aujourd'hui, alors que le destinataire de ces lettres l'ignorait.
L'ayant connu alors qu'il n'était qu'étudiant en journalisme,
je lui faisais confiance. A l'époque, je le rencontrais presque chaque
semaine avec les principaux représentants des étudiants venant
de tout le pays. C'était dans la bibliothèque de la Casa Kholy,
où ils logeaient tous. Aujourd'hui, c'est tout le pays qui est une
immense Université.
Voici quelques extraits de la lettre envoyée à Randy le 17 décembre 2007 :
"Ma profonde conviction est que les réponses aux problèmes
actuels de la société cubaine, qui possède un bon niveau
d'éducation, presque un million de diplômés universitaires
et la possibilité réelle de poursuivre des études pour
tous les citoyens, sans aucune discrimination -, ces réponses requièrent
davantage de réponses pour chaque problème concret que celles
contenues dans un échiquier. Aucun détail ne peut être
ignoré. Ce n'est pas un chemin facile, si l'on souhaite que l'intelligence
de l'être humain dans une société révolutionnaire
prévale sur ses instincts."
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Fidel Castro était officiellement président
du Conseil d'Etat et Commandant en chef. Son
parcours en images © Roger Viollet
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"Mon devoir élémentaire n'est pas de m'accrocher à mes postes, et moins encore d'obstruer l'accès au pouvoir desjeunes, mais je dois leur apporter mon expérience et mes idées, dont la modeste valeur vient de l'époque exceptionnelle qu'il m'a été donné de vivre.
Je pense, comme Niemeyer, qu'il faut être cohérent jusqu'au
bout."
Lettre du 8 janvier 2008 :
"...Je suis un ferme partisan du vote uni (un principe qui reconnaît le mérite de chacun). C'est ce qui nous a permis d'éviter la tentation de copier ce qui venait des pays de l'ancien camp socialiste, comme le candidat unique, toujours tellement seul et solidaire de Cuba à la fois. Je respecte beaucoup cettre première tentative de construire le socialisme, grâce à laquelle nous avons pu continuer sur la voie choisie."
"J'avais conscience que toute la gloire du monde tient dans un grain de mais", disai-je encore dans cette lettre.
Ce serait donc une trahison de ma conscience d'assumer une responsabilité qui requiert un mobilité et un don total que je ne suis plus en condition physique d'offrir. Je vous le dis sans drame.
Heureusement, nous pouvons toujours compter sur des cadres de la vieille
garde, ceux qui étaient très jeunes quand a commencé
la première étape de la Révolution. Certains, alors presque
des enfants, ont rejoint les combattants dans les montagnes, et, plus tard,
grâce à leur héroïsme et à leurs missions
internationales, ont fait la gloire du pays. Ils ont aujourd'hui l'autorité
et l'expérience pour me remplacer. Nous pouvons également compter
sur la génération intermédiaire, qui a appris à
nos côtés l'art complexe, presque impossible, d'organiser et
de diriger une révolution.
Le chemin sera toujours difficile, et demandera l'effort intelligent de
tous. Je me méfie des voies apparemment faciles de l'apologétique,
ou de l'autoflagellation au contraire. Etre toujours prêt à la
pire des options. Etre aussi prudent dans le succès que ferme dans
l'adversité est un principe qui ne peut pas s'oublier. L'adversaire
à abattre es extrêmement fort, mais nous l'avons maintenu à
distance pendant un demi-siècle.
Je ne prends pas congé de vous. Je souhaite seulement combattre comme un soldat d'idées. Je continuerai à écrire sous le titre de "Réflexions du camarade Fidel". Ce sera une arme en plus dans l'arsenal avec lequel nous pourrons compter. Peut-être que ma voix sera entendue. Je serai prudent.
Merci,
Fidel Castro
18 février 2008
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