Janvier 2006
Situé à 42 km de Yogyakarta sur l'île de Java en Indonésie,
Borobudur est le plus grand monument bouddhiste au monde.
Il étend sur une surface de 2 500 m² des
murs ornées de bas-reliefs et des balustrades bordées
de 72 stupas ajourés, qui abritent autant de statues
du Bouddha. Construit sur trois niveaux, le monument s'appuie
sur une base pyramidale, comprenant cinq terrasses carrées
concentriques, qui est surmontée de trois plates-formes circulaires,
elles-mêmes couronnées d'un stupa monumental.
Un monument
sauvé du temps
Fondée entre les VIIIème et IXème siècles par des rois hindouistes
de la dynastie des Shailendra, Borobudur fut occupé jusqu'au
XIIème siècle seulement. A l'époque où le Bouddhisme connu
une certaine décadence, il fut abandonné et laissé
aux prises de la végétation et des lianes. Sous une espèce
de colline sans forme, son existence était toutefois connue
des habitants de Java, lorsqu'un Anglais, Sir
Stamford Raffles, le découvrit en 1815. Ce ne sera qu'à
la fin du XIXème siècle que les premières restaurations furent
entreprises par les hollandais. Effrité, rongé
par la lèpre et menacé de ruine, le monument bénéficia
d'une véritable opération de sauvetage par l'Unesco
en 1948. Elle fut suivie par une seconde restauration de 1971
à 1984, dont le résultat est encore appréciable aujourd'hui.
Indicible
merveille
Le nom mélodieux de "Borobudur", que l'on peut traduire par
"Colline du monastère", est en fait une simplification du
nom original : "Bhumisan Barabadura". Traduit strictement
en français, cela signifie, "l'Ineffable Montagne des Vertus
Accumulées". L'édifice forme une montagne, dont la
crête, selon la pensée bouddhiste, est l'endroit où le contact
avec la vérité divine peut être fait. Après avoir parcouru
les terrasses inférieures ornées de bas-reliefs, en marchant
autour de chacune des huit terrasses concentriques, le sage,
ou du moins celui qui aspire à la sagesse, accède au
stupa central, symbole de l'Absolu. Stupa est un terme sanscrit
et désigne un monument religieux en forme de dôme.
Il est construit pour abriter une relique bouddhiste. La multitude
de pagodes, de niches que l'on trouve à la base contraste
avec l'unicité du stupa des hauteurs. Borobudur est
le trajet qui va du multiple à l'un.
Les trois
mondes bouddhistes
Selon
la cosmogonie du bouddhisme mahayaniste, le monde est une
sorte d'immense plateau flottant dans l'absolu, dans les espaces
sidéraux et cosmiques. Ce dernier est organisé selon un système
de cercles concentriques dont le centre est une montagne qui
est si haute, si belle, si pure qu'elle est au-delà de la
perception de l'humain. Les textes bouddhiques appellent cette
montagne le Mont Meru. Ce mont domine les trois mondes fondamentaux
qui sont le monde de l'esprit, le monde de la matière et le
monde du liquide, c'est-à-dire le monde des passions. Ces
trois éléments convergent vers l'unité de l'indicible, la
totale transparence.
En simplifiant, le premier monde, symbolisé par la
base du monument, comprend toute chose vécue : les besoins,
les pulsions, les amours et les haines. On pouvait trouver
sur les murs de ce cercle inférieur des représentations
de guerres ou des scènes érotiques, dont très peu ont
résisté au temps.
Au-dessus se trouve le cercle de l'enseignement. Le pèlerin
peut accéder à la connaissance par l'apprentissage
de la vie du Bouddha et celles des Bouddha antérieurs. Celle
racontée à Borobudur est une des plus complète qui soit, comprenant
les trois premières naissances du Bouddha : sa naissance physique
à Kapilavastu, celle à la Lumière à Bodgaya et au Verbe à
Sarnath.
Dans
le troisième cercle, que l'on peut appeler la sphère de la
révélation, le corps n'est plus nécessaire : tout n'est plus
qu'esprit. La pureté architecturale de la zone témoigne de
l'apaisement du monde de l'esprit. Il n'y a plus besoin de
bas-reliefs car il n'y a plus besoin de manifestation. Cette
suppression soudaine de l'image accentue l'impression de pureté,
de simplicité originelle. Tout l'espace tend vers ce
dernier cercle, vers le stupa absolu, le grand stupa central.
Les historiens d'art et des religions cherchent à
savoir si ce dernier a toujours été vide, ce
qui semble désormais probable. Le message apparaît
significatif : le stupa central ne contient pas de statue
du Bouddha parce qu'on est au-delà même de l'apparence, dans
l'esprit pur. Le stupa central serait en quelque sorte l'absolu
symbole sans aucune référence à quelque forme que ce soit.
La notion de "Purinirvana" rapporte le moment où
le Bouddha renonce à la vie terrestre et où son âme, disent
les textes, s'épand en millions d'âmes à travers l'univers.
L'image du stupa central au-dessus d'une sorte de pluie de
stupas évoque le Bouddha diffusant la grandeur de son
message jusqu'au plan le plus terrestre et le plus bas. Le
Borobudur arrive ainsi à concretiser une des pensées
les plus abstraites du bouddhisme, et faire ressentir 1 200
ans plus tard le chemin de pensée du bouddhisme dans
la serenité d'un lieu et de sa nature environnante.
Elodie Rothan, L'Internaute Janvier 2006
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