Mars 2006
Quand vous réalisez une compilation, quel est votre but premier ? Faire découvrir des morceaux peu connus ? Réunir des chansons qui à première vue n'ont rien en commun ?
D.Romano et L.Balandras : Oui, nous avons envie de faire découvrir des titres peu connus. Par contre, ils ont un rapport les uns avec les autres. Sur "Alma de America" par exemple, le fil conducteur est la musique latino américaine et ce qu'elle a inspiré aux grands interprètes à travers le monde.
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"Nous nous sommes rencontrés grâce à Goran Bregovic"
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Comment vous êtes-vous rencontrés?
Daniela travaillait comme productrice chez Ciby 2000. Laurent travaillait chez Universal Publishing. Nous nous sommes rencontrés grâce à Goran Bregovic qui a signé la musique du film "Underground" sur lequel travaillait Daniela. Goran était en édition chez Universal. Nous nous sommes donc rencontrés dans les locaux d'Universal, chez le directeur artistique de Goran Bregovic, il y a quelques années. Notre première collaboration sur un projet était la compilation "Café de Flore".
Comment choisissez-vous les titres qui figurent sur vos compils ?
D'abord nos goûts personnels. Ensuite, le côté ludique d'aller chercher des "perles rares", c'est à dire des versions surprenantes et moins connues. Enfin, le plaisir de faire partager des titres parfois archi connus que l'on redécouvre avec ces interprétations étonnantes. Par exemple, "Brazil" dans la version de Rosemary Clooney (oui, oui, c'est bien la tantine de George Clooney !) et Bing Crosby ou la version de "C'est si bon", que beaucoup de gens connaissent par Yves Montand, chantée dans "Café de Flore volume 2" par Ann Margret.
Bravo pour votre compilation, j'ai découvert que ce n'était pas le groupe Sergent Garcia qui avait composé la chanson "El Manicero" aussi connue sous le nom de "The peanut vendor" ?
Merci El Gringo. Et oui, ce n'est pas Sergent Garcia. L'idée de cette compilation est justement non seulement de faire découvrir des nouveaux titres, mais aussi de revisiter le patrimoine et de raconter, par le biais du livret, les histoires des chansons, qu'il s'agisse des compositeurs, chanteurs ou auteurs. En rédigeant ces livrets, il nous arrive également d'apprendre certaines anecdotes sur des chansons et de découvrir qu'elles ne viennent pas forcément de là où l'on croyait, ni de l'époque qu'on imaginait. Par exemple, les chansons des années 30 et 40 de Carmen Miranda sont encore des tubes aujourd'hui tels "Tico tico" ou "Mama eu quero".
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"Nous avons songé à réunir nos deux passions : la musique latine et les comédies musicales Hollywoodiennes"
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Pourquoi les musiques de l'Amérique Latine ? Est-ce à la mode ?
Tout d'abord, Daniela est née en Argentine, donc pour ce qui est de la mode, elle est née avec. Ensuite, l'idée de "Alma de America" est née d'une soirée un peu arrosée en compagnie de l'équipe du film de Thierry Klifa "Une vie à t'attendre". Nous nous sommes mis à danser au bar du Lutétia sur des chansons de Carmen Miranda. L'alcool aidant, nous avons décidé de prolonger le délire sur disque, sans penser alors le publier. Après quelques soirées à danser entre nous dans les bureaux d'Universal, nous avons songé à réunir nos deux passions : la musique latine et les comédies musicales Hollywoodiennes. Cela a donné "Alma de America" ! Comme quoi, l'alcool...
Que pensez-vous de "Canta", le nouvel album de reprises de chansons latines d'Agnès Jaoui ?
Pour tout te dire, nous ne l'avons pas encore écouté. Et toi, qu'en penses-tu?
En quoi consistent les soirées Alma Fever que vous organisez?
C'est très simple : on s'amuse, on danse, on rit, on habille le public de boas et de paillettes, on lance des confettis et on écoute le meilleur de nos compilations. C'est très très bien alors n'hésite pas à venir avec tes amis.
Etes-vous musiciens ?
Non. Ceci dit, nous avons un duo vocal qui cartonne mais hélas, il n'y a pas le son aujourd'hui. On fait "Grease" en version portugaise, et ça a vraiment son charme!
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"Nous travaillons actuellement sur trois long-métrages"
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Daniela, comment vous y êtes vous prise pour passer des études de cinéma à une carrière dans la musique ?
J'ai fait la FEMIS (ancien IDHEC), section production. Ensuite, j'ai travaillé dans la production cinéma pendant douze ans. J'ai eu l'occasion de travailler sur des bandes originales de film ("Underground - Goran Bregovic; "La fille de l'air" - Gabriel Yared...).
Ces B.O. m'ont donné envie de me diriger vers ce qu'on appelle "le son à l'image". J'ai donc enchaîné avec la structure "La bande son" (Groupe Canal+), spécialisée dans les bandes originales de film.
En quoi consistait votre travail sur les bandes-son de film ?
Mon travail était différent sur chaque film. Cela pouvait aller du conseil (proposer un compositeur au réalisateur) jusqu'à la production exécutive de la musique elle-même, qui est à l'image et sur support CD.
Est-ce que vous en produisez toujours ?
Ce n'est pas arrivé dernièrement, mais nous avons développé une activité de "supervision musicale" pour le cinéma. Nous travaillons actuellement sur trois long-métrages et il n'est pas impossible que nous produisions prochainement quelques B.O.
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"Il nous faut quelques semaines pour faire une compilation qui nous plaise"
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En général, les artistes sont heureux de donner leur musique à un film ou une compilation ? Certains sont-ils réticents ?
La majorité des artistes vivants est très contente. Parfois, il arrive qu'il y ait des problèmes de droits ou de contrats. Le souci majeur, c'est souvent sur des artistes morts, américains, et gérés par des cabinets d'avocats qui se soucient de la musique comme de leur première chaussure ! (Oui, ça nous énerve un peu comme sujet).
Laurent, approchez-vous différemment le métier de réalisateur d'albums et d'éditeur de livres ?
Alors, oui, c'est très différent, heureusement. Il nous faut quelques semaines pour faire une compilation qui nous plaise. En revanche, un livre a besoin de plusieurs mois de travail et demande des investissements bien plus lourds. Mais c'est comme tout, plus c'est différent, meilleur c'est !
Comment choisissez-vous les chanteurs sur lesquels vous allez écrire ?
Ils sont déjà choisis depuis toujours. C'est ceux que j'écoute et connais par coeur.
"Les manuscrits" de Nougaro et Gainsbourg sont-ils une idée à vous ou une commande ? Pourquoi avoir réalisé ces ouvrages ? Pour Gainsbourg, est-ce vrai que ses textes ont été retrouvés longtemps après sa mort par sa fille Charlotte ?
Les éditions Textuel proposent une approche des chanteurs de la même façon qu'ils considèrent les écrivains. Ce sont les seuls à le faire. Ils se sont fait connaître en publiant "Les manuscrits d'Arthur Rimbaud". C'était une belle opportunité pour les ayant droit de Claude Nougaro et de Serge Gainsbourg que de voir les manuscrits de ces artistes publiés dans une belle édition, respectueuse du travail de l'artiste.
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"Quand tu as la chance de faire ce que tu aimes, ça se fait naturellement"
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Pourquoi Juliette et Zazie ont écrit chez Textuel d'après vous ?
Parce qu'elles m'aiment ! Je précise que c'est réciproque.
En quoi consistait votre travail de directeur artistique chez Universal ? Pourquoi vous être également lancé dans la publication d'ouvrages ?
Je m'occupais de jeunes artistes (Bertrand Belin, Olivia Ruiz, Weepers Circus...), d'autres plus confirmés. C'était un travail sur la création (nouvelles chansons, préparation d'un album ou d'un spectacle) ainsi que le travail du catalogue (idées de reprises, de compilations.. etc). C'est compliqué de définir ce travail en quelques mots mais c'était passionnant.
Comment concilier toutes ces activités diverses que vous avez chacun ?
On ne dort pas, on se drogue beaucoup, et on a des travaux chez nous en permanence... Bon, évidemment ce n'est pas vrai. Tu sais Pépée, quand tu as la chance de faire ce que tu aimes, ça se fait naturellement et tu ne te poses pas la question.
Considérez-vous l'élaboration de compilation comme une activité à part entière ou est-ce une activité qui vous permet de vous retrouver et de passer un bon moment ensemble ?
C'est un plaisir, mais c'est aussi bien sûr une activité professionnelle. Les maisons de disques sont pleines de gens dont le métier est de faire des compilations toute l'année. Bon, elles sont moins bien que les nôtres mais des fois, il y en a des pas mal.
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"La prochaine idée musicale va nous surprendre nous mêmes ! "
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Après ce projet latino, vers quels "sons" pensez-vous vous diriger ?
Déjà, nous n'avons pas du tout l'intention d'abandonner ce registre musical, cher Gros Lapin Rose (vraiment, on adore ton nom). Ensuite, nous allons là où nous portent nos envies, sans calcul. La prochaine idée musicale va nous surprendre nous mêmes!
Comment en êtes-vous arrivés à organiser les soirées Alma Fever ?
Toutes les personnes ayant écouté ces compilations "Alma de America" se mettent à danser sur les tables, où qu'ils se trouvent. Cela devenait dangereux. Il fallait nous organiser ! C'est ainsi que nous avons commencé à la "Favela Chic" à Paris puis au "Divan du monde". Mais il y a encore des gens qui continuent de danser sur les tables, malgré tout.
D.Romano et L.Balandras : On vous laisse, on va écouter de ce pas notre compilation, elle est trop bien ! Merci à toutes et à tous. A bientôt.
Camille Dubois, L'Internaute Mars 2006
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