Mai 2006
Comment avez-vous été amené à photographier les animaux du Salon International de l'Agriculture ?
Je voulais réaliser un sujet sur les races des animaux de la ferme. J'ai monté un studio, puis j'ai fait venir les animaux. J'ai alors pris conscience des paysans qui les accompagnaient, un peu par hasard. Le fait de mettre côte à côte la personne et l'animal donnait une dimension différente à la photographie, car le comportement de chacun était modifié : l'animal se tenait différemment, et la fierté de l'éleveur était vraiment perceptible. Cela m'a paru plus beau, plus percutant, de les photographier ensemble.
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"Les paysans sont fiers de présenter leurs animaux, d'informer le public."
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Ces photos ont été prises entre 1991 et 2006. Durant ces 15 années, votre perception des animaux et de leur condition a-t-elle était changée ?
Non. J'ai toujours pensé, et je le pense encore aujourd'hui, qu'on ne respecte pas l'animal que l'on mange. Je ne suis pas végétarien, mais je n'admets pas les conditions de vie et d'abattage des animaux de ferme. Je ne mange plus de foie gras, ni de veau. Le Salon de l'Agriculture donne selon moi une image différente du monde agricole. Les paysans sont fiers de présenter leurs animaux, d'informer le public. Nombreux sont ceux qui tuent leurs animaux eux-mêmes, sans avoir recours aux moyens déplorables que nous connaissons tous (transports, conditions d'abattage). Regardez les poulets, nourris aux antibiotiques et aux antidépresseurs. Comment peut-on à témoigner autant d'irrespect envers un animal ? Les conditions de traitement des animaux de ferme doivent être améliorées, devenir plus humaines. Aujourd'hui, cela peut-être possible avec ces nouvelles tendances, le commerce équitable, ou encore par la sublimation des animaux au moyen de la photographie, ce que je fais avec ce livre. "Bestiaux" veut transformer l'image de ces animaux, leur donner une autre utilité. J'aime beaucoup les chevaux de trait. Ils ne sont plus utilisés actuellement. Pourtant, ils ont leur place.
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"Bestiaux veut transformer l'image de ces animaux, leur donner une autre utilité. "
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Ces 15 ans de travail représentent un très grand nombre de clichés. Comment avez-vous choisi les photos de votre livre ?
Ce choix n'a pas été très difficile. Il y a toujours de photos meilleures que d'autres. J'ai beaucoup été aidé dans cette tâche par Françoise Jacquet, l'une de mes assistantes, vraie passionnée qui possède un œil très aiguisé. Alors cela n'a pas été un gros problème.
Ces photos vont-elles faire l'objet d'une exposition ?
Oui. Elle va être présentée à Cherbourg, puis les 250 photos vont être exposées dans toute la France.
Quels sont les nouveaux projets qui vous tiennent à cœur aujourd'hui ?
Je continue mon travail d’inventaire sur la Terre et une nouvelle version de 365 jours pour réfléchir à la terre et de notre agenda utile pour un développement durable paraîtront cet automne. Nous poursuivons aussi des travaux de longue haleine, comme 6 milliards d’autres, un projet pour lequel plusieurs équipes de réalisateurs s’entretiennent avec des gens du monde entier sur leurs espérances, leurs doutes, leur rapport à leur famille, à leurs voisins ou à la Terre. Comme l’ensemble de mon travail, il s’agit d’une série sous forme d’inventaire qui cherche à comprendre pourquoi nous n’arrivons pas à vivre ensemble alors qu’au fond nos préoccupations sont les mêmes. Je me lance aussi dans une toute nouvelle aventure : un projet d'émissions pour France 2 sur l'état du monde. L'équipe qui travaille, la société de production rassemble des personnes enthousiastes et honnêtes, avec un vrai souci de sensibiliser le grand public aux problèmes environnementaux. J'ai une grande confiance en ce projet. Enfin, nous avons inauguré une exposition en plein air, "Vivants", le 2 juin au bois de Boulogne, qui exprime notre appartenance à la nature, notre dépendance à elle, et la situation tragique à laquelle nous serons confrontés si nous n’agissons pas. Maintenant.
Voir le diaporama de "Vivants"
En savoir plus sur www.yannarthusbertrand.com
Aude Chardenon, L'Internaute Mai 2006
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