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"Dark city", la photographie aux frontières du cinéma

Julien Greffe nous expose la démarche photographique de sa série "Dark city", une déclinaison d'ombres nocturnes et de formes urbaines inquiétantes, comme son nom l'indique.

 

EN IMAGES Diaporama "Dark city" de Julien Greffe
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Quel est votre parcours ?

J'ai grandi au coeur des bocages du nord de Nantes, à Grandchamp-des-Fontaines, une petite commune rurale cernée de grands espaces. Après des études d'ingénieur en informatique à Nancy, je suis revenu à Nantes et l'obtention d'un emploi à plein temps m'a amené à m'installer dans l'hyper centre.

 

 

Comment êtes-vous venu à cette série "Dark City" ?

Habitué à photographier la nature, j'essayais de m'attacher aux belles lumières du matin ou du soir, et d'enjoliver la nature et la symbiose possible entre l'Homme et son environnement. Les horaires de travail et l'arrivée de l'hiver ont écourté les journées, mes sorties photographiques furent alors bercées par les lumières de la nuit. J'ai commencé par quelques prises timides en me focalisant sur les textures et les graphismes si caractéristiques de Nantes. Le cours des 50 otages, les quais, le quartier Bouffay. Puis, (hasard, coïncidence ?), des pieds se sont invités dans le cadre. La scène m'a frappé ; avoir une telle présence simplement esquissée par une enjambée ! J'ai voulu continuer sur ce thème, tout en inscrivant ces visions dans des lumières qui me semblent esthétiques. J'ai pu étoffer ces scènes en quelques mois.


Histoires d'un vieux fantôme, Calella, août 2006, ESPAGNE. Photo © Julien Greffe

Techniquement, comment travaillez-vous ?

J'ai débuté avec un compact Canon Powershot A40, puis je suis passé à l'ordinateur G5. J'ai également acquis un reflex 300D il y a deux ans. Ce tout numérique a été un choix naturel, de par son accessibilité, sa rapidité de visualisation, de partage. J'utilise deux objectifs Sigma allant de 18 à 300mm, qui couvrent la plupart de mes besoins.

Je reviens souvent aux mêmes endroits quand je pense qu'il y a un potentiel. Je note les directions, les horaires favorables. Les paysages nécessitent souvent des phases de reconnaissance. Dans des environnements de nature ou de nuit, j'utilise un trépied de façon à avoir une netteté et une profondeur de champ accrues. Aidé du retardateur, j'en profite pour m'insérer dans l'image. Dans les photos posées, je peux effectuer une dizaine de prises jusqu'à obtenir le résultat voulu. A l'opposé, dans la série "Dark City", l'élément le plus décisif n'a pas été la météo mais les personnes. Après 22h, il y a moins de passants et des rues graphiquement intéressantes ne sont pas toujours peuplées. J'attends alors un moment favorable, tout en essayant de rester discret pour ne pas effrayer les piétons, ainsi, pas de flash.

Les images ont été réalisées à main levée, uniquement au 50mm f/1.8. Les conditions de faible lumière et de fugacité des instants ont nécessité l'emploi d'une focale à grande ouverture. Dans ce cas, je prends toujours deux ou trois photos en rafale, en misant sur une attitude forte des enjambées. Des fois la mise au point automatique ne se fait pas correctement et je me retrouve avec une photo floue... Je retente alors ma chance pendant quelques minutes.

 

Pratiquez-vous beaucoup la retouche ?

Je pense que la retouche est une étape obligée dans la photo numérique. Les images plutôt douces issues des reflex nécessitent au moins une accentuation, de façon à améliorer la netteté.

J'essaye de donner un côté irréel/imaginaire à mes images, mais je n'ajoute pas d'élément extérieur. La plupart du temps mes retouches se limitent aux courbes, de façon à améliorer les contrastes. J'utilise la puissance des calques qui permet d'équilibrer les traitements à effectuer sur certaines zones. La balance des blancs et le mélangeur de couches me sont utiles pour retranscrire mon ressenti lors de la prise de vue.

J'aime à simplifier mes images au maximum, ce qui me pousse ponctuellement à tamponner des éléments qui me semblent perturbateurs.

 

Pourquoi utiliser particulièrement la tonalité sépia ?

Je travaille habituellement en couleur, mais ici, j'ai voulu mettre en avant les différences de luminosité et les jeux d'ombres de la ville, tout en gardant les teintes orangées caractéristiques des lampadaires. Le sépia s'est imposé naturellement, tout en offrant un rendu intemporel comme le N&B.

Symbiose, Grandchamp-des-Fontaines, Loire-Atlantique, novembre 2006, FRANCE. Photo © Julien Greffe
"L'ambiance, l'attitude des personnages, la lumière sont des éléments que j'essaye d'apprivoiser."

 

 

On est touché par le côté froid des images, autant que par leur ambiance cinématographique. L'ordre des images est d'ailleurs important. Vous revendiquez cet aspect narratif ?

Dans une série de plusieurs images, je pense qu'il y a toujours un fil conducteur, et comme dans une histoire, une mise en situation, un développement, un épilogue, avec comme objectif de stimuler la curiosité, l'imagination et éviter la lassitude. C'est pourquoi j'ai voulu ordonner les images en alternant les cadrages et les points d'accroche.

J'aime quand une image raconte une histoire, et j'aime raconter des histoires avec les images. L'ambiance, l'attitude des personnages, la lumière sont des éléments que j'essaye d'apprivoiser et d'intégrer dans les compositions. Les ombres en contre-jour jouent un rôle important dans la plupart de mes photos. Elles induisent plus qu'elles ne décrivent et apportent un mystère qui se marie avec les narrations.

 

Cette série de photographies urbaines, l'auriez-vous réalisée de la même façon en milieu plus rural ?

Les conditions pour "Dark City" n'auraient pas été réunies dans un environnement plus rural. Moins de passants, moins d'éclairages, moins de dureté. En vivant à la campagne, je n'imaginais pas pouvoir photographier un milieu urbain dans son côté le plus froid et anguleux. La nature est vivante et je ressens des émotions positives quand je la photographie.

De plus en plus, j'essaye de trouver un contrepoint à ces émotions, en abordant des thèmes plutôt froids avec des images plutôt chaudes. Dans cette série urbaine, je pense avoir réappliqué cette notion dans l'autre sens : une ambiance froide avec une présence humaine vivante et dynamique. En ce sens, la forme n'est pas la même, mais le fond s'apparente aux approches dans un environnement rural.

Aura, série "Dark city", Nantes, février 2007, FRANCE. Photo © Julien Greffe

 

Quels sont vos influences et vos références ?

Je n'ai pas de référence particulière, j'aime les travaux de Robert Doisneau, Raymond Depardon, Yann Arthus Bertrand, mais aussi ceux de Mad, Albéric, Christoforo, Lab, De Dijon, Rockberries, LeKoil... J'aime la diversité des sensibilités et les visions qui en résultent. Pour cela Internet est un fabuleux univers photographique dans lequel je trouve mes références. Parallèlement, j'aime les films de David Lynch, Jean-Pierre Jeunet, Tim Burton, Terry Gilliam, qui donnent la part belle aux émotions et aux ambiances.

 

Avez-vous réalisé des tirages de ces photographies ?

J'ai tiré certaines photos de cette série, et une fois par trimestre environ les images qui me semblent les plus fortes. Dans ces cas, je les fais développer par des professionnels locaux. Je n'ai pas d'imprimante et n'en ressens pas le besoin. Les tirages papier offrent un confort de vision plus chaleureux qu'à travers un écran, et me permettent de constituer un book à usage personnel, et pourquoi pas professionnel !

 

 

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Dossier réalisé par Cécile Genest, L'Internaute
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