http://www.linternaute.com/savoir/grand-chantier/interview/xavier-allard-alstom/xavier-allard.shtml
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Xavier Allard, directeur du design Photo
© Pierre Sautelet, Alstom
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En quoi le tramway d'aujourd'hui se différencie-t-il du tramway de nos grands-parents ?
A l'origine, le tram était perçu comme un objet vieillot, poussiéreux, grinçant. Aujourd'hui, il s'agit d'un produit abouti technologiquement. Le tramway moderne est synonyme de confort, de silence et d'accessibilité. Il s'agit d'un objet urbain qui est très bien adapté à la ville. L'avantage de la France par rapport à l'Europe du Nord, c'est paradoxalement que nous avons démoli nos réseaux de tramways en ville dans les années 1950, pour laisser davantage de place au bus, alors synonyme de rapidité et de souplesse. Depuis 10 ans, le tramway est à nouveau à la mode. En France, nous avons pu entièrement penser les réseaux en lien avec les tramways, en mettant en œuvre toutes les nouvelles technologies, tandis qu'en Europe du Nord, on s'est contenté d'installer des tramways récents sur des réseaux anciens. En France, le tram, les lignes, les réseaux forment un objet global qui contribue à redessiner la ville.
Quels sont les avantages du tramway par rapport à d'autres transports en commun, notamment le bus ?
Tout d'abord, le bus n'est pas aussi économique qu'on le croit. Dans une dynamique de croissance, si on veut développer les transports en commun en ville, on arrive vite à saturation. Il faut créer des sites protégés pour des engins qui vont à 12-13km/h. L'acquisition est moins chère mais les frais de fonctionnement, notamment dus à l'énergie, sont bien supérieurs. Les demandes en période de pointe sont bien mieux satisfaites avec le tram qu'avec les bus, même à double articulation. Pour que le bus ait les capacités d'un tram, il faudrait soit davantage de bus soit qu'ils soient plus longs. Pour les 10 prochaines années, le tram aura un taux de croissance de 3,7 % (3,6 % pour la grande vitesse). Le marché du tram représente 3,8 milliards d'euros.
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Le tramway de Reims, en forme de flûte
de champagne ! Photo © ALSTOM Transport
/ MBD Design
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En quoi le design de vos tramways représente-t-il l'identité d'une ville ?
Un tramway doit reprendre l'identité de la ville. A Lyon comme à Marseille, nous avons intégré cette dimension en travaillant avec des designers locaux. A Montpellier, c'est Christian Lacroix qui a été choisi pour dessiner la 3e ligne. Le tramway est un support d'identité pour la ville mais aussi un support d'expression pour certains artistes et dans le cadre d'événements. Lors de la Fête de la lumière, à Lyon, les trams avaient été recouverts d'une pellicule. La maquette que nous avons présentée à Reims a également une esthétique très forte. Conçu avec l'agence de design MBD, le tram que nous avons présenté avait une forme rappelant la flûte de champagne. Le pare-brise concave est taillé en V arrondi : cette découpe rappelle cet objet emblématique de la culture et des traditions de cette région. Il s'agissait d'ailleurs d'une idée locale venue assez tardivement.
Pourquoi le tram, plus qu'un bus, représente l'identité d'une ville ?
Cela vient de la technologie ferroviaire. Un bus peut rouler n'importe où alors qu'un tramway est attaché à la ville tout simplement par ses rails qui conduisent son parcours à l'intérieur de cet espace urbain. Les gens s'identifient donc à ce projet. Aujourd'hui, avec Alstom, on est arrivé à une situation où l'on veut que les gens se reconnaissent dans des trams qui représentent leur ville mais aussi qu'ils reconnaissent les spécificités de nos produits. Nous avons donc également développé le branding : nous apposons notre marque à nos produits, mais l'idée est de le faire sans porter atteinte à la créativité et l'expression.
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Comment travaillez-vous avec vos clients ?
Alstöm a particulièrement investi dans le design : nous avons une structure chargée du design intégrée, une première dans ce domaine. Ce département s'occupe de la totalité de la gamme des transports : trams, métros, trains express. 17 personnes y travaillent. Elles sont chargées de répondre aux demandes de nos clients (Alger, Anger, Reims, Istanbul…) mais aussi et surtout d'élaborer des propositions en réponse aux commandes. Nous rencontrons toujours le client préalablement au développement du design. Ainsi, lorsque nous nous sommes rendus à Istanbul, la ville nous a expliqué qu'elle voulait qu'il y ait une analogie entre la forme du tram et celle de la tulipe. Toute la démarche a ensuite été participative.
Et concrètement, comment s'organise ce département ? Combien de personnes y travaillent et à quels postes ?
Sur les 17 personnes qui travaillent dans ce département, il y a 12 créatifs qui modélisent numériquement les tramways. Nous n'utilisons pas de maquette physique : pour tout ce qui est création, dessins, maquettes, tout se fait grâce à des logiciels de modélisation. Dans l'équipe, il y a 7 designers, 4 maquettistes numériques, un designer couleur et matériaux. Toutes ces personnes travaillent à la fois pour l'intérieur et l'extérieur, au niveau de la forme, du graphisme, des couleurs, des matériaux mais aussi des éclairages. Ces derniers sont essentiels surtout pour les métros et les TGV. Nous travaillons sur deux sites, l'un à Saint-Ouen et l'autre, en développement, se trouve à Barcelone.
Combien de temps cela prend-il pour concevoir le design d'un tram ?
Cela dépend. Pour répondre à un appel d'offres,
cela prend environ 3 mois. On travaille aussi bien sur la plate-forme
(travail de personnalisation sur les couleurs, matériaux…). Pour
les tramways Citadis, on peut changer de nombreuses pièces très
facilement, notamment tout le bout avant. L'agencement intérieur
peut également être modifié : on peut changer les sièges, leur disposition,
etc. On règle également les problèmes techniques qui peuvent être
liés à des encombrements spécifiques… En Recherche et Développement,
le travail est différent : pour concevoir un produit entier, cela
peut prendre 6-7 ans pour des trains, aux alentours de 5 ans pour
un tram.
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