Alain-Charles Perrot : "Etre architecte des monuments de Paris, c'est comme être chef d'orchestre"
Alain-Charles
Perrot, architecte en chef des monuments historiques de
la Ville de Paris en charge du chantier de l'Odéon, revient
sur les spécificités de sa fonction et sur celles de la
restauration du Théâtre de l'Odéon.
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Avril
2006
Qu'est ce qu'un architecte en chef des monuments historiques
? Comment le devient-on ?
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En plus de l'Odéon, Alain-Charles Perrot a notamment supervisé les chantiers de restauration du Grand Palais et de l'Opéra Garnier.
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Il y a
à peine 50 architectes en chef des monuments historiques
en France. C'est une fonction à laquelle on parvient par un
concours organisé par le ministère de la Culture, qui teste
aussi bien les qualités d'architecte que les connaissances
en histoire de l'art et histoire des techniques par exemple.
A l'issue de ce concours, l'architecte en chef des monuments
historiques peut s'installer à son compte et travailler avec
des clients privés, mais il a surtout la responsabilité des
monuments classés de la région, avec comme devoir de les suivre.
Je suis moi-même en charge de certains monuments de la région
parisienne.
Quelles sont les différences de votre métier avec celui d'un architecte "classique" ?
Les exigences de notre métier se rapprochent plus de celles du restaurateur. On nous confie un monument classé, sélectionné par l'Etat comme étant une œuvre d'art inaliénable. On est donc très loin de pouvoir faire n'importe quoi. On est encadrés par des règles éthiques et des valeurs dictées par des codes internationaux (notamment dans le cadre de l'UNESCO).
Mais finalement, être architecte des monuments de Paris, c'est comme être chef d'orchestre. On nous donne une partition, et à partir de là on joue de façon différente, qui évolue avec le temps, avec l'esprit de chaque architecte. Et avec l'utilisation du monument aussi. Pour un théâtre, il faut prendre en compte sa valeur patrimoniale, mais également son rôle, son activité dans la société d'aujourd'hui.
Quels étaient vos objectifs et vos contraintes lors de la restauration du Théâtre de l'Odéon ?
Nous avions trois objectifs principaux. D'abord, créer un lieu contemporain, adapté
aux créations d'aujourd'hui. C'est le point le plus "traumatisant"
car on part d'un théâtre à l'italienne classique, avec un plateau
incliné situé à une certaine hauteur, qu'on doit entièrement
modifier pour recevoir des pièces de théâtre créées partout
en Europe. Ce qui implique de changer l'inclinaison de l'orchestre,
donc celle de la salle. Les nouvelles fonctions du théâtre ont
impliqué de très fortes transformations sur le monument.
Deuxième objectif : mettre le théâtre aux normes de sécurité
actuelles, notamment créer une tour incendie, c'est-à-dire créer
un nouveau volume dans un théâtre déjà très encombré.
Enfin, nous voulions améliorer le confort du public et l'accès
aux personnes à mobilité réduite, en intégrant notamment des
ascenseurs. Et il fallait faire tout ça en étant le plus respectueux
possible de l'esprit d'origine.
Justement, comment concilier modernisation et respect de l'esprit du "théâtre à l'italienne classique" ?
Il faut effectivement être à la fois respectueux et modernisateur,
trouver le juste choix entre un monument qui reste vivant, ce
qui est très important pour qu'il prospère, et le fait que son
intégrité soit respectée. C'est l'art de l'architecte
de trouver cet équilibre. Pour le théâtre de l'Odéon, on a fait
en sorte que ça ne se voit pas trop. Car il existe aussi un
attachement fort, de la part du public, à ses monuments. Il
faut donc les préserver, les mettre en valeur, les mettre en
état mais sans traumatisme. La personne qui a connu le théâtre
avant se rendra à peine compte des différences.
Comment avez-vous l'habitude de travailler ? Par quoi commencez-vous ?
Je commence en percevant le monument de l'intérieur, en percevant
son âme, par la connaissance de son histoire, de son architecture,
et par une connaissance humaine. Puis nous établissons un projet
global de restauration. Les travaux sont ensuite divisés par
lots pour lesquels nous faisons appel à différents corps
de métiers : bronziers, ébénistes, doreurs etc. En cherchant
à préserver le bâtiment on préserve aussi le savoir-faire des
artisans, qui sont malheureusement peu reconnus en France.
Vous avez également participé à la restauration d'autre monuments comme le Grand Palais…
Oui, pour le Grand Palais c'était très différent car il n'y avait pas d'aménagement intérieur. On a surtout travaillé sur des problèmes techniques et sur la verrière. On ne pouvait plus utiliser les verres anciens, pour des questions de sécurité. On a donc choisi de revenir à une verrière plus architecturée, avec un verre très proche de l'état d'origine. Tout le monde trouve que la verrière est plus belle… moi je sais pourquoi !
Maria Pia Medina Luna, L'Internaute Avril
2006
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