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"C'est la première ligne de tramway entièrement recouverte de pelouse"

Pourquoi le tramway ferait-il mieux que le bus ? Quelles sont les attentes de la mairie en termes de circulation ? Les réponses de Ghislaine Geffroy, chef du projet tramway à la mairie de Paris.
Ghislaine Geffroy sur le chantier du tramway.
"Le tramway devrait générer une baisse de trafic de 25 %."

Quelles ont été les priorités dans la mise en place du projet ?

Ghislaine Geffroy La particularité du projet est d'avoir eu, dès le départ, deux objectifs : créer une ligne de tramway et entamer un grand projet de réaménagement urbain des Maréchaux. Ces deux objectifs ont été menés de front et sont indissociables. Il s'agit d'un choix municipal : on a profité de la mise en place du tramway, ligne de transport de rocade qui traverse des quartiers difficiles, pour "refaire de la ville" autour, réaménager les portes, "faire de l'espace public autant que du transport".

 

Que signifie exactement "faire de l'espace public en même temps que du transport" ?

Il s'agissait d'améliorer les liaisons piétonnes avec les communes limitrophes et de redonner une qualité de vie aux quartiers périphériques pour améliorer la vie locale. Le réaménagement redonne aussi toute leur place aux piétons. Parallèlement au tramway, on réaménage les rues des secteurs où il passe. Toutes les portes en bénéficient (Portes d'Italie, d'Orléans, de Versailles). L'enjeu, au-delà de la qualité de vie, est social : la revalorisation de ces quartiers encourage la mixité sociale. C'est un élément facilitateur, toutes les autres expériences de tramway l'ont montré.

 

Comment le tramway est-il censé désengorger Paris ?

Le tramway devrait générer une baisse du trafic de 20 à 25%, selon le Plan de déplacements urbains. L'axe des Maréchaux, en rocade, est doublé par le périphérique. Avant le début des travaux, on comptait environ 1 500 véhicules par heure et par sens sur les Maréchaux. Sur le périphérique, on dénombre 6 600 véhicules par sens et par heure. Notre objectif premier est que les Maréchaux ne fonctionnent plus comme une voie de desserte et de transit qui récupère les débordements du périphérique. On veut en faire un axe local, un axe urbain.

 

Comment pensez-vous que le tramway va agir sur les autres moyens de transport ?

25% de trafic en moins, cela signifie que certaines personnes prendront le tram, d'autres prendront d'autres transports en commun. Pendant les travaux, par exemple, on a remarqué une baisse de 70 % de la circulation. Ce qui signifie qu'une partie des gens ont déjà laissé leur voiture.

 

Pourquoi le tramway ferait-t-il beaucoup mieux que le bus PC1, qui circule actuellement en périphérie ?

Le PC1 a une vitesse commerciale de 15 km/h alors que celle du tramway sera de 20 km/h. Cela peut paraître peu mais c'est déjà une vitesse importante pour un site urbain dense.

Le PC1 va être de plus en plus saturé. Des études ont montré qu'il serait saturé d'ici deux à trois ans, et des tests en grandeur réelle ont prouvé qu'on ne pouvait plus multiplier le nombre de bus sans risquer de créer des trains-bus, c'est-à-dire des bus qui n'arrivent pas puis qui arrivent tous en même temps à cause des feux et des temps de montée-descente aux arrêts.

Au niveau capacité, un bus peut contenir 100 personnes alors qu'un tram peut en transporter 300. Pour le tramway, la fréquence prévue aux heures de pointe est de 4 minutes. Le PC1 va donc disparaître sur le tracé du tramway. Le PC2 sera prolongé jusqu'à Porte de Charenton et un PC4 va être créé pour joindre la Porte Maillot au Pont de Garigliano.

 

© Marc Verhille / Mairie de Paris
"Des études ont montré que le PC1 serait saturé d'ici 2 ou 3 ans."

Quelles sont les principales innovations techniques du tramway des Maréchaux, notamment par rapport à d'autres villes ?

Au niveau technique, le tramway a fait appel à peu d'innovations. Il utilise un système classique d'alimentation aérienne pour des rames de 304 personnes qui mesurent 43 mètres de long sur 2,65 mètres de large.

En revanche, on peut parler d'innovations pendant la réalisation des travaux. Afin de gagner du temps et de minimiser l'impact sur la circulation, les plateformes des carrefours étaient préfabriquées, comme d'immenses puzzles montés en atelier (plate-forme, rails, revêtements). Les carrefours ont donc été immobilisés pendant à peine deux ou trois semaines.

Autre particularité, l'ampleur du chantier et l'attention portée au développement durable. Les pavés qui se trouvaient sous la chaussés ont été récupérés au moment de décaisser pour installer la plate-forme. Ils ont ensuite été coupés en deux pour être réutilisés sur les trottoirs côté bande de service, c'est-à-dire côté stationnement, arbres ou mobilier urbain (par opposition au côté façade réservé aux piétons). Si le procédé n'est pas nouveau, c'est la première fois qu'il est déployé sur une surface aussi importante : 56 000 m².

On peut également évoquer l'éclairage. Alors que Paris se caractérise par un éclairage blanc sur les trottoirs et jaune pour les chaussées, toute la plate-forme du tramway sera éclairée en blanc. C'est une question de sécurité. Le blanc ne déforme pas les couleurs ni les formes. On en a profité pour renouveler tout l'éclairage de la zone traversée par le tramway en essayant de réaliser des économies d'énergie.

Enfin, les boulevards ont été "végétalisés" : plus de 1 000 arbres y ont été plantés, la plupart sont des arbres fruitiers qui fleurissent au printemps pour faire de la couleur. C'est le genre de végétation qu'on trouve d'habitude dans les parcs. Là, ils seront sur les boulevards et dans les stations. Mais surtout, 36 000 m² de pelouse ont été mis en place sur la plate-forme. C'est la première ligne de tramway entièrement recouverte de pelouse. On peut préciser également que tout a été fait avec des matériaux parisiens et de qualité, notamment les trottoirs en granite.

 

Des aménagements particuliers sont-ils prévus pour les personnes à mobilité réduite (PMR) ?

C'est l'ensemble de l'itinéraire qui a été traité pour que le tramway soit accessible aux PMR : les trottoirs, les rames et les stations. Mais ces aménagements ne concernent pas seulement les PMR. Ils sont aussi importants pour les personnes âgées avec leur chariot de course, les femmes avec enfants, les poussettes et landau, etc.

 

Pourquoi la ville de Paris a-t-elle autant attendu, par rapport à d'autres ville de province, pour mettre en place son tramway ?

Le tramway n'est pas là pour répondre à une mode mais bien à un véritable besoin. Dès 1995, la ville a souhaité mettre en place son tramway. Une étude a été lancée montrant que le PC1 serait bientôt saturé. Puis on a greffé le projet de réaménagement urbain des quartiers Sud au projet du tramway. La démarche en province a été très différente. Paris avait déjà son PC1 qui répondait aux besoins, alors que les villes de province, parties de rien, ont choisi le tramway.



EN IMAGES Le tramway : de la maquette au test
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