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2001, l'Odyssée de l'espace © Europacorp.
 
"Long, très long..."

"2001 : L'odyssée de l'espace" aurait très bien pu s'appeler "2001 : L'Odyssée de l'Homme", tant le film évoque et problématise l'évolution de l'homme et sa condition. Voyage initiatique, conte philosophique, il vaut mieux lire le chef-d'oeuvre de Kubrick en se forgeant ses propres interprétations si l'on ne veut pas penser, comme Isabelle, que le film devienne "long, très long", et qu'au final, il "ne se passe rien" ! Cependant, il n'existe pas de message unique à cette odyssée, Kubrick a d'ailleurs particulièrement spécifié qu'il ne voulait pas directement donner d'explications à son oeuvre :

"J'ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l'entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l'inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J'ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, juste comme la musique : "expliquer" une symphonie de Beethoven, ce serait l'émasculer en érigeant une barrière artificielle entre la conception et l'appréciation". et précise "je ne veux pas établir une carte routière verbale pour 2001 que tout spectateur se sentirait obligé de suivre sous peine de passer à côté de l' essentiel".

Allons toutefois contre la volonté de Kubrick et livrons une interprétation du film :

Notre tentative d'explication

 
La machine contre l'homme © Europacorp.
 

Le film est divisé en quatre parties distinctes racontant chacune une étape bien précise de l'évolution de l'homme et de ses liens avec l'outil / la machine.

La première partie du film se situe à "l'Aube du temps", 4 millions d'années avant Jésus-Christ alors que l'homme n'était qu'au stade primaire. Le film s'ouvre sur un monolithe noir flottant lentement dans l'espace pour se poser sur Terre. Selon certaines interprétations, ce monolithe aurait été délibérément implanté par les extraterrestres dans le but d'observer la vie de l'homme. Mais ce monolithe planté devant leur refuge donne également l'idée à l'homme préhistorique d'utiliser un simple os comme outil pour battre leurs ennemis. Ce simple os va constituer un véritable départ pour l'évolution de l'homme. Au fil des temps, l'outil "os" devient "pierre" qui devient "lance" qui devient "feu" qui devient "roue" qui devient "moulin" qui devient "boussole" qui devient "un mécanisme" qui devient "lampe" qui devient "électrons" qui devient "fusée"... L'homme évolue ainsi tout au long de ces quatres millions d'années suivant chaque outil qu'il utilise.

 

La deuxième partie du film se situe en l'an 2000. L'homme est alors civilisé et moderne. Cependant lorsqu'il voyage dans l'espace comme c'est le cas pour le Dr Heywood Floyd, il doit réapprendre à vivre puisqu'il est complètement dépourvu de tous ses outils habituels. Il doit donc réapprendre à manger (lorsque les savants doivent manger de la nourriture pour bébé), à aller aux toilettes (cf. la longue procédure pour aller aux toilettes à bord d'un vaisseau spatial). Il est donc dépendant de ses outils et se montre vulnérable sans. En effet, quand les scientifiques viennent à étudier le monolithe posé sur la Lune, la pierre émet des vibrations si intenses que les outils des scientifiques se brouillent jusqu'à les blesser profondément. L'expérience est un échec.

 

 
La mort de l'homme © Europacorp
 

La troisième partie se passe en 2001 et problématise l'importance de la machine dans la vie de l'homme. En effet, deux astronautes, Bowman et Poole, et trois scientifiques tenus en hibernation par l'ordinateur ultra puissant Hall 9000, partent en mission à Jupiter. Alors que l'ordinateur signale une panne imminente du vaisseaux, les deux scientifiques, ne voyant rien d'anormal, décident de déconnecter l'ordinateur. C'est alors que ce dernier, pour se rebeller, provoque la mort des trois scientifiques en hibernation ainsi que celle de Poole. La bataille des machines contre les hommes a commencé, mais Bowman parvient finalement à déconnecter une bonne fois pour toute la machine avec un simple tournevis. Mais en détruisant l'outil (l'ordinateur en l'occurence), l'homme vient en quelque sorte de symboliquement mettre fin à son évolution. Il doit donc faire face à sa propre mort.

 

La quatrième et dernière partie du film confronte donc l'être humain et sa propre mort à travers la suite des mésaventures de Bowman. Le scientifique parvient à quitter le vaisseau spatial pour être aspiré dans un espace temps. C'est ainsi qu'il se retrouve dans une chambre décrite par Kubrick lui-même comme "un zoo humain, en quelque sorte un hôpital, un environnement terrien tiré de ses propres rêves et de son imagination" dans laquelle il est confronté à son double, vieillissant et mourant. Dans cette conclusion morbide, Kubrick sous-entend que l'évolution de l'homme est tellement basée sur les outils et la machine que lorsqu'il a finit par épuiser les ressources de la technologie, il est condamné à mourir. Mais le réalisateur délivre un message optimiste en affirmant clairement que l'homme reste en constante évolution à travers l'image d'un fœtus perdu dans l'espace, près de la Terre.

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