Le Journal d'un parfumeur : Voyage olfactif et artistique

Parfumeur attitré de la maison Hermès depuis 2004 et auteur du Que sais-je ? sur la parfumerie, Jean-Claude Ellena offre avec son Journal d'un Parfumeur une approche intimiste de son travail et lève le voile sur un métier, et surtout sur un art, méconnu.

  Jean-Claude Ellena était prédestiné à modeler les odeurs, à composer des parfums. Né à Grasse d'un père parfumeur, il commence sa propre formation de nez à 16 ans en entrant d'abord en apprentissage en tant qu'ouvrier chez Chiris puis en intégrant l'école Givaudan de parfumerie à Genève. Il déclare s'être tout de suite senti bien dans cet univers qu'il qualifie de « bienveillant ». Son parcours le mène aux Etats-Unis puis à Paris. Il crée de nombreux parfums à succès et désormais classés parmi les parfums dits « mythiques » comme First  de Van Cleef & Arpels, L'eau parfumée de Bulgari ou plus récemment la collection des Jardins pour Hermès. Il est d'ailleurs depuis 2004 le nez attitré de la maison Hermès après une rencontre décisive avec Jean-Louis Dumas, ex-président de la maison, aujourd'hui décédé. Jean-Claude Ellena a cela de particulier qu'il n'écoute pas la demande commerciale mais réalise uniquement ce qu'il a personnellement envie de créer. Il s'intéresse certes à l'aspect marketing, mais de loin, sans jamais se laisser dicter quoique ce soit. Il est donc un artiste jusqu'au bout, intègre et fidèle à lui-même. Il incarne le contraire du vulgaire mélangeur de senteurs dont l'unique but est commercial, espèce qui prolifère dans le monde de la parfumerie « grand public ». La collection des Hermessence témoigne parfaitement de cette intégrité : on y sent une création libre et débridée, au sens où l'artiste ne s'est soumis et n'a été soumis à aucune contrainte autre que celle de son imagination et de son inspiration. Chaque parfum a son caractère propre et une originalité indéniable qui fait par exemple que Vanille Galante ne ressemble à aucune autre vanille du marché et que Ambre Narguilé évoque l'orient d'une façon qui lui est propre et unique malgré le nombre de parfums ambrés envahissant les magasins. 


En tant qu'artiste et passionné, il éprouve le besoin d'écrire sur la composition (l'écriture) des parfums, estimant son art mal compris ou du moins méconnu, afin de faire comprendre ce qu'est réellement le métier de parfumeur.  Il tient particulièrement à rappeler que derrière l'image qu'on nous vend avec un parfum il y a des artistes qui « pensent parfums, qui construisent des parfums, qui créent des parfums ». Dans son Journal d'un Parfumeur il tente de donner des réponses à des questions que le grand public oublie de se poser comme par exemple celle du mouvement ou bien de l'importance du temps dans le développement d'un parfum. Dans ce journal de bord publié en 2011, le parfumeur nous livre une année de sa vie (du 29 octobre 2009 au 13 octobre 2010) s'attachant aussi bien à décrire ses activités créatrices, que ses sources d'inspirations, ses rencontres, ses voyages et toutes les idées qui traversent furtivement ou plus durablement son esprit. La lecture révèle un homme non seulement passionné, mais également sensible à la beauté de la nature et de l'art en général. Il aime admirer le monde. Il se révèle cultivé et intéressé par toutes les formes de la création, de la peinture à la littérature (on retiendra son attachement à l'écriture de Jean Giono à qui il a emprunté l'amour de la Provence). Il semble par ailleurs être un homme posé, simple, à la pudeur et à la modestie sincère. Son écriture est limpide, concise, agréable et belle sans être grandiloquente, tout comme ses parfums qu'il préfère "simples". Étonnamment moderne, son style littéraire mélange une jeunesse certaine au charme du début du siècle dernier et à la maturité du septuagénaire qu'il est aujourd'hui. Chaque article est court, rien n’ennuie, rien ne lasse, même le moins averti des lecteurs. 


Le livre se termine sur un Abrégé d'odeurs comportant dix-huit esquisses de recettes d'illusions olfactives : comment reproduire l'odeur du chocolat, de la cerise, de la barbe à papa, de la pomme,... Cette annexe complète les bribes de réflexions commencées dans le journal à propos de la création d'odeurs artificielles et l'utilisation de produits d'origine synthétique. Cela permet de mieux comprendre la complexité de la création à laquelle s'adonne Jean-Claude Ellena et, tout comme l'ensemble de ce Journal d'un Parfumeur, de sensibiliser le lecteur à ce qui est un art à part entière, d'une difficulté rare du fait de l'aspect évanescent et intangible de la matière première de création : l'odeur. Un livre tout en sensibilité, en nuances et d'une pédagogie indéniablement efficace

Annonces Google