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Stephen Clarke
L'Internaute Magazine a reçu en chat Stephen Clarke le 25 janvier à 15h. L'auteur a répondu à vos questions avec humour et un sens de la répartie irrésistible.

Est-ce que vos mauvaises expériences en arrivant en France vous ont poussé à raconter les aventures de Paul West ?

Stephen Clarke : En fait, ce sont mes mauvaises et bonnes expériences qui m'ont inspiré. Paul s'amuse quand même pas mal.

Qui est Paul West ? Est-ce qu'il vous ressemble vraiment ?

En fait, Paul est une version jeune et sexy de moi. Il fallait un héros plus jeune (27 ans) pour qu'il ait cet air de naïveté totale en arrivant en France. Et aussi pour vendre le roman aux éditeurs britanniques car ils sont obsédés par la jeunesse. Pour publier un premier roman en Angleterre, il faut avoir 19 ans, être ex-héroïnomane et sortir avec Kate Moss.

Y a-t-il une part d'autobiographie dans ce roman ?

Tout le monde me pose cette question. Alors j'ai donné "God Save la France", ainsi qu'un échantillon de mon ADN, à l'Institut National des Statistiques Littéraires (très sérieux, près de la Sorbonne) et après analyse, on m'a dit qu'il y avait 64,3% de vérité dans le livre.

Pourquoi avoir choisi de raconter une histoire assez autobiographique plutôt qu'une simple fiction ?

Toute fiction est en partie vécue, sinon ce n'est pas convaincant. Il faut écrire sur ce que l'on connaît. On peut aussi inventer autour, bien sûr. J.K. Rowling s'est imbibée des histoires de pensionnats en Angleterre (c'est tout un genre littéraire), et elle a brodé. J'ai aussi écrit un roman qui s'appelle "Beam Me Up", qui raconte l'invention d'une machine de téléportation. Mais ça se passe dans ma ville en Grande-Bretagne, à Bournemouth, et ça raconte aussi la vie de tous les jours des personnages. Alors, ici, en France, je brode autour de ma vie d'expatrié.

Florence existe-t-elle vraiment ? Si oui, qu'a-t-elle pensé de votre nouveau livre ?

En fait, quasiment aucun des personnages ne pourrait se reconnaître dans les romans. Ce sont des personnages composites, avec des traits de personnes réelles, plus des caractéristiques inventées, ou tirés d'autres personnes. Alors, elle n'a pas vraiment existé. Désolé.

 
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L'Internaute Magazine / Cécile Debise
 

Pourquoi avez-vous voulu réitérer après "God Save la France" ?

Parce que l'histoire n'était pas terminée. J'étais déjà en train d'écrire la suite quand "God Save la France" a commencé à bien marcher. J'adore ce personnage et les choses qu'il me fait faire. Il m'envoie en voyage partout, par exemple.

Avez-vous prévu un nombre précis de tomes des aventures de Paul ?

Je ne suis pas J.K. Rowling. Non, tant que j'ai des idées, je continue. Je suis en train d'écrire le quatrième tome. J'ai aussi une idée de roman où il serait un personnage secondaire. Après, on verra. Il ne faut pas se forcer, il faut faire les choses que si on en a très envie.

Pourquoi y a-t-il tant de filles dans vos livres? Ca risque de rendre jaloux certains qui sont moins chanceux !

50% de la population est féminine. De plus, en un an de célibat à Paris, Paul a quatre copines. Il n'est pas si obsédé que ça.

Aimeriez-vous changer de personnage dans un autre roman ?

J'ai des idées de scénario avec d'autres personnages. Il faut se reposer de temps en temps. Entre le deuxième et le troisième tome de "God Save la France", j'ai écrit un autre livre, "Talk to the Snail". Après le tome 4, je ferai autre chose.

"Voir les gens rire quand je fais des lectures, c'est l'ultime compliment, parce que le rire, ça ne se force pas, c'est spontané."

Quel est le plus beau compliment qu'on vous ait fait sur un de vos livres ?

J'ai de la chance, j'en reçois. Récemment un homme est venu me voir à une signature. Il m'a dit tout simplement, en anglais," "God Save la France" est le livre le plus drôle jamais écrit" et il est parti. Sinon, juste voir les gens rire quand je fais des lectures, c'est l'ultime compliment, parce que le rire, ça ne se force pas, c'est spontané. Quelqu'un, un Français, m'a aussi dit que "A Year in the merde" ("God Save la France" en français), était exactement comme son titre : de la merde. Chacun son opinion.

 

Quels sont vos auteurs préférés ?

Des Anglais, surtout. Douglas Adams ("Hitchikers Guide to the Galaxy"), David Nobbs qui a écrit un roman, transformé en sitcom, "The Fall and Rise of Reginald Perrin", sur un cadre de marketing qui décroche et pose problème à son entreprise (vingt ans avant Beigbeder). J'adore aussi Jane Austen pour sa spiritualité et le calme qui règne dans ses livres. Dickens qui décrit Londres du XIXe siècle comme si on y était (pareil pour Zola et la France). Il y en a d'autres mais je les ai oubliés.

 
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L'Internaute Magazine / Cécile Debise
 

Que pensez-vous de la France et de Paris ?

La France et Paris, ce sont deux choses très différentes. J'adore vivre en France, parce que, ici, on travaille pour vivre, et pas le contraire. On sait prendre le temps de prendre plaisir. En Angleterre, à mon dernier job, je travaillais comme un fou, gagnais assez bien ma vie mais n'avait pas le temps de vivre.

Décrivez-nous ce qui est le plus difficile pour un Anglais qui débarque en France.

Pour moi, c'était le choc de découvrir qu'il n'y avait aucun bon sitcom à la télé. Et pas de vraies pubs où on peut boire de la bière non plus. Mais j'étais venu pour travailler, et là, le choc fut de découvrir que je pouvais passer deux heures dans une réunion sans prendre une seule décision. Il fallait juste écouter les gens parler et manger les croissants, bien sûr.

Qu'est-ce qui vous exaspère le plus chez les Français ?

A Paris, les chauffards qui essaient de me tuer parce que j'ose vouloir traverser la rue quand le bonhomme est vert. Dans le travail, comme dans "God save les Françaises", cette habitude de se mettre à cinq pour servir quelqu'un, dès qu'il y a un problème. On fait la queue, il y a quelqu'un qui rend un article dans un magasin et absolument tout le personnel est courbé sur la caisse en question pour trouver comment faire le remboursement. Servez-moi s'il vous plaît !

Ne trouvez-vous pas qu'il y a un peu de mauvaise foi dans votre tableau d'une France toujours en grève ? Préférez-vous vraiment la vie des Anglo-Saxons qui se font virer du jour au lendemain ?

Le mot "toujours" est un peu exagéré. Mais par rapport aux Anglais, c'est vrai. Madame Thatcher a presque rendu les grèves illégales. Ce qui m'amuse, c'est que les lecteurs anglais pensent que la "grève du mois" dans chaque chapitre de "God Save la France" est vraie. Je leur dis que non : les pharmaciens ne sont jamais en grève, les serveurs non plus. C'était une blague.

Vos lecteurs français ne vous tiennent pas trop rigueur de votre sens de l'humour décapant ? Avez-vous déjà eu des ennuis ?

Des ennuis, non, jamais. J'ai toujours été très flatté que les Français aiment mes livres. C'est comme si une abeille aimait "Bee Movie". Sérieusement, ce qui est bien, c'est que j'essaie de décrire la France, et les Français me disent (en général) que je le fais fidèlement.

 

"Mon cœur balance surtout vers la plage (...), donc plutôt vers la France"

Votre cœur balance entre deux pays. Plutôt France ou plutôt Grande-Bretagne ?

Mon cœur, je dois dire, balance surtout vers la plage. Il y a de très belles plages ici, où l'eau est plus chaude, alors je dirai plutôt vers la France. Mais ne me posez pas la même question pendant un match de rugby ou de foot.

Quelle équipe soutenez-vous pendant les matchs de foot ou de rugby ?

Chez moi, l'équipe de Bournemouth, ma ville, est en bas de la ligue 3. Je n'ai donc pas beaucoup d'espoir qu'elle vienne en France jouer la Ligue des champions. Alors, je soutiens n'importe quelle équipe anglaise qui vient nous représenter ici, en terre ennemie.

 

 
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L'Internaute Magazine / Cécile Debise
 

Pour l'Euro 2008. Pas trop déçu ? (L'Angleterre n'est pas sélectionnée)

Déçu mais pas surpris. L'équipe d'Angleterre était trop nulle. Pas trop déçu pour les J.O. de 2012 ?

On dit que les Anglais et les Français se détestent cordialement. Pensez-vous que ce sentiment soit exactement le même dans un sens comme dans l'autre ?

Oui, nous sommes les meilleurs ennemis. Dans "Talk to the Snail", je dis qu'en fait, il faut arrêter de faire semblant de se détester, et avouer qu'on s'adore. Nous sommes fascinés les uns par les autres. Mais pour ça, il faut oublier l'Histoire. On dit que la Manche fait 30 km de large et 1 000 ans de profondeur.

Qu'est-ce qui peut faciliter les contacts entre nos deux pays et rapprocher nos cultures, à votre avis?

L'Eurostar (j'espère qu'ils vont me filer des billets gratuits). Rapprocher nos deux cultures ? Que Carla Bruni arrête de chanter tout de suite !

Selon vous, avec l'Europe, où en sont les relations entre l'Angleterre et la France ?

Comme il y a 500 ans. On veut votre vin et vos maisons de campagne. Vous voulez qu'on parle français. Rien ne change. Pour ceux qui vont acheter "God save les Françaises", bonne lecture. Il sort en ce moment au Québec, alors bonjour le Québec. Ne vous inquiétez pas, les Canadiens anglophones sont trop cools pour vous envahir.

Qu'est-ce qui différencie un French lover d'un English lover ?

Les Françaises me disent que les French lovers peuvent promettre tout et n'importe quoi, assurer à une femme qu'elle est la plus belle de la planète, et puis dire exactement la même chose à une autre femme cinq minutes plus tard. Nous les Anglais, on est plus sincères, bien sûr.


"Les Anglaises sont comme des Vikings, elles envahissent le pays en bande, et elles pensent qu'une bonne soirée se termine inconscientes dans un jardin public"

Qui sont les plus charmantes et les meilleures amantes, les Françaises ou les Anglaises ?

Les Françaises. Paul voit ça très clairement vers la fin de "God save les Françaises". Il rentre à Londres et voit les Anglaises vomir dans la rue. Elles sont comme des Vikings. Elles boivent, elles envahissent le pays en bande, et elles pensent qu'une bonne soirée se termine inconscientes dans un jardin public.

Les Français ont-ils le sens de l'humour ?

Oui, bien sûr. J'adorais Coluche. Et j'adore aussi cet humour extrêmement anti-establishment que vous avez, comme les dessins de Charlie Hebdo. Je trouve juste que la télévision française ne comprend pas que l'on peut faire des émissions comiques de trente minutes, des sitcoms, et que l'on n'a pas besoin de remplir entièrement l'espace de 20h40 à 23h avec des âneries présentées par des célébrités qui se regardent rire, tout ça pour vendre de la publicité.

Y a-t-il des romanciers ou comiques français qui arrivent à faire rire les Anglais ?

Pas vraiment. L'humour français est très français. Les concepts comme "La cage aux folles" et "Trois hommes et un couffin" passent la barrière, mais en adaptation anglaise seulement. Les Anglais pensaient que Marcel Marceau était le summum de l'humour français, ce qui montre un peu le niveau d'ignorance.

 

 
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L'Internaute Magazine / Cécile Debise
 

Vous-êtes vous jamais posé la question de savoir quelle serait l'histoire d'un Français allant vivre au Royaume-Uni dans le même contexte que celui de Paul en France ?

A la fin de "God save les Françaises", Paul fait un peu ça. Il essaie de se réintégrer mais il est devenu trop français. Il habite même dans le très chic ghetto français de South Kensington. J'ai rencontré plein de Français qui vont là-bas pour travailler. Bizarrement, ils me disent qu'ils s'identifient à Paul West. Ca doit être l'image miroir de ce que vit Paul en France.

Quelle série typiquement anglaise pourriez-vous nous conseiller pour avoir un aperçu de la vie outre Manche ?

Il y a des séries comme "The Office" qui donneraient une image effrayante, mais très vraie de la vie là-bas. Le personnage de l'adolescente dans "Little Britain" si vous connaissez, est horriblement juste. Elle est totalement larguée.

 

Pourquoi les Anglais branchés écrivent "Phrench" quand ils parlent de nous ?

Je pense qu'ils sont juste légèrement illettrés. Je ne dois pas être branché car je ne l'ai jamais vu.

Honnêtement, est-ce que tous les Anglais aiment la gelée ou est-ce qu'ils font semblant pour écœurer les Français ?

Plus maintenant, car la recette est trop difficile. Rajouter de l'eau bouillante à des cubes de gelée ? C'est trop lent. On ne mange que ce qui se réchauffe dans un micro-ondes. Ou bien on regarde Jamie Oliver et on pense qu'on est français alors on boycotte la gelée. Pauvre "jelly", c'est un plat en voie d'extinction, il faut alerter les Nations Unies.

Votre vie d'expatrié aurait-elle été meilleure si vous aviez été dans un autre pays ? Quels sont les pays où vous auriez aimé habiter ?

Je me serais bien amusé à Los Angeles ou à Tahiti, je pense. Ou Sydney, j'adore la vie là-bas. Mais je pense que cette tension entre la France et moi m'inspire plus en tant qu'écrivain.

 

"Il faut toujours avoir des projets, sinon ça ne vaut pas la peine de vivre."

Quels sont vos projets ?

Des projets d'écriture ? Finir le roman, puis participer à des salons du livre en Europe, notamment en Allemagne. Puis la Pologne, où j'ai été numéro un, et puis aux USA où le troisième tome "Merde Happens", sort en mai. Il faut toujours avoir des projets, sinon ça ne vaut pas la peine de vivre.

Des adaptations cinématographiques en vue ?

Je l'espère, oui. Il y a des gens qui sont "très intéressés" par "God save la France". Il y a des négociations mais avant de me retrouver assis dans le cinéma en train d'ouvrir mon paquet de friandises et de voir le crédit "adapté du roman de Stephen Clarke", je n'ose pas trop y penser.

Que pensez-vous de Nicolas Sarkozy ? Et de Carla Bruni bien sûr ?

Je trouve que c'est très bien pour un pays d'avoir un président qui pense plus à s'amuser avec sa fiancée qu'à faire de la politique. Les politiciens font trop de dégâts, je trouve. Donnons-leur un yacht et peut-être qu'ils vont laisser le monde tranquille. Quant à Carla? J'ai entendu une chanson et elle ne m'a pas convaincu de jeter mes albums de Nirvana.

Si vous deviez résumer la France en un mot. Lequel serait-il ?

Miam !

Le mot de la fin de Stephen Clarke : On peut vivre sans accents, comme on fait en anglais. (Bonjour aux profs de français). Au revoir !

 


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