Charles Juliet (Ecrivain)
"Mon enfance a été déterminante"
Est-ce qu'il vous arrive de relire vos précédents journaux ?
Non, je ne suis pas du tout porté à relire ce que j'ai pu écrire. Parfois il m'est arrivé de les relire par obligation, mais pas de moi-même. Ils n'ont pas d'utilité pour moi, je préfère les oublier pour au contraire aller de l'avant.
On trouve dans ce tome VI, plusieurs réflexions concernant la manière dont l'éducation des parents détermine le destin d'une personne, c'est un thème qui vous est cher...
L'enfance est très importante dans une vie, elle va déterminer en totalité la vie de l'adulte. Selon ce qu'elle aura été, elle aura certaines conséquences auxquelles il est difficile d'échapper, sauf si l'on arrive à s'affranchir de ces conséquences. Mais je crois que beaucoup de personnes restent prisonnières de leur enfance toute leur vie.
Est-ce que votre enfance a été déterminante dans votre vie d'écrivain ?
Bien sûr, j'ai mis du temps à m'en rendre compte, mais il est certain que ce qui s'est passé dans ma petite enfance, alors que j'avais 1 mois d'existence, a sans doute un lien avec ce besoin d'écrire qui est apparu en moi tardivement, à 23 ans. La séparation d'un bébé avec sa mère constitue pour lui une fracture psychique extrêmement grave qui le plonge dans une très grande souffrance. C'est ce qu'on appelle "la détresse impensable" parce que le bébé n'a aucun moyen de lutter contre cette souffrance. Et donc cette fracture psychique va laisser des séquelles tout au long de la vie. On sait maintenant qu'un tel bébé, une fois adulte, est promis à la délinquance grave, à la schizophrénie et au suicide.
J'ai pu échapper à cela. Pas mal de facteurs ont joué : l'affection que j'ai reçu dans ma famille adoptive qui a été déterminante. J'ai aussi eu une chance inouïe en entrant dans une école d'enfants de troupe, ce qui m'a permis de faire des études. Tout un tas de facteurs ont joué, mais je pense que le facteur le plus important m'a été donné, je l'ai trouvé en moi, je n'ai pas eu à le vouloir. Ce facteur était le besoin d'écrire et de faire quelque chose de ma vie.