Patrick Graham
"L'avenir du livre papier ? Je n'ai aucune inquiétude"
Que vous inspire la montée en puissance du livre numérique, et plus largement, quel est votre avis sur l'avenir du livre papier ?
Je n'ai absolument aucune inquiétude. Le numérique a trouvé sa place, il va à mon avis se fixer sur 10 % de l'activité de l'édition. Même si on est en pleine mutation sur plein de sujets techniques, on ne peut pas toucher à un symbole qui remonte à Hammourabi et encore plus loin. Cela aura son utilité directe dans tout ce qui est universitaire et autres, mais le lecteur papier n'est pas prêt de disparaître.
A chaque fois qu'on évoque l'angoisse face au numérique, je réponds "Harry Potter" et "Twilight", et les gamins de 12 ou 13 ans qui sont chacun dans leur coin dans la cour de récréation en train de dévorer des pavés de 800 pages. Il y a toute une génération d'enfants qui arrive à la lecture grâce à ça.
Seriez-vous favorable à vous faire publier sur un support numérisé ?
Dans le domaine de l'édition, il faut que les éditeurs et les auteurs se regroupent, sans que cela devienne un mouvement vindicatif, mais cette chose-là, il faut qu'on la contrôle et qu'on la laisse le moins possible à des géants comme Google et Amazon dont les intentions paraissent souvent pures et innocentes au début et se révèlent être finalement du marketing. Et s'il faut faire du marketing, j'aimerais que ce soit nous, avec les éditeurs, qui nous en occupions.
Il faut laisser en place centrale le lecteur, la création artistique, et les milliers de gens que cela fait vivre. Il y a là un travail à faire d'organisation, il ne faut pas se laisser avaler par ça. Mais en France ça se contrôle à peu près naturellement.
Le numérique, c'est aussi une vraie possibilité de réduire les coûts...
La tentation est assez grande pour un écrivain de penser qu'on pourrait passer par-dessus un éditeur. Avec des ingénieurs on pourrait travailler sur Internet et avoir nos livres directement dématérialisés. On s'ouvre à la mesure de Facebook et ce genre de choses.
Il y a beaucoup d'avantages. On pourrait réduire les intermédiaires mais finalement on se rend compte que les intermédiaires ne sont pas si inutiles, après libre aux écrivains de s'organiser. Et puis le numérique a aussi mis en évidence le problème du prix, qui parfois n'est pas très justifié sur support papier.