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Pierre Bellemare Photo © L'Internaute
Magazine/Marie Bruggeman
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Dans toute votre carrière, il y a surement des choses incroyables qui
vous sont arrivées. Auriez-vous une anecdote à nous raconter ?
Pierre Bellemare : Je l'ai déjà raconté mais cet épisode de ma vie me
revient en tête. Au printemps 1944, je suis scout de France, mouvement de
jeunesse interdit par les Allemands. Pour m'exercer au repérage cartographique,
en compagnie d'un camarade, je suis monté sur le toit d'un immeuble et avec
une carte et une boussole, nous repérons les monuments que nous pouvons apercevoir
et les situons géographiquement. Nous sommes tellement plongés dans notre
travail que nous ne voyons pas qu'un groupe de personnes nous regarde depuis
le boulevard et commence à s'agiter en nous montrant du doigt.
A cette époque, les francs-tireurs sont de plus en plus nombreux en région
parisienne, ce que les Allemands appellent des terroristes. Sans penser que
nous sommes pris pour des résistants, je décide avec mon camarade de redescendre.
Lui rentre rapidement chez lui et moi, arrivé dans l'appartement familial,
je me change et je le trempe la tête dans le lavabo afin d'avoir des cheveux
plaqués (à l'époque, j'avais une vraie touffe sur la tête). Bien m'en a pris
car une demi-heure plus tard, on frappe à la porte. C'est la Gestapo qui
demande à tous les habitants de l'immeuble de descendre dans la rue. Nous
devons défiler devant un groupe de 400 personnes qui sont là pour identifier
des terroristes. Mon père est descendu avec moi et arrive notre tour. Un
instant mon regard a croisé celui des dénonciateurs. J'ai eu la chance qu'ils
ne me reconnaissent pas. Une fois revenu dans l'appartement, mon père qui
ne m'avait jamais touché de ma vie, m'a donné la plus belle paire de gifles
que j'aie jamais reçue.