"Apocalypse bébé" de Virginie Despentes
- "Une Forme de vie" d'Amélie Nothomb
- "La vie est brève et le désir sans fin" de Patrick Lapeyre
- "La distribution des lumières" de Stéphanie Hochet
- "Une Affaire conjugale" d'Eliette Abécassis
- "Une bien étrange attraction" de Tom Robbins
- "Vice caché" de Thomas Pynchon
- "La Carte et le territoire" de Michel Houellebecq
- "Les plumes" de François Ayroles et Anne Baraou
- "Rachel" d'Andreï Guelassimov
- "Apocalypse bébé" de Virginie Despentes
- "Ta Mère" de Bernardo Carvalho
- "Wilson" de Daniel Clowes
Valentine, une adolescente de quinze ans déjà très abimée par la vie a disparu. Sa famille engage une détective pour la retrouver. Mais Lucie n'a, à l'évidence, aucun talent pour retrouver les gamins perdus, qui plus est assez malins pour la semer dans le métro. Condamnée à jouer les privées sans trop d'espoir ni conviction, elle est mise en contact avec une professionnelle de la filature : la Hyène. C'est alors le début d'une quête qui les mènera dans les squats puants de gosses de riche du XVI se la jouant néo-nazi, dans les tours d'une banlieue parisienne ou encore à Barcelone, sur les traces de la jeune fugueuse.
- Apocalypse bébé
- Virginie Despentes
- Grasset
Virginie Despentes fait vraiment très fort. L'enquête qui sert de fil rouge au roman est menée par une lesbienne quadragénaire aussi belle, brutale et vicieuse que sa partenaire est lâche, gargarisée de préjugés et triste de banalité. La plume est abrupte, musclée, capable de décrire avec précision les rancoeurs les plus profondes ou la mélancolie la plus douce.
L'intrigue est parfaitement livrée, l'auteure faisant preuve d'une étourdissante maitrise narrative. Le discours subjectif - "indirect libre" dirait un grammairien - focalisé au gré des chapitres sur chaque personnage offre au lecteur une promiscuité assez rare, presque stomacale, une vraie intimité avec tous les acteurs du roman. Et quels acteurs... : un écrivain germanopratin, un jeune de banlieue désespéré, plus lucide et intelligent que ses professeurs, une bonne soeur espionne... Mais surtout ce défilé jouissif de personnages qui se cristallise sur un éventail de figures féminines contemporaines (l'épouse dévouée, la garce vénale, la trentenaire paumée, la mère dépressive, la marginale magnétique).
Un voyage entraînant, parfois exaltant, parfois poussif, souvent jubilatoire mais jamais grandiloquent. Il y a un peu de Céline dans ce roman, dans cette manière de décomposer les protagonistes et de disséquer leurs sentiments.
Au final, "Apocalypse bébé" laisse une sombre impression de vertige. Un sublime moment de littérature.
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