Romain Monnery
"Un personnage entre frustration et peur de l'avenir"
L'entourage de cet anti-héros le dépeint comme un vrai flemmard. Pourtant, s'il n'a pas beaucoup d'ambitions, c'est un garçon passionné par la musique, le cinéma et la littérature, sans cesse à la recherche de nouveauté. Cette paresse ne cache-t-elle pas plutôt de la frustration ?
On peut appeler ça de la frustration... C'est surtout une forme de vulnérabilité, la crainte de s'exposer. Il fait croire au monde extérieur qu'il ne vaut rien alors qu'en fait il a juste peur de l'échec, il a peur que les gens se rendent compte qu'il n'est pas forcément à la hauteur s'il passe à l'action. C'est vrai qu'il est toujours dans la recherche d'approfondissement culturel mais c'est le problème de ces personnages imbibés de pop-culture, toujours en train de regarder des séries, écouter de la musique, du coup toujours dans l'idéal... C'est une forme de romantisme, et sa confrontation avec le réel est forcément décevante. D'où cette envie de rester en retrait pour se protéger.
© L'Internaute Romain MonneryC'est un peu à l'image de la jeune génération qui sort des études : la peur de l'engagement...
C'est une constance, à tous les niveaux. Dans la vie professionnelle où on espère toujours pouvoir faire plus, avoir plus de bagages, faire plus de stages pour aller vers ce qu'on aime faire... Dans la vie privée, sentimentale, c'est pareil. On a érigé des espèces de modèles culturels au sujet de l'entrée dans la vie active. On est obligé évoquer "Friend's" qui en termes de colocation a fait beaucoup de mal je pense. La vie en collectivité, ce n'est pas " on se retrouve, on fait des gâteaux et on mate le gros tout-nu d'en face", c'est pas facile tous les jours... Mais c'est à l'image de ces jeunes trentenaires qui vivent encore comme des ados et qui ont de plus en plus de mal à devenir adulte. C'est assez symptomatique d'une époque.