La Saint-Valentin approche à grand pas. A cette occasion, L'Internaute vous propose de déclarer votre flamme. Que ce soit à travers vos mots ou ceux d'un auteur célèbre, faites-nous découvrir vos plus beaux poèmes d'amour ! Dossier Saint-Valentin Participez
Les prémices d'une histoire d'amour
Richard Beau, Vittel
A qui est destiné ce poème ?
A toutes les femmes, et notamment aux femmes militaires.
Quel est le titre de poème ?
Les prémices d'une histoire d'amour... (Extrait du carnet de route de Pierre beau, soldat de l'armée de l'air lors de la 2ème guerre mondiale).
Maintenant à vous de déclarer votre flamme en quelques vers et sonnets.(merci de préciser le nom de l'auteur et le livre dont est tiré l'extrait si vous n'en êtes pas l'auteur).
Les prémices d’une histoire d’amour. Extrait du carnet de route de Pierre Beau. Le 30 juillet, je me rendais alors au bureau des opérations afin de me faire enregistrer pour l’établissement d’un ordre de mission et enfin confirmer le message reçu du commandant Mine : « le gradé Pierre Beau sera mis en route par voie aérienne le 1er août ». En entrant dans le hall de l’imposante bâtisse, je croisai des sous- officiers dont le visage de l’un d’eux ne m’était pas inconnu. Il s’agissait du sergent-chef rencontré après le passage de la ligne de démarcation en juillet 42. Il me raconta alors son périple après son arrivée sur la base de Salon de Provence puis, comment il avait rejoint la France libre. Son histoire était très intéressante mais je ne l’écoutais plus vraiment. Et pour cause, il était accompagné d’une charmante jeune femme en tenue militaire qui se présenta comme étant une Auxiliaire Féminine de l’Armée de Terre, accompagnatrice sur le vol Alger-Khartoum. Particulièrement élégante dans la tenue qu’elle avait dû retoucher, son allure générale dégageait une atmosphère très subtile qui me subjugua aussitôt et je fus visiblement séduit par le sourire engageant qui laissait apparaître des dents d’une blancheur étincelante. La bouche pulpeuse de son joli minois, invitait au baiser. Profondément troublé, je lui bredouillai alors quelques mots gentils, mais déjà elle me conviait à remplir rapidement ma fiche d’enregistrement et à rejoindre l’équipage au bar de l’escadrille. En effet, responsable de la bonne tenue des passagers, elle avait reçu pour mission de nous communiquer toutes les informations utiles au bon déroulement du vol. Le soir même, en compagnie d’autres voyageurs, elle nous expliqua comment allait se dérouler l’aller vers Khartoum. Elle parla aussi des risques encourus puisque nous survolerons des territoires plus ou moins hostiles où de nombreux combats avaient eu lieu. Ca et là, des tirs sporadiques de poches rebelles, pouvaient encore toucher des appareils alliés. Elle était singulièrement belle, blonde aux grands yeux étonnamment bleus et faisait partie de ces femmes distinguées au port naturellement gracieux. Le nouveau concept qui permettait l’engagement de femmes volontaires dans les armées l’avait attirée. Il faut dire que l’on avait besoin de toutes les bonnes volontés pour les combats à venir et les femmes n’étaient point exemptes du bon vouloir affiché de nos dirigeants. Pour résumer, déjà bien avant guerre, en juillet 1938, la loi Boncour avait autorisé le recrutement de femmes au sein de certaines unités, et ce n’est qu’après la défaite de juin 40 que des formations de volontaires françaises (F.F.I... ) avaient vu le jour à Londres. Plus tard, suivant l’exemple de leurs aînées, des Combattantes Volontaires Féminines (C.V. f), avaient donné naissance à leur propre statut auprès de régiments du train, puis ailleurs, au sein d’autres formations, notamment en Afrique du Nord, des conductrices, des ambulancières et autres auxiliaires de santé, servaient remarquablement la France. A l’origine, sachons le, ces dernières n’avaient été considérées que comme étant des civiles bénévoles, affublées de tenues militaires sans grade. Et, ce ne fut qu’en janvier 1944, qu’un décret, stipulant la création officielle de corps composés de femmes, fut publié au journal officiel. Ainsi trouvait-on crescendo, des auxiliaires féminines issues des premières (F.F.I... ), des secondes (C.V.F... ), puis d’anciennes déportées et de certaines femmes venant des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F. i). Pour Shirley, c’était son prénom, cela avait été plus compliqué puisque volontaire depuis le 1re mai, elle avait fait l’objet d’un avis médical défavorable pour une légère douleur à la cheville. Puis, par la suite, une contre expertise demandée par un supérieur attentionné, l’avait rendue apte à l’engagement. Mais c’était sans compter la mauvaise volonté de certains. Ainsi, le premier rapport avait fait son chemin et avait été transmis aux différents bureaux hiérarchiques avec l’avis défavorable. Elle avait dû batailler plus que de raison pour obtenir satisfaction et la rectification de l’avis technique auprès de personnels administratifs n’avait pas été simple. En effet, me disait-elle, des personnes mal intentionnées, malveillantes ou jalouses de sa candeur et de sa beauté, avaient tout fait pour l’évincer. En tout cas pour l’heure, grâce à l’intelligence et la haute bienveillance d’un colonel, elle était parmi nous et exerçait son métier d’une manière tout à fait remarquable. Toute la soirée, à la suite de l’exposé brillant sur nos conditions d’embarquement et de vol, nous restâmes seuls, et, appréciant l’instant, tout en fumant des cigarette américaines elle me raconta sa vie. Née d’un père américain et d’une mère française, elle avait passé toute son enfance en Suisse du côté de Berne. Après l’année qui avait suivi la débâcle de juin 40, ses parents s’étaient séparés. Son père, représentant de commerce et dont les affaires périclitaient, était retourné vivre aux Etats-Unis tandis que sa mère, désormais seule, tirant le diable par la queue, lui avait fait comprendre qu’à vingt ans, il était temps qu’elle prenne son avenir en main. C’était la raison pour laquelle, un beau matin de juillet 42, elle avait franchi la frontière pour se rendre en France alors que tant de réfugiés essayaient de faire l’inverse. Elle avait travaillé alors quelques temps comme agent de nettoyage puis comme aide soignante dans un hôpital de Nîmes. C’est à ce moment là qu’elle connut un malade d’un certain âge qui, après sa guérison lui offrit, en tout bien tout honneur, le gîte et le couvert. Il habitait en pleine garrigue dans une petite bergerie entourée de vigne et de lavande. Le cadre était idyllique et si beau qu’elle appréciait ses conditions de vie, certes spartiates mais tellement agréables dans ce coin de paradis. Les mois passèrent et tout en prenant son service à l’hôpital, elle s’occupait des vignes et des chèvres de son hôte lorsqu’un jour, en mars 43, elle fut arrêtée par des allemands en manœuvre dans ce coin de ciel bleu. Ses papiers n’étaient pas en règles et au vu des documents indiquant ses origines américaines, elle fut malmenée et transférée brutalement par des hommes en armes. La Kommandantur, en liaison avec la police française, était là pour régler, souvent de manière expéditive, ce genre de problème, lui avait-on dit. De plus amples investigations seraient à effectuer. On l’avait pris pour une espionne. Elle venait de se rendre compte de la cruauté des boches et, restée coincée dans un trou à rat pendant plus d’une quinzaine de jours, elle avait comprit alors qu’elle n’avait plus aucun avenir dans cette France occupée. Relâchée à la suite d’un interrogatoire musclé, elle retourna à la bergerie, fit son sac, remercia son hôte et s’empressa de quitter l’endroit avec des papiers sur lesquels avait été apposé un cachet affichant l’aigle du Reich. Son nom avait été transmis au commissariat. Dorénavant, elle se savait fichée. La fuite devenait alors son seul salut. Elle avait pris la direction des Pyrénées et grâce à un réseau de passeurs, elle avait rejoint l’Espagne de Franco. Le voyage à travers la péninsule ibérique par l’ouest n’avait pas été une sinécure mais son arrivée à Gibraltar lui avait permis de rejoindre le Maroc et enfin l’Algérie où aujourd’hui, je faisais sa connaissance. Quel parcours ! Elle faisait partie de ces femmes courageuses qui méritaient louange et grand respect. Je lui en faisais d’ailleurs part, mais modeste, elle riait de son aventure et me faisait savoir qu’elle n’avait rien fait d’extraordinaire. Pour tout dire, son histoire très prolixe, m’envoûta complètement et tandis que nous quittions le bar de l’escadrille, au doux zéphire de cette nuit d’été, je lui pris la main comme pour lui dire que je la soutenais dans ses choix, que j’étais sous le charme et que je la trouvais merveilleuse. Quitter sa famille, même si cela avait été un peu par obligation, travailler durement à l’hôpital de Nîmes, se faire arrêter par des allemands à l’allure cruelle puis effectuer un parcours particulièrement mouvementé et enfin s’engager au service de la France, représentait pour moi, le summum d’une performance exceptionnelle. Tout mon être, au paroxysme d’une admiration totale, tout à coup, se rapprocha d’elle et nous échangeâmes un baiser plein de promesse. Mon Dieu, j’en étais encore tout retourné ! Rempli d’un bonheur immense, devant son baraquement, je la quittai en fredonnant l’air d’une vielle opérette : « Ces envoyés du paradis sont des mascottes, mes amis. Heureux celui que le ciel dote d’une mascotte… » (Audran 1881). La nuit fut agréable et de délicieux rêves envahirent tout mon esprit….