Noël est pour beaucoup un moment plein de magie. De nombreuses histoires où se mêlent lutins, elfes, fées sans oublier l'indétrônable Père Noel, viennent égayer l'imaginaire des petits et des grands. L'Internaute Magazine vous propose d'écrire et de déposer votre conte de Noël. Tous à vos ordinateurs !
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Hognoul
Ghislain Bouvy
, Erezée
le 20 décembre 2010
Faites rêver les lecteurs, publiez votre plus beau conte de Noël.
Hognoul
La voiture était une limousine noire, aux sièges confortables. Comme souvent pour les taxis, c'était une Mercedes, elle était puissante, agréable à mener. Seul le ronronnement chaleureux presque imperceptible du moteur donnait signe de son fonctionnement. Cette nuit là, il devait être aux environs de vingt trois heures trente, je revenais d'une course à l'aéroport de Bruxelles où j'avais déposé Monsieur Maxime de l'hôtel Bedford, sis quai de Maestricht. Tous les mois ce libanais me demandait à la centrale pour le conduire à son avion de Beyrouth. Nous avions un point commun, nous étions tous les deux passionnés par les coléoptères. Et tout le long de la route c'était d'interminables discussions, lui sur les chasses des hautes plaines de la Bekaa, et moi sur mes plateaux ardennais . J'aimais beaucoup le conduire et comme il avait le pourboire généreux, c'était tout bénéfice. Son seul défaut était d'apprécier les bons cigares et, malgré l'interdiction de fumer dans la voiture, chaque fois je l'autorisais à satisfaire cette autre passion. Cela m'obligeait de m'arrêter sur le chemin du retour pour désodoriser l'intérieur du véhicule, j'aimais que la voiture soit le plus vite possible "clean " pour le client suivant. Il m'avait laissé dans le coin de la banquette, deux grandes "peluches" pour les enfants, un âne gris avec une crinière noire du plus bel effet et un bœuf blanc, c'était encore chez lui les symboles de l'agriculture traditionnelle...
A à la hauteur de Tirlemont je quittai l'autoroute pour nettoyer la voiture sur un parking de ma connaissance. Là, les boulets sauce lapin étaient de première "bourre". Dès le nettoyage terminé je comptais bien mes les offrir accompagnés d'une portion de frites sauce tartare, avant de rentrer sur Liège...
Je venais de redémarrer sous une pluie battante, repus de ce repas lourd et roboratif, lorsque subitement une ombre sur le bord de la chaussée me fit signe. Instinctivement je freinai et m'arrêtai, la fille monta et me cria sur un ton un peu crispé, Liège, s'il vous plait , Boulevard de la Constitution. Puis elle s'enfonça dans le coin droit de la banquette. Je l'observai dans le rétroviseur, mouillée comme un chaton tombé dans la rivière... -. Désirez-vous une serviette pour vous essuyer, voulez-vous que j'augmente le chauffage, lui demandais-je... -. Oui volontiers, merci, ce n'est pas de refus. Elle se pencha, prit la serviette que je lui tendais par dessus le siège, et commença de s'essuyer les cheveux. Je la voyais bien grimacer de temps en temps, mais comme elle ne disait rien, je continuais à rouler. Pendant un moment seul le chuintement de l'eau sous les roues troublait le silence. La douce chaleur légèrement parfumé à la lavande, distribuée par le conditionnement d'air créait dans l'habitacle la sensation d'un cocon hors du temps. La succession des lampadaires oranges de l'éclairage routier avait un effet hypnotique, j'étais, tout en étant lucide, dans un état second. Nous devions être à la hauteur de Hognoul lorsque, après une grimace plus violente, elle cria -... "Arrêtez-vous, arrêtez-vous tout de suite, nous n'aurons jamais le temps d'atteindre la Maternité. Je crois que je suis en train d'accoucher ici". Je me garais en catastrophe, tous feux de détresse en action, passais un coup de fil à la centrale et je me précipitais tout paniqué vers la porte arrière après avoir pris au passage la couverture de survie se trouvant dans le coffre. Mais je n'ai pas eu besoin de l'aider, le cri aigu de l'enfant prenant sa première bouffée d'air, les traînées sanglantes sur les sièges de cuir crème donnaient à l'arrière de mon véhicule l'aspect d'un hôpital de campagne. Je les emballai chaudement tous les deux, l'un tenant l'autre, l'un essuyant l'autre avec des kleenex. Sur ces entrefaites, la protection civile, giratoires en action, se gara derrière le taxi. Nous étions le soir du vingt-quatre décembre, l'église de Hognoul venait de sonner Minuit. Nos feux clignotants sous la pluie scintillaient comme une multitude d'étoiles, comme un arbre de Noël tout illuminé. L'enfant et la mère engoncés dans la couverture, s'étaient endormis, surveillés par les deux peluches, on aurait dit qu'elles regardait le couple ainsi constitué d'un regard attendri. Le lendemain dans mon quotidien "La Meuse", j'apprenais que l'heureuse maman, ma passagère d'un soir, s'appelait Marie-Noëlle .
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