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RENCONTRE
 
30/09/2006

"Je suis un habitant de la mer"

Son handicap, l'association "Bout de vie", ses projets, ses défis... Frank Bruno est venu raconter ses expériences de marin et de plongeur professionnel lors d'un chat empli d'optimisme et d'humour sur L'Internaute Magazine.


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Pourquoi avoir tenu à réaliser cette traversée ?

Tout simplement pour prouver que malgré le handicap, on peut se dépasser. Les malheurs qui nous arrivent ne sont pas des punitions, mais des défis à relever (après tout, pourquoi écoutons-nous de la musique, pourquoi regardons-nous un tableau...?).

 

Lors de votre traversée de l'Atlantique, quel a été le moment le plus difficile ?

Le moment le plus difficile a été le 40ème jour, lorsqu'une vague est venue nous faucher. Le safran a été décapité et il a fallu trouver l'énergie et la volonté pour pouvoir réparer cette avarie.

 

"Les malheurs qui nous arrivent ne sont pas des punitions, mais des défis à relever."

Quel est votre meilleur souvenir de votre traversée à la rame ?

L'arrivée !

 

Pourquoi avoir choisi le duo pour la traversée de l'Atlantique ?

C'était une course organisée par les Britanniques, avec 26 équipages valides, en double. Notre but était de pouvoir rivaliser avec les "non-différents".

 

A quoi pense-t-on lorsqu'on est au milieu de l'Atlantique ?

A tous les gens qu'on a laissés à terre, et surtout à tous ceux qui croient que par le handicap, la vie est finie. On a pensé beaucoup à eux.

 

Quelle préparation physique et mentale avez-vous suivi avant de vous embarquer ?

La première préparation physique fut nos accidents respectifs ! Puis 22 mois ont été nécessaires à des exercices aussi bien physiques, psychiques que mentaux et spirituels pour comprendre les mécanismes que nécessitent autant d'efforts.

 

Préparation spirituelle ? C'est-à-dire ?

La dissociation du corps et de l'esprit n'est absolument pas développée en Occident et de par mon expérience, par un travail sur soi de réflexion, de respiration, et du pourquoi nous sommes ici, plein de lumières apparaissent et nous guident tous sur un chemin bien obscur.

 

Avez-vous connu des moments de désespoir ? Qu'est-ce qui vous a permis de continuer ?

C'est toute cette énergie à terre (famille, amis, inconnus), nos anges gardiens nous ont portés au-delà de l'Atlantique.

 

Comment est venue ce défi ? A quel moment ? Dans une phase de souffrance ou plutôt de reconquête de la vie ?

L'idée du défi nous a été amenée par la rencontre de Jo Le Guen, lors du premier stage de plongée de l'association "Bout de vie" à Bonifacio. La vie n'est qu'une conquête.

 

"La mer m'apporte la paix. La vérité."

Quelle a été la réaction de vos proches lorsque vous leur avez parlé de votre projet ?

Ils ont l'habitude de ce style d'aventures !

 

A quels grands marins vous identifiez-vous et pourquoi ?

Je ne m'identifie à aucun marin... Chacun sa légende !

 

Quels étaient les sujets de conversation les plus fréquents lors de la traversée ?

On parlait du passé, du présent, du futur.

 

Qu'est-ce que la mer vous apporte ?

La paix. La vérité. La mer est un vrai miroir qui reflète l'âme d'enfant qui est au fond de nous tous.

 

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que vous alliez être amputé ?

Je n'ai pas appris que j'étais amputé, je n'ai pas eu le choix, l'accident m'a arraché la jambe. Au départ, j'ai mal réagi, car j'étais isolé... C'est pour cela que j'ai créé l'association "Bout de vie".

 

Après votre accident, avez-vous réussi à rebondir tout de suite ?

Non. Il m'a fallu trois années avant de me retrouver au CREPS et sortir major de promotion au monitorat de plongée. A partir de ce moment là, j'ai compris que je n'étais pas handicapé, mais juste "différent".

 

Le choix du nom "Cabochard", c'est un clin d'œil à votre physique ?

C'était le bateau de mon père. Et c'est un nom qui ne me va pas trop mal, c'est vrai !

 

Vous vous percevez comme un sportif, un ambassadeur de la cause des amputés, un marin ? Peut-être les trois ?

Un petit peu des trois, et aucun des trois. Juste un homme libre et heureux de vivre l'instant présent.

 

"Mon prchain objectif ? Le Cho Oyu, à 8 201 mètres d'altitude !"

C'est vrai que lorsque vous avez voulu passer votre monitorat de plongée, beaucoup ont tenté de vous en dissuader, y compris dans ce milieu sportif ?

C'est vrai. Etre éducateur en France, ce n'est pas évident quand on a une différence.

 

Que propose votre association pour les personnes amputées ?

Un stage estival gratuit de plongée sous marine, chez moi, en Corse du sud. Et un stage hivernal, également gratuit, de ski alpin à Sauze d'Oulx, en Italie. Et surtout, l'association permet une rencontre permanente avec des personnes encore trop isolées.

 

Est-ce d'abord pour vous que vous faîtes tout ça ou pour donner de l'espoir ?

C'est certainement une thérapie pour moi. Et c'est tellement bon de tendre la main à quelqu'un qui n'y croyait plus.

 

Où trouvez-vous la force pour mener à bien toutes vos aventures ?

Nous ne sommes que de passage sur terre... La vie est un cadeau, chaque instant est une huile essentielle, indispensable. VIVRE !

 

Vous considérez-vous comme un exemple ?

Nous sommes tous des exemples !

 

Alors, rien ne vous effraie ? Vous relevez tous les défis ?

Tout m'effraie. Un dicton indien dit "L'homme courageux côtoie continuellement la peur"...

 

Qu'avez-vous à dire aux handicapés qui se sentent prisonniers de leur corps ?

Il faut dissocier le corps et l'esprit. La prison a toujours une porte, alors trouvez la clé pour l'ouvrir. Elle n'est pas loin, juste au fond de votre âme.

 

Avez-vous déjà souffert du regard des autres ?

Souvent... Que dire d'autre ?

 

Quelle a été votre plus belle expérience en mer ?

Ma plus belle expérience en mer fut ma première plongée quelques semaines juste après mon accident.

 

"Ma plus belle expérience en mer fut ma première plongée quelques semaines juste après mon accident."

Hormis les sports de mer, quels autres sports aimez-vous pratiquer ?

Le ski extrême, l'escalade, la chute libre, les randonnées en montagne, le triathlon, et le farniente...

 

Que pensez-vous des affaires de dopage qui secouent le monde du sport ?

Pour moi, mon dopage, c'est l'amour des autres.

 

Psychologiquement ou / et physiquement, avez vous craqué au cours de la traversée ?

Non. Mais on a beaucoup pleuré, beaucoup ri, beaucoup pensé. C'était une remise en question quotidienne.

 

Conseilleriez vous cette expérience à d'autres, frappés du même handicap ?

Non, à chacun sa légende.

 

Vous avez un parcours hors du commun... Comment votre entourage vous perçoit-il ?

Comme un cabochard ! Je suis déterminé, et je pense qu'à tout problème, il y a une solution.

 

Vous avez beaucoup voyagé. Quelle sera votre prochaine destination ?

L'île de Rodrigue, pour une chasse au trésor sous marine, nommée "Objectif Atlantide". Il y aura trois plongeurs à la recherche d'un trésor fictif. Nous serons 16 équipes. Mes co-équipiers seront Dominique Benassi et Bixente Lizarazu. Au printemps 2008, je tenterai l'ascension du Cho Oyu, à 8 201 mètres, à la frontière chinoise.

 

C'est quoi, votre rêve, maintenant ?

Voir le monde heureux, sans guerre !

A votre avis quel regard ont les Français de l'amputation ?

Je pense qu'il y a encore beaucoup d'ignorance. Des pays anglo-saxons, comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les USA la perçoivent beaucoup mieux.

 

Avez vous déjà eu envie d'arrêter ?

De vivre, non !

 

Aviez-vous une prothèse pendant la traversée ?

Oui, avec une cheville articulée, spécialement conçue pour l'aviron.

 

Vous êtes plongeur à l'origine, pas marin... Avez vous plongé pendant votre traversée ?

Non, on faisait une course ! Je ne suis pas un marin, juste un habitant de la mer.

 

Comment avez vous fait pour entreposer de la nourriture pour tant de jours pour deux sur un petit bateau ?

Nous avons mangé de la nourriture lyophilisée pendant deux mois... C'était un petit peu difficile à la fin !

 

Combien de temps a duré le Défi Atlantique ?

54 jours, 3 heures et 32 minutes !

 

Vous avez voyagé dans le monde entier. Dans quel pays n'avez vous pas souffert du regard des autres ?

Dans le pays des rêves !

 

"Je ne suis pas un marin, juste un habitant de la mer."

Etiez-vous en contact avec vos proches lors de la traversée ?

Régulièrement. Quotidiennement par le net, et deux à trois fois par semaine par le téléphone satellitaire.

 

Vous organisez vous-même des stages de plongée ?

Affirmatif ! C'est mon métier.

 

A quand d'autres traversées, en solo ?

Pour l'instant, aucune n'est projetée. Mon objectif, c'est le Cho Oyu !

 

Pensez-vous que Lizarazu soit aussi bon en plongée qu'en surf ?

Il est pas mauvais du tout, niveau 3 pour les connaisseurs.

 

Quelle est l'objectif de votre association ? Quels sont ses projets ?

Continuer à organiser des stages sportifs, des rencontres, la médiatisation de l'amputation... Bien sur, tout ceci nécessite énormément de fonds, et nous sommes toujours à la recherche de particuliers ou d'entreprises pour nous rejoindre dans cette croisade.

 

Jo Zef, c'est qui ? Un membre de l'équipage ?

C'est une mascotte, un petit koala habillé en marin, avec une grosse pancarte pour préciser : "chu pas une peluche, ok ?". On ne se prend pas au sérieux !

 

Quel message souhaitez-vous faire passer ?

Tout être humain a une âme dans laquelle scintille une petite lumière. Ni la race, ni la religion, ni la différence ne peut l'altérer, ôtez la nuit et laissez jaillir la lumière ! Rejoignez-nous sur le site Internet www.boutdevie.org, une montagne n'est gravie qu'un pas après l'autre. A bientôt pour d'autres balades !

Merci à Frank Bruno et à vous tous d'avoir participé.

 

» Et aussi Le portrait de Frank Bruno

En savoir plus sur www.boutdevie.org

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