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Racontez-nous vos débuts dans la photographie animalière...
A l'âge de 21 ans, j'ai eu un flash pour la photographie et je me suis mis à chercher des sujets. Au départ, je photographiais des gens, puis, parce que j'ai grandi en banlieue, j'ai ressenti un manque de nature. C'est pourquoi j'ai commencé à prendre des photos en extérieur. Je me rendais dans des parcs et prenais en photo des fleurs, tout en apprenant la technique dans des revues spécialisées. Mais cela ne m'a pas convenu. Ensuite, j'ai fais un voyage en Vanoise et j'ai photographié mes premiers animaux : des marmottes. Puis je me suis rendu en Afrique de l'Ouest car je commençais à avoir le voyage dans les tripes. Un jour, par hasard, dans un parc africain, j'ai photographié des éléphants. J'avais trouvé ce qui me plaisait vraiment. J'ai donc découvert la photographie d'animaux sauvages en 1986, soit dix ans après mes débuts de photographe. Cette activité était l'alchimie entre mes trois passions : la photo, les voyages et le contact intime avec la nature sauvage.
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Quels ont été vos premiers sujets photographiques ?
Au début, je faisais un voyage par an. Je suis allé au Rwanda et au Zaïre, où la rencontre avec des gorilles m'a beaucoup marquée, puis en Tanzanie et au Kenya, ainsi qu'en Asie et en Amérique de Sud. Mon but n'était pas de faire du tourisme mais de photographier des animaux sauvages. Puis j'ai enchaîné 2, 3, 4, voire 5 voyages par an et cela était difficile à concilier avec mon activité salariée. J'ai commencé à avoir une belle collection d'images animalières et un ami m'a proposé de rentrer dans une agence photo. L'agence Bios a trouvé que j'avais du potentiel, surtout parce que mes sujets étaient souvent assez insolites. J'ai alors acheté du matériel professionnel, ce qui coûte très cher, plutôt que de changer de voiture. Puis j'ai décidé de faire des reportages animaliers pour la presse spécialisée, un travail plus en profondeur. Mes premiers ont été réalisés au Venezuela, dans la région des Llanos, où la biodiversité est exceptionnelle. J'ai alors réussi à vendre des reportages sur l'anaconda et l'ibis rouge.
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Au cours de vos voyages et de vos reportages, avez-vous déjà eu peur au contact d'animaux sauvages ?
J'ai vraiment eu peur à trois reprises. La première fois, j'ai fait une erreur de débutant et je me suis aperçu que le rhinocéros n'était pas du tout un animal placide. Alors que je photographiais un petit, je me suis fait charger par sa mère. Une autre fois, j'ai mis un hippopotame en colère parce que j'avais transgressé les règles de prudence et de respect des animaux. Il est essentiel de respecter une certaine distance pour ne pas effrayer les animaux. C'est pour cela que les photographes d'animaux sauvages utilisent des téléobjectifs.
J'ai particulièrement craint pour ma vie au Venezuela, lors de
mon reportage sur le serpent anaconda. Une femelle zébu, qui pesait au moins 150 kg m'a attaquée. J'étais tétanisé, je ne pouvais pas m'enfuir. Je me suis allongé pour faire le mort et elle m'a donné des coups de corne. Finalement, je me suis mis à courir de toutes mes forces. J'ai été blessé par ses cornes et j'avais les jambes lacérées par les épineux dans lesquels j'avais couru. Il faut prendre conscience que, dans la nature, on est des intrus sur le territoire des animaux, et se faire discret.
Utilisez-vous des techniques d'approche des animaux sauvages similaires à celles des chasseurs ?
Les mammifères sont particulièrement difficiles à approcher car ils ont un odorat très développé. Les oiseaux, eux, ont une bonne vision, il ne faut donc pas trop bouger lorsque l'on est à l'affût. Par exemple, pour approcher l'ibis rouge, j'ai mis plusieurs semaines avant de pouvoir débuter les photos. Certains photographes utilisent des appâts pour attirer les oiseaux, moi ce n'est pas mon cas. Avant de débuter un reportage, j'observe le terrain pendant un ou deux jours. Puis je monte une tente qui servira d'affût, là où il y a des concentrations d'oiseaux. Il faut habituer progressivement les animaux à la présence de la tente, même si elle est bien dissimulée, car si l'on bouleverse trop le biotope, les oiseaux ne viennent plus. Jour après jour, j'avance la tente pour finalement être à portée d'objectif des oiseaux. Je rentre dans l'affût avant qu'ils ne soient là, pour ne pas les déranger. Je peux alors prendre des photos de comportement animal de grande qualité, avec un trépied.
Quel est le reportage animalier qui a été le plus difficile à réaliser ?
Il s'agit du reportage sur l'anaconda. J'étais fasciné par cet animal mythique qui est le plus gros des serpents. Il est très difficile de l'observer car il disparaît sous l'eau dès qu'on l'aperçoit. J'ai fait une dizaine de voyages sur sept ans pour photographier l'anaconda dans tous ses aspects, tels que la reproduction et la chasse. Un biologiste, le spécialiste mondial de ce serpent, m'a fait bénéficier de sa science pour comprendre cet animal. Nous avons échangé nos savoirs puisque je lui fournissais des images pour ses recherches. On gagne du temps lorsque l'on travaille avec des scientifiques spécialistes de la faune locale. Mon travail a abouti sur un reportage rare car le sujet était en lui-même exceptionnel. Parmi les centaines d'images que j'ai prises, j'en ai sélectionnées 80 dont la moitié ont été publiées dans des magazines. Néanmoins, le sujet a été difficile à vendre car il pouvait provoquer des réactions phobiques chez les lecteurs.
Quels sont vos projets en tant que photographe ?
Je vais bientôt stopper mon activité professionnelle pour me consacrer uniquement aux reportages animaliers, en particulier sur des sujets insolites et dans des endroits tropicaux. Mes prochaines destinations sont les Philippines, le Sri Lanka et la Nouvelle-Zélande.
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