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Interview
Juin 2007
"Prendre le large en face de chez moi"
Pourquoi avez-vous décidé de réaliser un reportage sur un marin-pêcheur ? Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais pour moi de « pourquoi »… J'ai simplement réalisé ce reportage photos il y a un an après avoir définitivement intégré l'idée que l'on pouvait très bien partir à l'aventure tout près de chez soi, sans forcément partir au Tibet, au Japon, au Mali, dans le Sahara, ou dans tous les autres pays où j'ai voyagé dans le passé. J'aime la mer, je suis né à Marseille, alors quoi de plus naturel de « prendre le large » en face de chez moi ? Et c'est ce qui est arrivé : je n'ai passé qu'une partie de la nuit et une matinée sur les 3 mètres de long du « pointu » (le bateau en bois marseillais) de Philippe, et je me suis senti tout aussi dépaysé qu'en Himalaya ou dans le Sahara !
Là non plus, ce n'est pas moi qui l'ai « choisi », c'est peut-être l'inverse… Mais je dirais quand même grâce à sa « gueule » de pêcheur, sa « gueule » de vrai marseillais… Je ne le connaissais absolument pas, je me promenais un matin sur le Vieux Port à Marseille, mon appareil photo en bandoulière, je lui ai parlé, et je lui ai demandé s'il accepterait de m'emmener avec lui sur son petit bateau. Il a dit « oui » tout de suite et la nuit suivante, nous embarquions ! Depuis, c'est devenu un véritable ami, avec qui nous partageons beaucoup de choses, malgré toutes nos différences… C'est donc plus qu'une rencontre, c'est un autre voyage : toutes nos rencontres ne sont-elles pas d'ailleurs autant de voyages ? Est-ce qu'il a été difficile de se plonger dans son univers ? Non, au contraire : il faut croire qu'à force de rencontrer d'innombrables peuples de la planète (nomades tibétains, touaregs du Sahara, montagnards de Roumanie, shintoïstes du Japon, Peulhs du Mali, etc.), j'arrive à chaque fois à m'adapter à toutes les situations… Le plus dur a été de me faire tout petit sur son si petit bateau, et le plus formateur a été que Philippe, le patron-pêcheur, ne m'a pas du tout aidé pour prendre toutes ces photos pendant notre virée en mer : il était là pour travailler, pour pêcher, et moi, spectateur, chahuté de droite et de gauche, sur un bateau de 3 mètres de long, éclaboussé par les vagues et les oreilles meurtries par le bruit du moteur… Qu'est-ce qui vous a le plus marqué lors de cette sortie en mer ? D'abord les heures que nous avons passées ensemble, en pleine nuit, au port, pour « démailler » ses kilomètres de filets. Plus de 4 heures : la pêche, ça se mérite… Puis, la concentration de Philippe tout au long de notre virée en mer (par exemple pour lancer ses filets à des endroits très précis), la dimension très physique de son travail, la rapidité avec laquelle il doit travailler pour livrer tous ses poissons avant midi aux restaurants du Vallon des Auffes, à Marseille.
D'innombrables choses, comme à chacune de mes rencontres, comme à chacun de mes voyages…En l'occurrence, que tout a un prix, que c'est un travail très dur, ingrat : depuis notre rencontre, je ne mange plus de poisson de la même façon… Et que, chacun à notre façon, nous sommes tous deux des aventuriers, des hommes de Foi… Que souhaitez-vous montrer à travers ces photos ? Au moment où j'ai pris ces photos et comme toujours dans mon travail de photographe, rien de précis, rien de calculé à l'avance : je pars à l'inconnu, j'embarque, je m'en vais, l'appareil photo en bandoulière, c'est tout. Aujourd'hui, un an après, quand je regarde ces photos, je me dis que j'ai très bien rendu l'atmosphère, l'ambiance de travail d'un vrai pêcheur sur son bateau, je suis fier d'avoir rendu hommage aux hommes de bonne volonté, et aux pêcheurs en particulier. Vous faites surtout des photos de voyage, ce reportage sur un pêcheur est-il une exception ? Oui, et j'espère avoir d'autres occasions de partir en voyage…en restant tout près de chez moi ! En tant que photographe, êtes-vous inspiré par le milieu maritime ? Oui, je m'en suis rendu compte dans les mois qui ont suivi ce reportage photos au bout d'un moment, pendant toutes mes marches en Himalaya, dans le Sahara, au Mali, en Crète, au Japon, au Maroc, en Roumanie, (et en France !) la mer, le parfum de l'iode, le cri des mouettes rieuses, les îles au large de Marseille, les calanques, tout ça me manque… Sans compter que je suis fils de marin, et en plus, d'un marin breton… Je suis né au bord de la mer, et, comme le dit souvent Philippe lui-même : «Si tu m'enlèves la mer, je meurs…» Quels sont vos futurs sujets ? J'arrive d'un reportage photos « marathon » de 15 jours au Maroc, et je suis encore un tantinet « essoufflé »… Je n'ai pas de projet pour l'instant, et d'ailleurs, ayant l'âme d'un aventurier, je ne vois jamais très loin dans le temps : comme un marin, je vais où le Vent me porte. De toute façon, c'est plutôt les pays et les reportages qui me choisissent que l'inverse. Et qu'on le veuille ou non, on ne peut qu'avancer…
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