Sur quelle mer naviguiez-vous quand la tempête vous a surpris, à quelle époque de l'année était-ce ?
A l'époque je partais parfois en mer avec des amis anglais qui faisaient des charters en Méditerranée (promenaient les gens) à bord de leur vedette hollandaise. Cette fois-là, nous étions partis avec un authentique Baron à bord, nous avons été à Cannes, aux Iles de Lérins, puis à Port-Cros. C'est en revenant que le temps a commencé à se gâter, nous étions en train de manger sur le Pont, il se mit à pleuvoir assez fort. Petite fille de capitaine, faisant de la voile, je commençais à encorder tout ce qui pouvait rouler ou tomber, et je mis les 3 chats à l'abri. Les autres se moquèrent de moi, mais la tempête devint rapidement plus violente, le gouvernail était cassé en partie, il n'y avait presque plus de fioul à cause d'une fuite dans le réservoir... et pour comble, la radio avait lâché !!! Plus de dinghy non plus!!! Je fis des prières !!! Le capitaine se jeta à l'eau pour essayer de récupérer sa moto (il n'avait pas souhaité que je l'attache), on le récupéra avec la force du désespoir, à bout de bras. Pendant qu'il "s'organisait", il me demanda de tenir la barre, ce qui n'était pas évident vu les vagues qui grossissaient de plus en plus, j'étais verte, mais je m'en sortais plutôt bien. Le Baron pendant ce temps pompait le fuel restant avec une paille, ça c'était drôle. C'est alors qu'entre les nuages, j'ai repéré des avions et aussi des silhouettes d'immeubles qui étaient illuminés : Nous nous trouvions très au large de Saint-Laurent du Var (Aéroport de Nice)! Finalement on s'est laissés dériver jusqu'au port de Saint-Laurent où l'on est entrés vers 2 H du mat' en s'aidant de "gaffes" et en demandant de l'aide à haute voix. Le capitaine du port ouvrit les toilettes rien que pour nous, on était couverts de mazout, de sel, crevés... mais vivants. Juste après, j'ai cuisiné un couscous à bord pour réchauffer tout le monde avant d'aller dormir, et le lendemain matin, Monsieur le Baron a pris un train pour regagner Menton ou Monaco. Je me demande encore s'il est remonté dans un bateau depuis. Il était très marrant et sympa. En fait, à présent c'est un super souvenir, mais ça aurait pu très mal tourner.
Qu'avez-vous ressenti ? Quel était votre état d'esprit ?
D'abord du sang-froid (faire vite tout ce qui peut être fait), puis de la terreur (quand j'étais à la barre) tout en faisant de mon mieux, puis du courage en me disant qu'on n'allait pas tous "s'arrêter" là.
Qu'est-ce qui vous a alors le plus impressionné ?
Le "capitaine" du bateau n'a pas vraiment réagi comme il aurait du le faire. (il a d'ailleurs eu un autre problème aux Etats-Unis par la suite, et là le bateau a coulé... par beau temps) Il n'avait pas été prévoyant non plus. Les vagues énormes m'ont fait très peur. La mer peut être très mauvaise en Méditerranée...
Avez-vous une idée de la force du vent et de la taille des vagues ?
Le vent était bien force 5 ou 6 et les vagues déferlantes énormes comme des maisons de 2 ou 3 étages. C'était vraiment grave.