A bord d'un voilier, d'un paquebot ou de tout autre bateau, vous avez vécu un événement qui n'était pas prévu au programme. Racontez-nous cette anecdote.
Expliquez-nous le contexte dans lequel vous vous trouviez (lieu, date, entourage...)
Il y a 20 ans, nous (mon épouse et nos trois jeunes fils) remontions en voilier de 11 m sur les côtes est de la Sardaigne pour rentrer à la fin de nos vacances d'été au port d'attache de Gruissan. Un coup de mistral venait de se déclencher : 9 Beaufort dans les Bouches de Bonifacio et sur le Cap Corse. Nous décidons donc de passer 50 miles à l'est des Bouches en allant de l'île de la Tavolara (Sardaigne) vers l'archipel toscan à l'île de Giglio.
Racontez-nous cet épisode et ses éventuelles répercussions.
Bien que suffisamment à l'est des Bouches, la houle était très forte et courte, de l'ordre de 2 à 3 m, au bord du déferlement. Le pilote automatique n'arrivait pas à gérer la situation créée par la mer forte de trois quarts arrière sur bâbord. J'étais obligé de barrer à la main. Dans un coup de roulis suivi d'une aulofée, mon second fils perd ses lunettes de soleil à la mer et voulait les récupérer. C'est alors que nous apercevons une famille d'orques (une dizaine) en train de se repaître d'un banc de thons qui remontait dans le golfe de Gênes. Les thons sautaient désespérément dans tous les sens pour échapper à leurs prédateurs. Mais les orques veillaient en les maintenant réunis et en sautant deux à trois fois plus haut que les thons pour les effrayer par le choc qu'ils faisaient en retombant à plat dans l'eau. C'était horrible et nous craignions qu'une orque "maladroite" ne retombe sur le bateau ! C'était un véritable carnage et nous prenions en pitié les thons qui d'ordinaire ne sont pas "plus sympathiques que ça". Un peu plus loin alors qu'il n'y avait plus de risques, nous sommes passés dans une flaque de sang dont le diamètre était un peu supérieur à la longueur du bateau malgré les vagues qui brassaient la mer. Au milieu de la flaque visqueuse il y avait des cubes de chair de 3 à 5 cm de côté. Quel spectacle ! Les enfants n'ont toujours pas oublié. Les orques ne viennent qu'exceptionnellement en Méditerrannée. A peu près 10 minutes après l'épisode de la flaque de sang, nous avons failli heurter à 7 noeuds un cachalot, qui sommeillait, plus long que le bateau. Heureusement il nous a aperçu à une vingtaine de mètres avant que nous ne le voyions et d'un coup de queue s'est éloigné suffisamment pour passer le long de notre bord. Nous avons "serré les fesses" en espérant qu'il ne donne pas de second coup de queue pour s'éloigner un peu plus. L'effet en eût été catastrophique pour le bateau et pour nous qui n'aurions pu recevoir de secours, vu le temps et notre isolement. Des cachalots et baleines nous en avons vu souvent en Méditerrannée occidentale, mais jamais d'aussi près !