A bord d'un voilier, d'un paquebot ou de tout autre bateau, vous avez vécu un événement qui n'était pas prévu au programme. Racontez-nous cette anecdote.
Expliquez-nous le contexte dans lequel vous vous trouviez (lieu, date, entourage...)
En juin. Au départ de la côte Languedocienne, point d'atterrissage prévu : la Girolata en Corse. Nous sommes sur un bateau de location. Huit sur un 47 pieds de 4 cabines. Nous partons passer 15 jours idylliques vers l'île de beauté...
Racontez-nous cet épisode et ses éventuelles répercussions.
Notre appareillage est effectif le samedi matin. Le vendredi n'est pas un bon jour pour les "vrais" marins... Lorsque le dernier marin, celui qui a déhalé le bateau, grimpe dans le cockpit, il touche l'antenne du GPS qui tombe dans l'eau saumâtre du port. Il faut une heure à un des équipiers pour récupérer le bout de tube. L'antenne était bricolée. Il faut refaire les soudures avec un tournevis chauffé sur un brûleur gaz de la table de cuisson et refaire le blindage de l'autre brin avec l'aluminium d'une tablette de chocolat. Sortie du port. Le compas du cockpit affiche une valeur farfelue. Il dévie de plus de 20°. Cela ne se fait pas, mais nous décidons de le démonter afin de voir si un aimant ou tout autre masse métallique ne figure pas dans la colonne qui le supporte. Rien ! Nous naviguerons 15 jours avec un compas qui affiche une erreur de 20 degrés en navigation Est. Il a un point dur sur lequel il passe en force. Pourquoi ? Nous sommes maintenant en pleine mer, nous avons longé la côte entre la Camargue et Hyères puis avons fait du Sud pour nous positionner sur la route définitive. Nous avons réalisé depuis Hyères 1/3 du trajet. Panne de vent. Le moteur est mis en marche. Au bout d'une heure de fonctionnement celui-ci s'arrête. Il est impossible de le redémarrer. Arrêtés en pleine mer sous un soleil de plomb, nous décidons de chercher la panne. Nous sommes deux qui démontons successivement les filtres à gasoil (cuve et moteur), la pompe à injection et nous entamons le démontage de la rampe, opération qui risque de nous laisser complètement en panne car les injecteurs sont tarés lors du montage. Et nous allons les dérégler... En fait, un remord nous fait aller plus loin dans la dépose de la pompe et nous trouvons l'anomalie. Le doigt qui a pour fonction d'animer la membrane de la pompe passe à côté de sa cible. Il a du jeu, il est tordu. Nous le redressons et le calons avec les moyens du bord. Nous remontons les pièces démontées. Le moteur ne voudra pas repartir. Nous arrêtons notre travail de mécanicien... Un peu de vent nous amènera dans la baie de Propriano. Nous approchons du port et lançons un "Panpan" afin d'obtenir une aide. La capitainerie n'accepte pas que nous mouillons devant l'entrée du port, au large de la plage. C'est un gros "coque semi-rigide" qui nous remorquera et nous lancera à bonne vitesse au milieu d'un port encombré. Par chance, deux équipiers ont les réflexes, l'intelligence et le courage de sauter sur un ponton et de tourner une bonne amarre autour d'une bite. Le bateau s'écrase sur les pare-battages. Un mécanicien diéséliste dépannera notre moteur avec … une bombe de "start pilote" ! Un produit qui améliore l'explosion des vapeurs de carburant dans les cylindres. Le lendemain matin, nous partons vers Bonifacio. Il fait très beau, une brise légère nous amène à 6 nœuds. C'est un plaisir. Nous naviguons depuis une demi-heure et je suis à la table à carte en train de mettre à jour le livre de bord quand j'entends une explosion. Nous sommes en Corse, c'est évident, on nous tire dessus ! Je monte sur le pont e,t surprise, la pièce métallique – un coulisseau - qui maintient le point d'écoute de la grand voile sur la bôme vient de céder. La pièce comportait un défaut : elle était bullée... Bilan : la grand voile, qui est neuve, est déchirée horizontalement sur ses deux tiers. Nous finissons notre étape au moteur et faisons appel aux services d'un voilier qui ne veut rien entendre pour précipiter le travail de réparation. Il faudra attendre deux jours au port pour la récupérer. Retour vers le continent, via Ajaccio, après une dizaine de jours passée entre les îles Lavezzi et la Maddalena. Nous sortons de la baie d'Ajaccio, passons les Sanguinaires, le moteur s'arrête, en panne. Impossible de le redémarrer. Nous décidons (par vote à la majorité) de traverser à la voile. Notre périple va durer trois jours et nous allons atteindre Marseille au lieu du port d'attache de notre voilier... Pendant ces trois jours, les relations vont être très tendues à bord : manque de nourriture (nous en avions prévu pour une journée avec un arrêt restaurant près d'Hyères), manque d'éclairages la nuit – les autres bateaux ne nous voient pas -, de radio VHF – nous ne pouvons nous signaler -, petites entrées d'eau et pompes électriques inactives… Nous arrivons dans la baie de Fos et parvenons à extraire quelques watts de la batterie de démarrage moteur afin de lancer un Panpan. C'est la douane qui nous fera rentrer dans le port, la capitainerie duquel nous a refusé une place. Tout est mal qui finit mal… Trois équipiers partent en train, trois louent un véhicule. Le moteur de ce dernier explose littéralement sur l'autoroute à moins de 10 km de Marseille. Attention aux véhicules de location, quels qu'ils soient.