Musée ou temple ?
Même pour le touriste le plus désinvolte que l’on puisse imaginer, il y a une chose qui ne peut échapper à son observation : l’affection que porte la ville d’Ajaccio au plus prestigieux enfant du pays, Napoléon Bonaparte. Au centre des hommages rendus par la ville à l’Empereur, sa maison natale devait bien occuper une place à part, l’espace ultime de reconnaissance et de glorification de « l’Aigle » corse. Mais pour quelqu’un qui voit en Napoléon un personnage historique majeur sans pour autant lui rendre un culte sans borne, ce constat risque de s’accompagner d’une certaine angoisse : la Maison Bonaparte ne risque-t-elle pas d’être érigée en véritable temple, hissant son personnage au rang de demi-dieu parmi les hommes et mettant sous cloche chaque objet avec lequel il aurait été en contact ? Heureusement, le musée apporte un soin habile et explicite à ne pas tomber dans l’écueil du fétichisme. Il s’amuse même de ce dernier et de ses conséquences néfastes pour cette maison. La visite s’achève en effet par la présentation, non sans ironie, des fragments de carrelage ou de tissu autrefois donnés aux visiteurs et assortis de certificats d’authenticité… Qu’on se le dise : il s’agit de la Maison Bonaparte et non de la « Maison Napoléon », et cette simple distinction n’est pas sans conséquence : la généalogie Bonaparte n’est pas négligée et en particuliers le père et la mère de l’Empereur. Le parcours d’une famille La visite débute à l’étage et esquisse l’historique de la maison ainsi que la biographie de Charles Bonaparte. Le parcours du père de Napoléon et ses liens avec Paoli, figure du nationalisme corse, sont expliqués tandis qu’une collection d’armes est exposée au centre de la pièce. La suite de la visite donne à voir un ameublement d’époque, tout en évoquant la jeunesse du futur Empereur. On est surpris par la simplicité et la sobriété de cet intérieur, toutefois agrémenté de quelques pièces luxueuses, telles que la crèche en ivoire et les bustes. On découvre ainsi la chambre natale et le rôle de Madame Mère pour l’ameublement et la décoration. Toutefois, il est bien noté que la présentation actuelle est reconstituée et que le cadre de vie de l’Empereur dans ses premières années a depuis longtemps disparu. Enfin, tandis qu’une pièce accueille des expositions provisoires, on découvre des éléments plus traditionnels de la vie corse, comme le pressoir à olive qui clôt la visite… ou plutôt précède le dernier et traditionnel lieu de la tentation fétichiste : la boutique de souvenirs. Les photos illustrant ce musée sont la propriété de la photothèque de la Réunion des Musées Nationaux.
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